Mahamadou Diagouraga, Haut représentant du président de la République pour la mise en œuvre de l’Accord : «nous travaillerons à créer les synergies nécessaires entre tous ceux qui ont le souci de réussir la paix au Mali»

Dans cette interview, le Haut représentant du président de la République pour la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, Mahamadou Diagouraga, donne les détails sur les avancées enregistrées à l’issue de la deuxième réunion de haut niveau du Comité de suivi de l’Accord, notamment en ce qui concerne la mise en place des autorités intérimaires et le démarrage des patrouilles mixtes. Il convient de rappeler que l’interview a été réalisée 2 jours avant la nomination du nouveau Gouverneur de Kidal, Sidi Mohamed Ag Ichrach. Une nomination à laquelle s’oppose la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) qui a fini par boycotter l’installation des autorités intérimaires de Kidal samedi dernier. Elle avance comme argument le fait que le nouveau gouverneur serait proche du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA).

Après la 2ème réunion de haut niveau du Comité de suivi de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, peut-on aujourd’hui parler des avancées dans la mise en œuvre de cet Accord?
Mahamadou Diagouraga : Le Comité de suivi ministériel du vendredi 10 février 2017 a permis de donner une nouvelle dynamique à un processus de paix qui en avait besoin après la suspension de la CMA aux travaux du CSA (Comité de suivi de l’accord) en décembre dernier. Une suspension suivie par la Plateforme en certains points de revendications. La question de la confiance entre les parties était au cœur des discussions au cours de cette réunion et je me réjouis des résultats que nous avons pu obtenir. Le niveau de représentation des parties, aussi bien maliennes (une dizaine de ministres et les responsables des mouvements signataires de l’Accord) qu’internationales (plusieurs ministres et hauts fonctionnaires internationaux) nous a permis d’aborder plusieurs questions d’ordre pratique liées à la mise en œuvre effective et diligente de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger.
Quelles sont les grandes décisions issues de cette rencontre?
Mahamadou Diagouraga : Cette rencontre de haut niveau a abouti à des orientations claires et à des actions précises à mener dans les meilleurs délais. Les blocages liés à la mise en place des autorités intérimaires ont été levés ; un compromis a été trouvé entre les parties au sujet de la présidence des régions et des collèges transitoires.
L’installation des autorités intérimaires débutera en principe cette semaine, conformément au calendrier adopté. (Ndrl : l’installation des autorités intérimaires de Kidal était prévue le samedi 18 février, elle a été reportée).
Concernant le MOC (mécanisme opérationnel de coordination), nous avons tiré les enseignements de la tragédie du 18 janvier dernier à Gao ; les dispositions nécessaires ont été prises pour renforcer la sécurité du camp. Une procédure d’indemnisation des victimes et leurs ayant droits est en cours au niveau des services compétents, de même qu’une clarification sera faite sur «le statut des combattants» en attendant leur démobilisation et intégration conformément aux critères qui seront établis par les deux organes qui en ont la charge, à savoir le Conseil national pour la réforme du secteur de la sécurité et la Commission d’intégration.
Toujours en matière de défense, il nous est apparu nécessaire de revoir les décrets de nomination des membres de certaines structures (commissions prévues par l’Accord) pour donner tout son sens au consensus entre les trois parties (gouvernement, CMA, Plateforme). Au-delà des questions institutionnelles et sécuritaires, d’autres sujets liés à la conférence d’entente nationale, la révision constitutionnelle, la désignation d’un observateur indépendant ont aussi été abordés dans un climat de sérénité et de compréhension mutuelle. Enfin, la réunion a décidé de la création d’un cadre permanent de concertation entre les parties maliennes. Cette décision, saluée par tous, permettra à la partie gouvernementale et aux mouvements signataires de se retrouver entre deux sessions ordinaires du CSA pour discuter entre Maliens. Ils pourront se faire assister au besoin par la médiation internationale.

Quand est-ce que les patrouilles mixtes vont débuter?
Mahamadou Diagouraga : Conformément aux conclusions de la réunion, les patrouilles mixtes débuteront à Gao le 20 février, et à partir du 28 février 2017 à Kidal et Tombouctou. Les organes du CSA et les parties signataires de l’Accord (gouvernement, CMA et Plateforme) s’emploieront à faire respecter ces délais.
Quelles sont les dispositions prises pour le bon déroulement de ces patrouilles mixtes ?
Mahamadou Diagouraga : Plusieurs missions ont été effectuées à Gao aussi bien par la Minusma que par les services compétents de l’Etat à la suite de l’attaque du camp du MOC de Gao et je puis vous assurer que les mesures nécessaires seront prises pour sécuriser les patrouilles.
Après l’attentat contre le camp du MOC à Gao, une enquête a été ouverte, est-ce que le rapport de cette enquête est aujourd’hui disponible ?
Mahamadou Diagouraga : Le MOC relève de la Commission technique de sécurité, elle-même présidée par la MINUSMA. Ceci pour vous dire qu’une enquête interne a été diligentée et nous attendons les conclusions.

Le gouvernement malien a également ouvert une enquête à travers ses services dûment habilités.Votre mot de la fin ?
Mahamadou Diagouraga : La paix est une quête permanente qui nécessite une implication effective et une volonté à toute épreuve de tous ceux qui la réclament. En ce qui nous concerne, nous travaillerons à créer les synergies nécessaires entre tous ceux qui ont souci de réussir cette paix dont notre pays a tant besoin.
Propos recueillis par
A.DIARRA

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here