Installation des autorités intérimaires : L’Omerta à Kidal

Comme prévu par le calendrier publié par le Haut représentant du chef de l’Etat au sein du Comité de suivi de l’Accord, le mardi 28 février dernier Hassan Fagaga a été installé dans ses fonctions d’autorité intérimaire de la région. C’est surtout le silence assourdissant qui a suivi cette installation qui inquiète le plus.

Le gouvernement aurait-il trouvé un deal avec la CMA pour l’installation des autorités intérimaires de Kidal ? La question mérite son pesant d’or, lorsqu’une semaine avant la CMA avait carrément refusé de participer à la cérémonie d’installation qui fut tout simplement reporté jusqu’au mardi dernier. Et pour cause, les ex-rebelles reprochaient au gouvernement d’avoir nommé un gouverneur proche de la plateforme à Kidal. Ce, à la veille de l’installation des autorités intérimaires. La CMA affirme que cela relève de la provocation de la part de l’Etat malien.

Or, dans la clé de répartition des régions entre les parties signataires de l’accord on prévoit que la région de Kidal revienne de droit à l’Etat qui est libre d’installer des personnes de son choix. Cependant, c’est bel et bien un déserteur de l’armée malienne en la personne d’Hassan Fagaga, un membre de la CMA qui fut désigné. Nulle part dans le document, il n’était question que le choix du gouverneur est à discuter.

Après une semaine de volt face, la CMA a enfin accepté, mais à quel prix ?

Il serait prétentieux de croire que la CMA a accepté de revenir sur sa décision aussi facilement. La nature de l’accord entre le gouvernement et la CMA est un secret de polichinelle. Tout comme le silence qui entoure cette intronisation de Fagaga est une Omerta.

Si à Kidal la couleuvre a été avalée, Gao, Menaka, Tombouctou et Taoudéni dont le calendrier est prévu les 02 et 03 mars prochain, n’ont pas dit leur dernier mot.

Pendant que la CMA savoure « sa victoire » à Kidal, les quatre mouvements signataires de l’entente du 25 janvier 2017, CPA, Cmfpr2, CJA et MSA dans un communiqué daté du 28 février 2017, disent avoir « été contraints de sonner la mobilisation générale de leurs militants et combattants pour faire échec au programme d’installation des autorités intérimaires ».

A Tombouctou, avant hier, des combattants de la Cmfpr2 ont occupé le Conseil régional de la ville. Ils ont exigé leur association au processus. Un jour avant, le lundi 27 février, des éléments du même groupe armé ont occupé l’Assemblée régionale de Gao pour contester le choix du président de l’autorité intérimaire et, aussi, demandé une augmentation du nombre des membres de l’autorité intérimaire.

Les responsables de ces quatre mouvements ajoutent que : « cette décision fait suite à l’attitude méprisante et discriminatoire du Gouvernement de la République du Mali, de la médiation internationale et de la CMA et à leur refus catégorique de prendre en compte les légitimes revendications desdits mouvements et organisations pour une gestion consensuelle et inclusive de la mise en oeuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali. ».

Cette mobilisation, non violente, selon les responsables des quatre groupes armés, pourra prendre d’autres formes en cas de menaces physiques sur les manifestants ou de toute autre tentative d’utiliser la force pour les contraindre à mettre fin à leurs mouvements.

Sans doute, le gouvernement et la communauté internationale ont un autre problème sérieux sur les bras qu’il va falloir circoncire, s’ils veulent voir ces autorités intérimaires s’installer.

Qu’à cela ne tienne plusieurs observateurs pensent qu’il y a beaucoup de non dits autour de cette question. Car l’opportunité de cette mesure, ils ne la voient surtout au moment où, le pays s’apprête à organiser des élections pour la mise en place des assemblées régionales.

Harber MAIGA

Source : aBamako

aBamako

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