Création d’une force sahélienne fantôme : Un bruit de bottes à Bamako à côté de la MINUSMA et de Barkhane

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C’est imminent : désormais l’Afrique veut parler d’une seule voix. Elle a besoin que tous les pays du continent soient associés à cette voix. C’est bien possible, mais pour certains, ils ne veulent pas aller avec cette Afrique unie autour d’elle.

Qui provoquent les conflits d’intérêts en Afrique et dans les organisations sous régionales ? Pour certains leaders africains, ils veulent s’imposer au détriment des uns et des autres, notamment dans le domaine de la gestion des dossiers de la paix et de la sécurité en Afrique.

Pour faire face à toutes ces interrogations et souvent fantômes, on constate que le G5 est souvent G4, sans le Mali plus l’ONU. On le constate aussi, à G1 Sahel plus la Lybie et la Tunisie. Et, encore G2 Sahel entre le Burkina-Faso et la Mauritanie.

Face à une obscurité qui ne dit pas son nom, il est difficile de convaincre les peuples d’Afrique que cette organisation (Groupe 5 Sahel) a des capacités pour mettre fin au terrorisme dans le Sahel. Pendant que le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina-Faso et même la Côte-d’Ivoire subissent des attaques terroristes meurtrières.

Quant à la Mauritanie, elle a toujours conservé un territoire calme, sécurisé et sans aucun danger. Pour faire face à cette situation, tout en prenant en référence l’expérience mauritanienne dans sa lutte contre le terrorisme, le Mali, le Burkina-Faso et le Niger créent un événement en mettant en place un G3 Sahel en fin janvier 2017. Pourquoi ?

Parce que tout simplement, le Liptako-Gourma, vaste de 370.000 km2 est situé à cheval sur les trois États de cette région. Elle est en passe de devenir un sanctuaire de groupes terroristes et de criminels de tous acabits.

Ensuite, on constate le G1 Sahel Niger plus la Libye et la Tunisie ou l’Italie crée un « fonds Afrique » de 200 millions d’euros pour lutter contre l’immigration clandestine. Les trois pays les plus concernés par la mesure sont la Libye, le Niger et la Tunisie qui sont des points de départ précis (la source ou le transit) d’une grande partie des migrants qui arrivent depuis plusieurs années par milliers sur les côtes italiennes. Quant au G2 Sahel qui est composé cette fois-ci, de la Mauritanie et du Burkina-Faso, sans le Mali, le Niger et le Tchad, qu’on découvre dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La Belgique alloue 250 mille euros au Burkina-Faso et à la Mauritanie pour contribuer à la prévention du terrorisme dans ces pays sahéliens.

Le 5 février dernier, les populations maliennes ont entendu des bruits de bottes dans la capitale Bamako pour une réunion extraordinaire qui a réuni les chefs d’État des pays du G5 Sahel. Au cours de cette rencontre, il a été question de la création d’une force militaire commune capable de lutter contre le terrorisme, les crimes organisés et le trafic transfrontalier dans la sous-région. Et, les efforts de la MINUSMA et de Barkhane aux côtés des Forces armées maliennes et autres… ?

On ne peut pas combattre les maux rien qu’avec des mots

Décidemment, un sommet en chasse un autre. C’est le moins que l’on puisse dire du sommet extraordinaire du G5 Sahel qui a ouvert ses portes les 5 et 6 février 2017 à Bamako, au Mali. Quatrième du genre après les deux sommets extraordinaires tenus à Nouakchott, en Mauritanie en février et décembre 2016, et celui de N’Djamena en novembre 2015, la rencontre de Bamako s’est tenue sur le thème suivant : «Situation sécuritaire au Mali et son impact au Sahel ».

Pour le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la menace en valait l’urgence, ce d’autant plus que ce sommet est intervenu dans un contexte marqué par la résurgence du terrorisme dans son pays qui, aujourd’hui plus qu’hier, a perdu le Nord, au propre comme au figuré. En témoigne l’attentat du 18 janvier à Gao où une centaine de soldats ont été massacrés. Et ce n’est pas tout. Car, alors que le Mali pleurait toujours ses fils trucidés à Gao, quatre autres militaires ont été froidement abattus à Ménaka, le 4 février 2017, par des hommes lourdement armés non identifiés.

Pour un comité d’accueil sanglant, c’en est un pour les chefs d’État du G5 Sahel qui, il faut le dire, traînent les pas face à un problème éminemment sérieux. Si fait que l’on en vient, par moments, à se demander s’ils peuvent réellement lutter contre le terrorisme. En matière de lutte contre le terrorisme, on le sait, seule vaut une synergie d’actions. C’est en cela qu’il faut déplorer l’absence de l’Algérie et de la Libye au sein de ce regroupement qui, très récemment, s’est doté d’une Stratégie pour le développement et la sécurité et d’un Programme d’investissements prioritaires. Or, ces deux pays sus cités y avaient leur place pour les raisons suivantes.

Il faut aller au-delà des rencontres

La Libye, c’est connu, est devenue le pays fournisseur de terroristes de tout poil. Mieux, c’est la ruche d’où partent des essaims de djihadistes qui envahissent le Sahel. Quant à l’Algérie, au-delà du fait qu’elle a de l’expérience en matière de lutte contre le terrorisme, elle constitue une puissance militaire dont les hauts faits d’armes ne sont plus à démontrer. Mais pour des raisons de leadership, la France, pour ne pas la nommer, semble l’avoir écartée du dossier malien si fait que l’Algérie qui partage pourtant une longue frontière avec le Mali, ne compte aucun soldat dans les rangs de la MINUSMA. Même la signature, en juin 2015, de l’accord d’Alger sur le Mali, n’était, pour certains, qu’une forme de rattrapage destinée à calmer les autorités algériennes. C’est donc ceci qui pourrait expliquer cela. En tout cas, c’est le lieu d’en appeler à la responsabilité des dirigeants africains dans leur ensemble pour une prise de conscience supplémentaire des enjeux communs. Car, comme on le sait, on ne peut pas combattre les maux du continent, rien qu’avec des mots. Il faut désormais aller au-delà des rencontres au sommet, en traduisant en actes concrets certaines résolutions et Dieu seul sait si elles sont nombreuses, qui dorment dans les tiroirs. C’est à ce prix que l’on pourra, à défaut de venir à bout du terrorisme, réduire la voilure des djihadistes, un peu comme le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria l’ont fait avec les éléments de Boko Haram aujourd’hui à la peine.

Toutefois, il y avait le projet de formation d’une force sous régionale, lors de cette rencontre du G5. Mais aucune précision n’a été donnée sur l’effectif et les dates de mise en place de cette force.

En attendant, la création d’une force sahélienne n’est qu’un bruit de bottes à Bamako à côté de la MINUSMA et de Barkhane.

Cyrille Coulibaly

Source : aBamako

aBamako

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