Le Réflecteur : Les paradoxes maliens

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La République, disait Proudhon, est une anarchie positive. Mais la République du Mali d’aujourd’hui, est une anarchie inquiétante, peut-on voir dans chaque jour dans toutes les sphères de la nation. Intéressons-nous seulement à trois situations qu’il nous a été donné de voir cette semaine avec dégout, fureur et désolation.

D’abord, cette affaire de mœurs montée en mayonnaise dans laquelle a pataugé la République. N’est-ce pas dégoutant que de lire et d’entendre des commentaires sur des faits, fondés ou pas fondés du tout, sur une personne dont la respectabilité et l’honorabilité, en dehors de sa fonction même, devraient s’imposer naturellement ?
Mais le plus dégoutant est que, au lieu que le mis en cause se lève et se dresse pour rétablir son honneur et sa dignité en se lavant de tout soupçon, ce sont des manifestations qui sont grotesquement organisées pour le soutenir.
L’honneur et la dignité ne se défendent pas par le folklore. Il est communément admis, que dans le cas d’espèce, c’est par la justice et la justice seulement lorsqu’on vit dans une République démocratique, d’autant plus que nul n’est sensé ignoré la loi. Sinon c’est l’écran de fumée magistralement crée pour recouvrir le ciel de Koulikoro à Bamako qui renforcera le doute dans l’opinion nationale.
Le deuxième paradoxe malien, tout aussi inquiétant, est désormais la vilaine habitude de faire taire les opinions contraires. On oublie superbement que la République est là où respire la société. Il n’y pas longtemps dans ces mêmes colonnes on dénonçait avec vigueur les menaces physiques proférées contre la personne de notre confrère Directeur de la publication du journal Le Sphinx dont un membre de la rédaction a disparu depuis maintenant un an. Et sans qu’aucune enquête sérieuse ne soit menée sur sa disparition malgré les interpellations nombreuses.
La République du Mali est-elle devenue un Far-West où certains peuvent décider de s’asseoir, sinon de se torcher avec les droits fondamentaux des citoyens ? Les interdictions de rassemblement public à Sébéninkoro et les violences gratuites à Kalaban conduites par des badauds contre les mêmes toujours organisateurs de réunion publique sont des actes inadmissibles.
On attend toujours que les autorités les dénoncent sans devoir les rappeler la défense de la liberté d’expression qui les incombe puisque ce n’est pas en empêchant, les citoyens de s’exprimer et d’écouter des avis contraires que le pouvoir en place va gagner en popularité. Il a eu la faveur du peuple aux dernières élections, mais il doit savoir qu’il n’a pas la confiance des citoyens avec des agissements dignes d’autres et d’autres régimes dont la fin n’a pas toujours été idéale.
Le troisième paradoxe beaucoup plus inquiétant encore est le comportement indigne qui a été donné à constater dans le corps de hauts cadres de l’Etat que constitue la magistrature. Après une réception dans les salons dorés du pouvoir, voilà que des responsables décident de mettre un terme à un mouvement très majoritairement soutenu par les militants.
Le hic, c’est cette façon de gouverner là encore qui au lieu de trouver des solutions durables aux problèmes on colmate en trouvant des petits arrangements entre amis pour ne dire en faisant taire les responsables croyant que la masse suivra en mouton.
Un comportement qui a produit l’effet contraire et scellé l’unité syndicale tant souhaitée par les magistrats. Une exclusion suivie dans la foulée de l’organisation d’un congrès extraordinaire en toute légalité et en toute légitimité suivant les textes du SAM qui stipule que l’instance suprême du Syndicat autonome de la magistrature est le Congrès qui se tient tous les trois ans mais peut être convoqué extraordinairement chaque fois que c’est nécessaire, soit à l’initiative du Comité Directeur, soit sur la demande de la majorité simple des militants.
«Le bureau présidé par Cheick Mohamed chérif Koné jouit du meilleur soutien de l’histoire», affirme un magistrat qui renvoie les détracteurs aux PV des différents congrès tenus jusque-là.
Comment peut-on penser et croire manipuler des hommes dont la formation même est la manipulation des textes de bon escient ? C’est un paradoxe du Mali actuel qui est grotesque et témoigne d’un manque de considération, dans le cas d’espèce envers ce corps de hauts cadres de la République mais plus généralement du peuple.
Un autre paradoxe et pas le dernier qui nous a été donné de constater cette semaine dans le Mali d’aujourd’hui c’est le jeu politicien du gouvernement qui veut faire porter la camisole de force des Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation à l’ensemble de la classe politique et des acteurs de ce processus.
Et cela en sachant bien même que ce document a été décrié depuis ses premières esquisses car portant en lui-même les germes de la partition du pays. Le gouvernement a voulu passer en force et en malice par l’installation des autorités intérimaires qui a échoué par la faute de la CMA (le peuple malien les en remercie infiniment) car Koulouba s’est vu reprocher de nommer en catimini un gouverneur de région qui ne leur est pas favorable.
Certes le gouvernement n’a pas à concerter la CMA pour la nomination d’un Représentant de l’Etat et encore moins sur son profil. Mais de la même façon que son agissement malicieux a fait capoter l’installation des autorités intérimaires, de la même manière, l’agissement du Médiateur de la République fera capoter la tenue de la Conférence d’entente nationale et de la même manière c’est tout le processus des Accords d’Alger qui échouera.
Et c’est là le plus grand paradoxe qui occasionnera des conséquences catastrophiques pour le Mali. Alors pour le Mali d’Abord il est urgent de commencer à mettre fin à ces paradoxes, en sortant des contradictions et en arrêtant de défier la logique des choses, le bons sens latiniste. Il s’agit du Mali d’Abord !
Olivier Haude

Source : aBamako

aBamako

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