17è édition du Forum de Bamako : L’urbanisation, défis et opportunités

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Pour le chef du gouvernement, Modibo Kéïta, qui a procédé à l’ouverture des travaux, la croissance des villes cessera d’être galopante si les villages deviennent des pôles de développement

«L’Afrique face à la croissance urbaine : défis et enjeux ». Les organisateurs de la 17è édition du Forum de Bamako ont choisi ce thème pour des travaux qui ont débuté hier à l’hôtel Radisson Blu. La cérémonie d’ouverture était présidée par le Premier ministre, Modibo Kéïta, en présence de plusieurs membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique et de nombreux invités.
Dans son allocution, le président de la Fondation Forum de Bamako, Abdoullah Coulibaly s’est demandé si le thème de la rencontre n’exigeait pas naturellement, les regards croisés de multiples acteurs et spécialistes. Il a souligné ensuite que la question de l’urbanisation interpelle autant les hommes politiques, les collectivités, les acteurs socioéconomiques, les techniciens que les universitaires (géographes, urbanistes, architectes, démographes, économistes, statisticiens, planificateurs, historiens, psychologues, sociologues etc). Selon Abdoullah Coulibaly, l’urbanisation est autant l’affaire des forces de sécurité, des chefferies traditionnelles que des hommes de culte.
À sa suite, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Mahamat Saleh Annadif a jugé que le thème du forum est pertinent et d’actualité. Le chef de la MINUSMA a expliqué que selon ONU – Habitat, en Afrique subsaharienne, 62% des habitants en zone urbaine vivent dans des quartiers précaires. Pour lui, ce chiffre permet aisément d’imaginer l’allure dans laquelle nos villes se développent.
Mahamat Saleh Annadif ajoutera ensuite que l’un des défis majeurs liés à la croissance urbaine s’articule autour de la nécessité de la maîtrise de l’empreinte environnementale ou écologique que cela pourrait engendrer. « Les villes de notre continent, si rien n’est fait, deviendront la source la plus importante des gaz à effet de serre et autres matières toxiques dans le monde. Les effets néfastes sur la santé et les coûts de développement humain seront insurmontables, insupportables », a-t-il prévenu.
Pour le diplomate onusien, la question de l’environnement dans les villes n’est pas seulement une question d’argent mais aussi et surtout une question de santé publique, de sécurité, de bien-être et de dignité. « Je demeure convaincu que l’assistance qu’apporte le système des Nations unies au Mali, dans toutes ses composantes, montrera ses effets bénéfiques pour autant que l’on puisse appliquer le principe directeur qui forme la base de nos engagements mutuels en matière de protection et de gestion de l’environnement », a conclu le patron de la MINUSMA.
L’ambassadeur de la France au Mali, Mme Evelyne Decorps ajoutera que l’urbanisation du monde s’accélère à un rythme sans précédent dans l’histoire. Elle a rappelé que le monde compte aujourd’hui 7,3 milliards d’habitants dont 4 milliards vivant dans des villes et que d’ici 2050 la population urbaine devrait pratiquement doubler. Selon la diplomate française, ces quelques données indiquent que l’urbanisation sera l’un des principaux moteurs de la transformation du 21è siècle, surtout si l’on considère que 90% de cette croissance urbaine se produira dans les pays émergeants et en développement.

Opportunités prodigieuses. Pour Alain Holleville, ambassadeur de l’Union Européenne au Mali, les autorités nationales et locales doivent guider l’urbanisation vers un développement durable des villes et une vie meilleure pour les populations. Pour lui, promouvoir une urbanisation réussie constitue une condition nécessaire pour répondre aux défis du développement de l’Afrique, notamment en matière de démographie, de sécurité et pour lutter contre la pauvreté. Les efforts de l’Union Européenne, selon son ambassadeur, concerneront pour le Mali et le Sahel la sécurité alimentaire, l’environnement, les modes de communication, la gouvernance, la consolidation de la paix, etc.
Pour sa part, le président du forum des chefs d’entreprise de l’Algérie, Ali Haddad a soutenu que la thématique choisie pour ce forum est d’actualité à plus d’un titre et intéresse les chefs d’entreprise au plus haut point. L’urbanisation est une tendance dominante en Afrique et notre continent affiche le taux de croissance urbaine le plus élevé au monde, a-t-il ajouté.
« Nous ne considérons pas cela comme une fragilité, car l’urbanisation rapide est un levier puissant pour une croissance économique inclusive de notre continent, pour peu que nous sachions la maîtriser. Elle offre des opportunités prodigieuses à nos entrepreneurs, une véritable source de création d’emplois et de richesses », a déclaré Ali Haddad. Il a ensuite annoncé qu’en 2019, Alger sera la première ville méditerranéenne sans bidonvilles.
Procédant à l’ouverture des travaux, le Premier ministre a tout d’abord apporté le salut et le soutien du président de la République Ibrahim Boubacar Kéïta aux participants du forum. Modibo Kéïta a ensuite affirmé qu’à écouter les intervenants, deux images se sont talonnées dans son esprit : c’est l’image de la ville et celle du village. Avant d’ajouter que le village est peut-être le père de la ville et que la ville est un village surmonté, sublimé.
Selon le chef du gouvernement, quand on se déplace vers la ville, c’est le corps qui y va mais le cœur et l’âme restent dans le village. Pourquoi y a-t-il cette randonnée vers les villes ? Que faudra-t-il faire, s’est interrogé le chef du gouvernement. Apportant une esquisse de réponses, le Premier ministre a admis qu’il faudra établir des binômes, examiner les causes de l’attraction des villes, en analysant les relations entre le développement de la ville et la répartition des richesses nationales.
« Si cela était, nous devrions faire de nos villages des pôles de développement et il est absolument certain aujourd’hui que le développement national ne pourra s’appuyer que sur le développement local et le développement régional, d’où la nécessité de créer des conditions pour boucler le circuit économique dans les villages », a-t-il suggéré. Dans l’analyse des situations des villes, il faut mettre l’accent sur le développement des nouvelles technologies de communication qui auront comme avantage de niveler les différences et de mettre le monde en connexion, a ensuite proposé Modibo Kéïta.
Toujours selon le chef de l’exécutif, il faut travailler à l’émergence des villes, en faisant en sorte qu’elles puissent rester humaines. Cela se faisant, le village pourrait bénéficier du support et de l’impulsion de la ville, a-t-il ajouté.
Pour le chef du gouvernement, l’énergie paraît une voie royale. Pourquoi le développement de l’énergie solaire ne permettrait pas de maintenir dans les villages des cohortes de jeunes qui sont attirés aussi par la lumière, s’est-il demandé. « Même si ça coûte cher, c’est cela aussi la porte de l’avenir. Peut-être conviendrait-il que nous puissions créer dans nos villages, dans nos hameaux des conditions permettant aux jeunes de se fixer, notamment la maîtrise de l’eau, l’irrigation, les loisirs et la formation. Pourrions-nous, dans nos villages, tenir compte du fait que l’accès aux services sociaux de base est un élément pour les y maintenir ? », s’est enfin interrogé le Premier ministre en guise de conclusion.
M. SIDIBÉ

Source : aBamako

aBamako

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