Mali : la « reconquête de Kidal » et ses écueils insurmontables

«Kidal, le cancer malien n’a pas dit son dernier mot et sa « reconquête » va être laborieuse»
Curieux accords de paix que celui entre le gouvernement malien et le MNLA. Un pas en avant, un coup d’arrêt et un pas en arrière. Voilà un vrai et dur compromis que cet accord de paix bancal illustre à merveille.

Le malaise des deux parties qui ont accepté de signer et qui campent mordicus sur leurs positions initiales. Pour le gouvernement, « le Mali est une et indivisible ». Pour le MNLA (mouvement national de libération de l’Asawad), Kidal est considéré comme la capitale de l’ASAWAD. Une nation dans une nation, mais des deux côté, on continue à jouer au dupe devant la Communauté internationale.

Comme si la quadrature du cercle vicieux ne suffisait pas, les bisbilles entre le Maroc et le Polisario viennent se greffer au problème par le truchement de l’Algérie, la marraine qui reste toujours fidèle à son soutien des premières heures aux mouvements de libérations nationales en Afrique. On la voit mal se dissimuler dans ces deux conflits, où elle tient le Maroc et le Mali en laisse. Le retour du premier au sein de l’UA et la paix chez le second dépendent d’un mot d’elle.
A preuve, la semaine dernière, un décret du gouvernement malien nommant les autorités intérimaires de Kidal a été rejeté par le MNLA, sous prétexte qu’ils n’ont pas été désignés et nommés de commun accord, la cérémonie d’installation fut ajournée. A peine que ces mêmes autorités intérimaires furent acceptées à Kidal sans qu’elles ne puissent hisser et faire flotter le drapeau malien, voilà qu’à Gao, le même scénario se développe et se reproduit le lendemain comme une traînée de poudre jusqu’à Tombouctou.

Auparavant, la première étape de la visite du roi Mohamed VI pour une politique de charme économique dans quelques pays de la CEDEAO, qui était celle du Mali, a été annulée à la dernière minute, on ne sait pourquoi, officiellement.
La question qui reste est épineuse pour le Mali, qui se contente d’un semblant de paix, mais les braves nouvelles autorités intérimaires de Kidal sont en réalité en no man’s land, puisque le drapeau malien ne peut pas flotter sous ce ciel. On s’imagine ce que les Touaregs en feront des écharpes aux couleurs maliennes, qu’ils ont accepté de nouer hypocritement au cou pour la forme, une fois la parade terminée et hors caméra. Quant au drapeau du MNLA, même s’il ne flottera pas encore dans Kidal, Gao et Tombouctou du moins au fronton des édifices publics, c’est déjà une demi-victoire. A moins qu’on ne se trompe ou qu’on ne veuille aller vite en besogne, il se fera voir sous différentes formes partout dans les jours et mois à venir. Et au fur et à mesure, par « instillation », les autorités intérimaires se transformeront en autorités à coloration MNLA.

Le processus est en marche, le plan est tracé et le scénario est visible comme un nez au milieux d’une figure, et pour cause, tout au sud du Mali, dans une sorte de triangle des Bermudes du désert, entre le Burkina, le Niger et le Mali, un foyer autrement plus incandescent est en train de se former. La partie nord du Burkina, qui est au sud du Mali, a semblé échapper au contrôle de Ouagadougou. Les enseignants et élèves ont déserté le coin, l’administration est sur le point de faire autant.
Si le Mali est attaqué au sud par les djihadistes et tenu en laisse au nord, quelle partie de son territoire lui sera plus chère que l’autre à défendre et à sauvegarder ? Les rebelles du nord n’auront même pas besoin de faire un coup de boutoir pour avoir les coudées franches et hisser leur drapeau. Il ne faut pas être Nostradamus pour voir la trame du scénario des évènements machiavéliques à venir.
L’illusion va-t-elle durer combien de temps encore avec les nouvelles forces d’interposition qui risquent de s’éterniser comme en RDC ? Que de pertes depuis toujours par orgueil pour une contrée qui cherche constamment à se défiler et qui a le soutien d’un géant.

Le nord malien, un cancer qui n’a pas dit son dernier mot, sa « reconquête » va être laborieuse.


Source : Africatime

Africatime

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