Ce que Mahamoud Dicko disait avant la présidentielle de 2012: « Nous allons voir les engagements des candidats vis-à-vis du pays »

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« On est partie prenante dans les élections… Il s’agit de notre pays… On reçoit des candidats, nous leur demandons d’abord leur programme, par ce qu’il s’agit de l’avenir de notre pays, de l’avenir de nos enfants ». Ce sont là entre autres, propos tenus en janvier 2012 par Mahamoud Dicko, président du Haut conseil islamique, dans un entretien accordé à L’Aube. A l’époque, le Mali s’apprêtait à organiser en avril 2012 l’élection présidentielle. En raison du coup d’Etat, c’est finalement en juillet 2013 que la présidentielle a eu lieu avec une forte implication de certains leaders religieux. Mais, le ton avait été déjà donné par Dicko. Extrait.
L’Aube : L’un des sujets de la rencontre du 14 janvier, était les élections. Or, jusqu’ici l’opinion n’avait pas entendu le Haut conseil islamique prendre part au débat politique. Est-ce un changement de cap de la part de votre organisation ?
Mahamoud Dicko : De tout le temps, nous avons pris part à toutes les questions qui concernent la vie de la nation. Sur toutes les questions qui ont trait à la vie de la nation, nous avons notre point de vue. Nous avons parlé et dit beaucoup de choses. Par rapport aux élections, le président de la Ceni est des nôtres, c’est notre secrétaire général. On est partie donc prenante dans les élections. Pour cela, vu les taux de participation très faibles et qui rendent nos régimes un peu moins légitimes, nous avons pensé que c’est un défi à relever. Ça, ce n’est pas parler de politique pour être soi même élu à un poste, mais parler de politique parce que ce sont des préoccupations de l’heure. Il s’agit de notre pays, de notre nation. Mais, je ne sais pas pourquoi les gens pensent qu’il faut être politique seulement pour parler de l’Etat, du Mali? Nous sommes des citoyens à part entière. Pourquoi, c’est la politique seulement qui vous donne droit de parler des questions de votre pays. Si c’est cela faire la politique, nous l’assumons.
Cette année, vu le contexte et surtout l’option que vous avez prise, peut-on s’attendre à une forte présence de votre organisation dans le débat politique ?
Personnellement, j’ai toujours dit mon opinion par rapport à toutes les questions qui concernent la vie de notre pays. Maintenant, en ce qui concerne le Haut conseil islamique, qui est une structure nationale, nous avons notre mot à dire, parce qu’il s’agit des élections qui concernent la population du Mali qui est composée à 95% de musulmans. On ne peut pas ne pas être concerné, ce n’est pas possible. On ne peut pas être responsable de la communauté musulmane et dire qu’on n’est pas concerné par des questions liées à la vie des membres de cette communauté. Parce que les élections constituent un tout, elles organisent la vie de la nation. Donc, aujourd’hui, nous allons être présents, nous le sommes et nous allons renforcer notre présence pour être là, pour être témoins, pour être arbitres, pour participer en tant que citoyens, pour demander aux musulmans de voter massivement. Parce qu’il s’agit de leur pays, il s’agit du choix de ceux qui vont les diriger, soit à la Présidentielle, ou aux Législatives et mêmes aux Communales. Donc, ils sont intéressés, car il s’agit de gens qui viendront gérer la cité. Je ne vois donc pas pourquoi on doit se mettre à l’écart.
Pour la Présidentielle vous avez déclaré que vous allez veiller au contenu des programmes des candidats. A votre avis, comment cela va se passer concrètement ?
Vous savez qu’ici, en longueur de journée, on reçoit des candidats. Presque tous les jours on reçoit quelqu’un. Quand ils viennent, c’est ce qu’on leur dit : musulmans ou non musulmans, ils sont quand même Maliens. S’ils doivent diriger les Maliens qui sont majoritairement musulmans, nous allons leur demander d’abord quel est leur programme, ce qu’ils proposent. Parce que, nous avons tellement de défis à relever. Vous pensez qu’on va nous contenter que des gens viennent nous voir avec quelques noix de colas en nous disant vous êtes des marabouts, faites nous des bénédictions. Non, il s’agit de l’avenir de notre pays, de l’avenir de nos enfants. Et je crois qu’on ne doit pas du tout se contenter de cela. Nous leur disons donc que nous voulons voir ce qu’ils ont à nous proposer, et qui ils sont. Parce que dans ce pays, on se connaît entre nous.
A ce propos, quelle va être la démarche que vous comptez utiliser. Est-ce que vous allez demander aux candidats de vous faire parvenir leurs programmes, ou bien, au contraire, vous comptez vous auto saisir vous-mêmes de ces programmes ?
Nous avons demandé à tous ceux qui nous ont approchés de nous amener leurs programmes. On va voir d’abord le contenu. Il s’agit pour nous, de nous faire une idée des engagements qu’ils vont prendre vis-à-vis du pays. On veut voir ce que X ou Y propose pour toutes les questions qui concernent la vie de la nation. Et je crois qu’il est de notre devoir et un droit pour nous en tant que citoyens de demander cela aux gens qui veulent qu’on leur accorde notre confiance.
Après cette phase, le Haut conseil va-t-il éventuellement donner des consignes de vote en faveur d’un candidat?
En tant que Haut conseil islamique, je le dis et j’insiste dessus, dans ces élections, nous sommes et resterons un arbitre. Mais nous sommes aussi des citoyens.
Donc, ce n’est pas exclu que vous donniez des consignes de vote?
Nous sommes des citoyens. Chacun de nous vote. Qu’on donne ou qu’on ne donne pas de consigne, on va voter. Je crois que s’il y a des consignes de vote, certainement des voix plus autorisées que la mienne vont le faire. Mais le Haut conseil islamique est une structure qui a un caractère qui ne lui permet pas de donner de consignes de vote dans un sens ou dans l’autre. Parce que, tous les candidats sont nos candidats, ils sont tous des enfants de ce pays, ils sont majoritairement musulmans. Par conséquent, ils appartiennent tous au Haut conseil islamique. Maintenant, le peuple est là. C’est lui qui doit juger, et nous sommes une partie intégrante de ce peuple. Mais on va veiller néanmoins à ce que le pays ait des hommes capables de le tirer de la situation actuelle.
L’Aube N0 397
du jeudi 19 janvier 2012

Source : aBamako

aBamako

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