Le Président de l’UMPC à cœur ouvert à « Mali Demain »

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Dans un entretien exclusif, le Président de l’Union pour un Mouvement Populaire de Changement (UMPC), Dr Boubacar Boubou Dicko, s’explique sur la crise malienne, l’insécurité grandissante, l’application de l’accord d’Alger qui a pris du plomb dans l’aile suite aux élucubrations des gars de la CMA et de leur mentor démasqués au fur et à mesure, la gouvernance actuelle et la santé du Président IBK. Sans porter de gang, Dr Dicko, a fustigé l’insécurité, tout en parlant du rôle que devra jouer le G5 dont Bamako a abrité un sommet, cette nouvelle force composée des armées de cinq pays dont le Tchad, grand contributeur de troupes, aussi, le patron de l’UMPC a dénoncé le blocage de l’application de l’accord d’Alger à cause de la mauvaise foi de la rébellion, en l’occurrence d’une seule famille (les Ifoghas de Kidal) qui veut embarquer de force toutes les autres communautés des régions du nord dans leur projet machiavélique de création d’un hypothétique état de « l’Azawad ». Aussi, Dr Boubacar Boubou Dicko, a mis en garde sur le blocage actuel de la mise en œuvre de l’accord d’Alger (installation des autorités intérimaires, le démarrage du MOC, la conférence d’entente nationale…) qui risqueront de jouer sur l’état du Mali qui court une instabilité, voir une transition aux conséquences graves pour le pays avec une autonomie des régions du nord. Lisez plutôt l’entretien réalisé par Bokari Dicko.

« Ces réformes n’aboutiront pas et créeront une instabilité institutionnelle. Donc une nouvelle transition avant la fin du mandat d’IBK », a prévenu le président de l’UMPC.

Mali Demain : Le Mali vit des moments critiques de son histoire contemporaine avec la montée en flèche de l’insécurité, l’application de l’accord d’Alger, la mauvaise gouvernance, l’état de santé du Président IBK. Qu’en pensez-vous ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : Le Mali vit des heures difficiles, cela est vrai surtout avec la situation sécuritaire complexe qui est attestée par l’absence de l’état dans presque la quasi-totalité des régions du nord. Cette insécurité en réalité, contrairement à ce que beaucoup pensent, n’est plus liée à la rébellion, mais elle s’est enracinée au fil des nombreuses années dans cette partie de notre pays. Elle est une des conséquences de la désagrégation depuis le 11 septembre des bases d’Al Qaida en Afghanistan qui a donné naissance d’Al Qaida dans la péninsule arabique et au Maghreb où le groupe islamique armé avait fait allégeance en offrant le nord du Mali qui a été dégarni de ses bases arrières à la suite des fameux accords d’Alger de 2006 et la sahélisation par la création d’Ançardine avec à sa tête Iyad Ag Aghaly.

Le G5 pour juguler l’insécurité

Ces toutes ces connexions aujourd’hui, avec les groupes djihadistes qui ont essaimés à la faveur du conflit Libyen le long de la bande sahélo-saharienne. Ce défit sécuritaire dont il est évident que notre pays seul ne peut faire face, a demandé la collaboration de certains pays et qui abouti à la création du G5 Sahel, initié dans le cadre du processus de Nouakchott.

Un mandat robuste pour le G5 ?

La grande équation est de savoir si la force conjointe dont la mise en place a été annoncée lors du sommet de Bamako, pourrait-il obtenir un mandat précis et robuste du Conseil de Sécurité des Nations Unies au regard des moyens colossaux que cela requiert de mobiliser de la part de ces pays ?

Etant entendu d’une part, qu’il ne s’agit pas là qu’une force autonome homogène mais bien, d’un partenariat de coopération militaire transfrontalière entre les armées des pays engagés et d‘autre part, l’engagement sur d’autres fronts du gros contributeur de troupes du G5 Sahel dans sa lutte contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.

Barkhane la grande incertitude !

La grande incertitude reste de savoir quel sera l’avenir de Barkhane dont l’état major interarmées se trouve au Tchad quand bien même elle est présente au Mali avec près de 3000 hommes engagés sur le front. Voilà beaucoup de questions sur les quels, aujourd’hui, il est difficile de répondre dans le contexte sécuritaire de notre pays.

L’accord d’Alger est bloqué…

En ce qui concerne l’accord d’Alger, il est évident qu’il y a un blocage certain et une volonté manifeste de la part de la rébellion d’aller vers une autonomie de ces régions. Je ne crois pas à mon humble avis que ces réformes pourront aboutir avant la fin du mandat présidentiel. Ce qui s’avère très inquiétant pour notre pays.

En quoi cela est inquiétant ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : Parce que cela ouvrirait une nouvelle page de transition et une instabilité institutionnelle qu’il ne faut pas souhaiter pour notre pays.

Quand est-il de la santé du président IBK ?

Je ne souhaite pas épiloguer sur l’état de santé du Président IBK dont j’ignore si réellement cela était tel que rapporté par les rumeurs.

Et la gouvernance IBK, qu’en pensez-vous ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : J’avoue qu’elle n’est pas aisée par ce que résultant d’un contexte dans le quel l’état du Mali s’était effondré avec pour conséquence le dysfonctionnement constaté de l’ensemble de nos administrations publiques, la faiblesse de nos forces de sécurité intérieure, de nos forces armées.

A l’UMPC que proposez-vous pour sortir le Mali dans cette situation ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : C’est d’abord de convoquer une conférence nationale inclusive de toutes les communautés qui constituent la Nation malienne. Bien entendu, en gardant à l’esprit que notre pays est un état Nation constitué de diverses communautés qui ont accepté de vivre à l’intérieur d’une même frontière d’un état souverain qui a été rebaptisé le Mali et qui est fondamentalement différent du Mali médiéval qui existe dans l’imaginaire de beaucoup de nos compatriotes.

Réformer l’état avec les vis des communautés

C’est pour ces raisons que nous estimons que l’initiative de réformer notre état sous l’angle que certains le souhaitent devrait venir de l’ensemble des communautés qui constituent la Nation malienne actuelle et non sous le Diktat d’une communauté fut- elle armée.

Comment voyez-vous l’organisation d’une Conférence d’Entente Nationale courant mars de cette année?

« Je n’en vois pas l’opportunité… »

Dr Boubacar Boubou Dicko : Je n’en vois pas l’opportunité puisqu’à moins qu’elle ne débouche sur la conférence nationale telle que je l’ai préconisée sus dessus. Mais puisqu’elle est prévue par les accords, il faudrait la tenir mais à coup sûr, elle en saurait résoudre la question fondamentale de la crise de l’état Nation du Mali actuel.

Pourtant, le gouvernement pense qu’elle consolidera la paix et réconciliera les maliens. Quand pensez-vous ?

Regarder l’avenir avec beaucoup d’objectivité…

Dr Boubacar Boubou Dicko : Je le souhaite de tout cœur pour mon pays qui a connu beaucoup de souffrance mais, il est beaucoup plus responsable de regarder l’avenir avec beaucoup d’objectivité pour éviter de plonger davantage notre pays dans la misère.

Comment voyez-vous l’avenir du Mali ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : Une chose est certaine, notre pays dispose de beaucoup de ressorts pour nous propulser vers un avenir radieux. Je suis convaincu qu’on y parviendra par la grâce de dieu.

Comment se porte votre parti ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : Il se porte à l’instar des autres partis. (Rires)

Pouvez-vous être plus explicite ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : A l’UMPC on s’occupe beaucoup plus des réalités que vit notre pays et de la recherche de solutions que de vouloir apprendre aux autres leur façon de se conduire. Notre préoccupation, c’est le Mali d’abord.

Vous êtes un parti de la mouvance présidentielle dont on entend parler peu. Cela est du à quoi ? Est-ce stratégique ?

Dr Boubacar Boubou Dicko : Pas du tout stratégique. Je suis de ceux qui animent beaucoup de débats au sein de la majorité présidentielle. Soyez sûrs, je n’ai pas de langue de bois.

Propos recueillis par Bokari Dicko

Source : aBamako

aBamako

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