Accord de paix et de réconciliation: la logique Putschiste de l’opposition

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Entre respect de ses engagements souscrits par le Gouvernement, dans l’Accord pour la paix et la réconciliation, et la satisfaction de ses instincts grégaires, le pas est vite franchi par l’Opposition surfant sur le raccourci d’une concertation nationale devant déboucher sur un Gouvernement d’union nationale dans lequel elle siégerait nécessairement. Chronique d’un putsch démocratique où le peuple est infantilisé.

Qu’est-ce qui fait tant courir l’Opposition, était-on tenté de se demander lorsqu’on sait qu’elle était aux affaires et que les scandales dans lesquels ses dirigeants ont trempé ont battu tous les records ? Contrôle démocratique de la gestion de la Cité, à travers une interpellation des autorités sur les scandales qui la troublent ou populisme primaire sur fond de racolage politicien d’une chapelle coutumière de la dénonciation facile ?

Des chicanes
Depuis 2014 toutes les occasions sont bonnes pour vendre son mirage de concertation nationale. À cet effet, le pouvoir est chicané, des scandales sont fabriqués de toute pièce en appoint à cette soif incompressible des délices du pouvoir. Affaires du FMI ; de l’achat de tracteurs ; de fibres optiques qualifiées affreusement de nouvelles révélations dans laquelle elle a d’ailleurs fini par reconnaitre s’être mêlé les pinceaux et faire amende honorable, à travers certains de ses responsables, les accusations sont aussi nombreuses que malveillantes.
Mais comme on le dit, on peut mentir à une partie du peuple tout le temps, mais on ne peut pas mentir à tout le peuple tout le temps. Il est connu que l’Opposition n’a jamais caché son rejet de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, arguant du fait qu’elle n’a pas été associée à son élaboration. Une affirmation qui est prise à défaut par le processus d’élaboration de l’Accord qui a fait l’objet de larges concertations.
Cet Accord pourtant engage le Mali tout entier. Même les mouvements armés ne l’ont en aucun moment remis en cause, se contentant de dénoncer des retards dans sa mise en œuvre.

Opération de sape
L’Opposition très-très démocratique et républicaine persiste et signe dans son opération de sape de l’Accord pour la promotion de sa vision manichéenne de la paix et de la réconciliation dans le pays. Dans une déclaration en date du 16 février dernier, consécutive à sa rencontre avec le Médiateur de la République, l’Opposition très-très démocratique et républicaine, revenant à la charge avec la détermination qui lui est connue, elle réitérait : « (…) L’accord de paix issu du processus d’Alger n’est pas un bon accord, car il comporte les germes d’une partition du pays (…) » ; « (…) L’opposition politique réaffirme que la seule solution pacifique viable et inclusive de résolution de la crise multiforme que connaît notre pays passe par la tenue d’UNE CONCERTATION NATIONALE INCLUSIVE regroupant l’ensemble des forces vives de la nation autour des problèmes institutionnels, de défense, de sécurité, de gouvernance et de développement ».
Pourtant, ce qui est stipulé dans l’Accord pour la paix et la réconciliation est aux antipodes de ce que l’Opposition défend bec et ongle. En effet, il y est dit, en ce qui est des Mesures destinées à instaurer la paix et la réconciliation : ‘’la dimension socio-politique des crises cycliques qui ont jalonné le septentrion malien nécessite un traitement politique. À cet égard, une Conférence d’Entente Nationale sera organisée durant la période intérimaire, avec le soutien du Comité de Suivi et sur la base d’une représentation équitable des parties, en vue de permettre un débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit. Ce débat aura à prendre en charge, entre autre, la problématique de l’Azawad. Il devra dégager les éléments d’une solution devant permettre au Mali de transcender sa douloureuse épreuve, de valoriser la contribution de ses différentes composantes à l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale.
Une Charte pour la Paix, l’Unité et la Réconciliation nationale sera élaborée, sur une base consensuelle, en vue de prendre en charge les dimensions mémorielle, identitaire et historique de la crise malienne et de sceller son unité nationale et son intégrité territoriale’’.
Il est clair que dans l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, il n’est nullement question de ‘’concertation nationale inclusive’’ ; mais plutôt de ‘’Conférence d’Entente nationale’’. Contrairement à la trouvaille de l’Opposition dont l’ordre du jour devrait porter sur des ‘’problèmes institutionnels, de défense, de sécurité, de gouvernance et de développement’’, dans l’Accord qui fait autorité, parce qu’ayant été signé par les Parties, il s’agit de ‘’prendre en charge les dimensions mémorielle, identitaire et historique de la crise malienne et de sceller son unité nationale et son intégrité territoriale’’, à travers une Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale.

À la recherche de viatique
Au regard de ce qui précède, le dessein de l’Opposition ne souffre l’ombre d’aucun doute : amener le Mali à renier sa signature ; amener tout un peuple à emprunter la voie qu’elle s’efforce laborieusement de tracer depuis au moins trois ans, dans le mépris total de l’intelligence collective. La raison ? Cette Opposition si proche, par ses chants de sirène, et si loin, par sa quête de strapontins politiques, du peuple, n’est qu’à la cherche de viatique par le biais de simagrées, de supercheries.
Selon des sources bien informées, la très démocratique et républicaine Opposition, qui va vent debout contre la volonté populaire, a tenu, jeudi dernier, une rencontre sécrète dans la capitale. L’objectif, nous apprend-on, participait du plan de parachèvement du processus en cours à son niveau consistant à substituer à la ‘’conférence d’entente nationale’’ une ‘’concertation nationale inclusive’’. En définitive, il s’agit, par un funambulisme de haut vol, de faire en sorte que son idée lumineuse d’une concertation nationale inclusive débouche sur la formation d’un Gouvernement d’union nationale.

L’instinct grégaire
Ainsi, pour nos démocrates à col blanc, l’agenda n’est pas le même pour le peuple dont une partie, à tort ou à raison, a vu en eux des modèles d’intégrité. Pour eux, il s’agit d’user de subterfuges, pour obtenir la formation de ce gouvernement d’union nationale dans lequel ils figureraient. Autant dire que l’équation pour une coterie courtisane a toujours été basique, grégaire : être à table et manger, pardon se goinfrer. La lecture politique de cette Opposition très très démocratique n’est jamais allée au-delà de ses crises d’estomac.
C’est dur, vraiment trop dur l’opposition ! En l’absence de l’habituel consensus aux frais de la princesse qui a donné naissance et entretenu ces loges politiciennes, c’est assurément la galère. De parfaits et éminents adeptes de la gestion gouvernementale à la touche, au nom d’un nouvel ordre politique, ça fait grincer les babines et perdre patience.
Autant dire que la rengaine ressassée ou devrait-on dire de la rage dégorgée ; les querelles de personne ne répondaient à nulle ambition, nulle commisération pour le peuple, seulement des retombées en termes de confort personnel et d’intérêt personnel, bien compris.

Le paradoxe
L’Opposition, qui cherche à mettre un terme à sa galère, à travers un raccourci de concertation nationale, avait pourtant dénoncé avec hargne et passion la situation d’immobilisme quasi inextricable dans lequel se trouve plongé le Mali ; l’immobilisme dans lequel se trouve le processus de paix et de réconciliation nationale ; les initiatives unilatérales du Gouvernement ; des mesurettes qu’on prend çà et là, sans concertations réelles ; l’absence du contrôle de l’État sur Kidal ; des scandales financiers…
En frappant rageusement à la porte d’un futur gouvernement, l’Opposition pose indéniablement les jalons d’un putsch démocratique. De même se posent des questions de fond par rapport à cette manière cavalière d’accéder au pouvoir en la démocratie. Sera-t-elle comptable du bilan du Gouvernement qu’elle a atermoyé et rudoyé ? Pour quelle raison n’attend-elle pas l’élection présidentielle prévue dans quelques mois pour accéder au pouvoir si elle était sûre de sa légitimité ? Autant de questions qui portent en elles-mêmes leurs réponses au regard au regard de l’actuelle quête frénétique du pouvoir de l’Opposition très-très démocratique et républicaine qui préfère contourner la sanction populaire comme l’atteste cette suggestion du PARENA de faire élire le président de la République par l’Assemblée nationale. Dans ce pays, on en aura vu des vertes et des pas mûres. C’est affligeant.

Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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