Qui est vraiment IBK ?

Réputé pour sa rigueur et son sens élevé du devoir, IBK semble s’assagir avec l’âge. Au point de décevoir son électorat, qui lui reproche d’avoir, trop longtemps, gardé sa « main de fer » dans son gant de velours. Surtout, dans la gestion de la « crise du nord ».

Mais les récents évènements, intervenus au nord dans la mise en œuvre de l’accord de paix, administrent la preuve qu’il a, seulement, changé de fusil d’épaule pour obtenir ce pour lequel il avait été élu à 77,3 % des voix, au second tour, de l’élection présidentielle de juillet 2013 : le retour de la paix et de la sécurité dans le septentrion malien. Trois ans après son plébiscite, IBK semble avoir été abandonné par ses « amis », ses alliés politiques au rang desquels le parti SADI et l’ADP-Maliba ; mais aussi, par des leaders religieux qui croyaient et continuent de croire qu’ils ont joué un rôle décisif dans sa victoire. Certains l’accusent, à tort ou à raison, d’avoir signé – avec les Groupes armés – un « accord de paix ». Qui entérine, de fait, la partition du pays. D’autres lui reprochent son manque de stratégie dans la mise en œuvre de l’accord de paix, issu du processus d’Alger.
Mais avec l’opérationnalisation des patrouilles mixtes chargées, d’une part, de sécuriser les populations et de lutter contre le terrorisme, et, d’autre part, de préparer les ex-combattants à réintégrer la future armée nationale, IBK voit, peu à peu, sa méthode porter fruits. S’y ajoute la mise en place des autorités intérimaires.

Le processus de paix en marche, le retour de la sécurité aussi

Maintes fois annoncée, mais maintes fois reportée pour des raisons diverses, la mise en place des autorités intérimaires se poursuit à la satisfaction du gouvernement ; mais aussi, de la médiation et de la communauté internationale, impliquées dans la gestion de la crise du nord.
Conséquence : en dépit des attaques djihadistes, enregistrées çà et là, notre pays sort, peu à peu, de la crise. La paix est en marche. Accusé d’être « faible », voire « complaisant » avec les Groupes armés, IBK voit – chaque jour que Dieu fait – sa patience et sa méthode porter fruits. Désormais, on ne parle plus de la partition du Mali en deux Etats. Comme ce fût, récemment, le cas du Soudan. Ni d’autonomie des régions du nord, encore moins de fédération ; mais d’un Etat uni, riche de sa diversité. Un pays un et indivisible, dans lequel, chaque citoyen, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion ou ses origines….peut vivre en harmonie avec ses concitoyens.

Le « prix de la démocratie » décerné à IBK par l’institut Mandela

C’est pour récompenser ses efforts, dans sa longue et difficile quête de paix, que l’Institut Mandela lui a décerné le prestigieux « prix de la démocratie ». C’était, samedi 25 février, en France, au siège de l’Unesco.
Pour l’institut Mandela, qui a reçu au total 3.623 candidatures, il s’agit de récompenser le Chef de l’Etat malien pour « son immense contribution à la consolidation démocratique au nord du Mali, à travers l’accord d’Alger, à la stabilisation politique et sécuritaire du Mali et, par ricochet, à la stabilisation du Sahel ».
Né à Koutiala, le 29 janvier 1945, IBK est l’un des plus beaux fleurons de l’intelligentsia malienne. Une taille moyenne, une forte corpulence, élégant en boubou comme en costume, il aurait hérité du physique de son grand-père maternel. Plus connu sous le nom de « Tiémoko Bélébélé » (entendez Tiémoko le gros) ou « Néguédiourou Tiémoko » de par sa fonction de télégraphiste, son grand-père n’était pas une personnalité anonyme. Son père, Boubacar Keïta, encore moins.
Cinquante ans après ses études, en France, IBK traine la réputation d’un homme qui aime la bonne chair. Un homme qui croque la vie. A belles dents. Ses camarades de la FEANF (Fédération des Etudiants Noirs d’Afrique) gardent, encore, de lui l’image d’un vrai cordon bleu. Son plat préféré : le riz à la sauce, à base de patte d’arachide. Du haut de ses 72 ans, IBK apparaît 20 de moins, en dépit de ses cheveux poivre-sel. Il reste, aussi, un modèle pour ses pairs africains. En boubou, comme en costume, il n’en demeure pas moins un modèle d’élégance. Avec ses cravates nouées avec art, ses souliers et ses montres de marque…..reconnaissables à mille lieues. IBK apprécie un homme à travers deux prismes principaux : son intellect et sa présentation. Pour lui, un homme doit être irréprochable sur son port vestimentaire. Certains de ses proches collaborateurs l’ont appris à leurs dépens : ils sont interdits de l’accompagner en voyage ou dans ses audiences. Soit, parce qu’ils sont mal habillés ; soit, parce que leur port vestimentaire n’obéit pas à une certaine harmonie. Aussi, il n’hésite pas à corriger, publiquement, ses ministres qui prennent, parfois, certaines libertés avec la langue française. Normal pour un homme qui « a fait ses humanités » à la prestigieuse Sorbonne.

1er du Soudan français au concours général de l’AOF et de l’AEF

C’est sous la houlette d’un pédagogue de renom, Mr Sory Diakité, que le jeune Ibrahim Boubacar Keïta réussit, sans peine, ses études fondamentales à Koutiala, ses classes terminales à « L’Ecole des Grottes » d’Hamdallaye. Considéré comme un surdoué, le jeune Ibrahim Boubacar Keïta est sorti 1er du Soudan Français d’alors, au concours général de l’AOF (Afrique Occidentale Française) et de l’AEF (Afrique Equatoriale Française), regroupant 14 pays. Avec les félicitations du jury. Puis, s’envole pour la France, au Lycée Janson Dessailly, pour ses études secondaires. Obéissant aux vœux de ses parents, le jeune Ibrahim Boubacar Keïta revient au lycée Terrasson de Fougères (l’actuel lycée Askia Mohamed de Bamako) où il s’inscrit dans la série Lettres classiques (latin-grec). Une série, tellement, redoutée par les élèves que le petit-fils de « Tiémoko Bélébélé » se retrouve seul à potasser dans la classe. Son baccalauréat obtenu, avec la mention « honorable », il s’envole – de nouveau – en France où il entame des études en Ethnologie, en Anthropologie, en Histoire classique et moderne. Il obtient sa licence en même temps qu’un certain Ibrahima Baba Kaké – un autre IBK – l’animateur, sur RFI, de l’émission « Mémoires d’un continent ».
Au lieu de retourner au bercail, le jeune IBK s’inscrit en Sciences politiques. Après l’obtention de sa maîtrise, il entre à l’IMRC (Institut d’Histoire des Relations Contemporaines) de la prestigieuse Sorbonne. Son diplôme en main, il entame une carrière de professeur à PARISTOL BIAC, à la Sorbonne où il dispense des cours sur les institutions africaines comparées.
Quelques années plus tard, il entre au CNRS (Centre National de Recherches Scientifiques), la NASA française où il travaille avec un autre compatriote malien : l’excellentissime Youssouf Tata Cissé, l’un des plus grands spécialistes de l’histoire africaine.

L’entrée en politique

De retour au Mali, IBK est recruté par la Communauté Economique Européenne. Avec elle, il a parcouru tout le septentrion malien, de Labzanga à Diré, avec les ONG. Avant de rejoindre, en 1991, le tout-nouveau parti politique, fondé par le Pr Alpha Oumar Konaré et ses compagnons d’alors : l’ADEMA-PASJ.
A l’issue de son premier congrès et, sur proposition d’Alpha et du Pr Dioncounda Traoré, IBK accepte le poste de secrétaire aux relations extérieures. Et le 08 juin 1991, il est nommé porte-parole et conseiller diplomatique du président Konaré. Il aide le président Konaré à constituer son premier gouvernement avec, à sa tête, Younoussi Touré.
S’ouvre donc pour lui, une longue et riche carrière diplomatique : ambassadeur du Mali en Côte-d’Ivoire, au Niger et au Burkina Faso avec résidence à Abidjan.

Un excellent Premier ministre

En novembre 1993, Me Abdoulaye Sékou Sow succède à Younoussi Touré. IBK est rappelé au pays pour se voir attribué le portefeuille de ministre des Affaires Etrangères. Une anecdote : Arrivé à l’aéroport de Bamako-Senou, on lui enjoint d’y attendre jusqu’à ce qu’on vienne le chercher. Comme s’il était assigné à résidence. Méfiance ? Mystère et boule de gomme. Entre-temps, Me Abdoulaye Sékou Sow, chef du gouvernement d’alors, démissionne. Avec fracas. Alors qu’IBK participait, à Addis-Abeba, en Ethiopie, à une session budgétaire de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), rebaptisée UA (Union Africaine), le président Konaré le joint, au téléphone, pour lui proposer le poste de Premier ministre. Un poste qu’il va occuper durant six ans d’affilée. Une première au Mali. IBK a été un bon Premier ministre. Un très bon chef de gouvernement. Avec les résultats qu’on lui connaît : la stabilisation du régime Konaré. « Sans la poigne de fer d’IBK, Alpha Oumar Konaré n’aurait jamais pu faire deux mandats à la tête de notre pays », se souviennent encore nos concitoyens. Se sentant trahi, par ses camarades de l’Adema-Pasj dont il était le président, IBK quitte ce parti avec une poignée de fidèles pour fonder le RPM (Rassemblement Pour le Mali). Après deux échecs, aux élections présidentielles de 2002 et de 2007, IBK gagne haut la main celle de juillet 2013. Avec un score inédit : 77,3 % des voix, au second tour, qui l’opposait à Soumaïla Cissé, le candidat de l’URD. A 18 mois de la fin de son premier quinquennat, IBK est sur le point de gagner son pari : le retour de la paix et de la sécurité dans le nord du Mali. Surtout, avec la mise en place des autorités intérimaires, qui se poursuivent malgré les difficultés rencontrées çà et là ; l’organisation des patrouilles mixtes et, dans quelques jours, la conférence d’entente nationale. Prévue pour ce mois de mars, elle devrait permettre à tous les fils du Mali d’aplanir leurs divergences, de regarder dans la même direction. Afin de sauver l’essentiel, ce qui les unit : le Mali, rien que le Mali.

Oumar Babi

Source : aBamako

aBamako

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