Accord pour la paix et la réconciliation : Les autorités intérimaires se heurtent au roc intercommunautaire

La récente rencontre de haut niveau entre les parties prenantes de l’Accord issu du processus d’Alger ne sera probablement pas allée au-delà des faux enthousiasmes et aux espoirs de surmonter le principal blocage : l’installation des autorités. Croyant le fruit assez mûr pour être enfin cueilli sans anicroches, les hautes autorités maliennes en ont accéléré la démarche et même promis, à coups d’annonces très euphoriques par moment, le retour de l’administration et du drapeau malien à Kidal où ces deux symboles de l’Etat central sont absents depuis l’aventure martiale du Premier ministre Moussa Mara. C’était sans compter avec l’intransigeance qu’impose aux mouvements séparatistes les barrières d’intransigeance qu’ils entretiennent avec leurs rivaux loyalistes. La CMA et ses différentes composantes se sont en effet érigés en obstacles à l’installation des autorités intérimaires à Kidal, à quelques du départ de la délégation qui consacrer leur avènement dans cette ville. En cause, la nomination de Mohamed Ag Ichrach comme gouverneur de la 8ème région en remplacement de Koïna Ag Hammadou. Ce dernier a été réaffecté à Tombouctou à Tombouctou à l’issue du même conseil des Ministres de vendredi dernier, au grand dam des Ifoghas dont il semble être la préférence. Quoi qu’il en soit, le réaménagement n’aura pas été du gout de la Coordination des Mouvements de l’Azawad dont certains responsables, approchés par nos soins, parlent même de «provocation». En effet, quoique la présidence du conseil régionale se retrouve dans leur escarcelle à travers le Colonel déserteur Hassan Fagaga, ils estiment inappropriés et de très mauvais gout que le gouvernorat revienne aux alliés de l’Etat qui ne sont autres que leurs rivaux locaux. Il s’agit notamment du GATIA, un mouvement avec lequel la Cma entretient des divergences d’autant insolubles qu’elles découlent d’une guerre de suprématie politique dans l’Adrar des Ifoghas. Au fait les responsables de la Coordination voient d’un très mauvais œil l’émergence au gouvernorat d’une personnalité que la Plateforme tente d’imposer depuis longtemps, nous a-t-on confié. Du reste, «si le principe est que le gouvernorat revient au mouvement adverse chaque fois que le conseil régional est présidé par l’autre, toutes les autres régions doivent faire l’objet d’une négociation sur cette base», a argumenté un autre responsable interrogé sur la question. Quant aux responsables du Gatia, ils continuent de persister et signer en brandissant l’argument non moins défendable selon lequel la gestion de la ville de Kidal ne saurait se faire au prix d’une exclusion des communautés majoritaires.

En attendant le dénouement de cet autre écheveau consécutif aux décisions contestées du conseil des Ministres, il faut s’attendre à ce que la mise en œuvre de l’Accord pour la paix soit gravement affectées par la résurgence des démons internes d’une région où le processus sera sans doute confronté aux rudes épreuves d’une atmosphère d’hostilités communautaires.

A moins d’un embrasement ultérieur par effet d’entrainement, le processus s’est soldé jusqu’ici par un franc succès à Gao. Dans la cité des Askia, la présidence du Conseil régional est assurée par M. Djibril Samaké, un ancien Directeur de l’Académie d’Enseignement désigné par la Plateforme et qui n’est l’objet d’aucun mouvement de contestation. Il n’en pas de même à Tombouctou où la population n’a point apprécié qu’en plus du nouveau gouverneur la position de la Cma soit confortée par la nomination d’un certain Hamoudi, un jeune président qui la préférence et la bénédiction d’Ould Sidati.

En définitive, le fossé intercommunautaire creusé par l’accélération du processus des autorités intérimaires semble si disproportionné aux attentes et résultats escomptés que les hautes autorités en ont elles-mêmes suspendu le processus. Un recul pour mieux accorder les violons mais qui risque d’affecter pour longtemps le calendrier de la stabilisation du pays dont est tributaire notre survie

I KEITA

Source : aBamako

aBamako

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