L’Adema face à la présidentielle de 2018 : Un choix malaisé

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En 2012, l’Adema-Pasj (parti de l’Abeille) a frôlé l’implosion avec notamment la guéguerre entre candidats présidentiables au nom du parti. Faute de consensus on a dû recourir à des primaires qui n’ont contribué qu’à accentuer les divergences. Chassez le naturel, il revient au galop car la Ruche est en train de bourdonner avec notamment l’équation à inconnues multiples que constitue le choix du candidat pour la Présidentielle de 2018. Des noms sont avancés et chacun d’eux représente un pan du parti qui pense détenir la bonne stratégie pour passer le cap de l’élection présidentielle de 2018.

L’Adema aura-t-elle un candidat à la prochaine présidentielle ? Poser cette question semble relever de la provocation s’il n’y avait pas, ces derniers temps, cette rencontre avec le parti au pouvoir, le Rpm, où il est question de fusion des deux formations politiques. Un nom serait même déjà proposé, à savoir ” Rpm-Pasj”.

Mais dès l’annonce de cette démarche, des voix se sont élevées pour crier à la trahison car pour tous ceux opposés à cette démarche, rien que le nom, qui fait fi de l’appellation “Adema “ avec tout ce qu’elle représente comme référence historique glorieuse, annonce une trahison de valeurs et d’idéaux, voire même une volonté d’anéantissement d’une profonde mémoire politique.

Pour d’autres, cette initiative qui n’a pas encore été soumise à la sanction des cinquante-cinq sections du parti, reste de la pure diversion de dirigeants qui veulent plaire à IBK pour pérenniser leur présence à l’intérieur ou aux alentours des salles de banquets du pouvoir. De toute façon, le débat est lancé et il faudra le vider dans un sens ou dans l’autre.

Mais selon une source proche du Rpm, c’est un rêve du président IBK que certains tentent de réaliser. Il s’agit de la reconstruction du grand parti Adema et mieux, aller vers la construction d’un grand parti de gauche en y ajoutant d’autres formations politiques. C’est pourquoi, des dirigeants du Rpm ont pris sur eux l’initiative de contacts avec des personnalités influentes de partis comme l’Adema-Pasj et aussi le Parena, pour tenter de rapprocher les positions.

Cependant, la finalité immédiate de toutes ces manœuvres, c’est de réunir le maximum de partis politiques derrière le candidat du Rpm pour la Présidentielle de 2018. En d’autres termes, c’est demander à de grandes formations de renoncer à la conquête du pouvoir au profit du candidat du Rpm qui, jusqu’à preuve du contraire, sera le président-fondateur et actuel chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Keïta.

Mais puisque d’ici 2018 bien des choses sont possibles, d’aucuns disent que ce regroupement pourrait profiter au Pr Dioncounda Traoré en cas de désistement de l’actuel tenant du pouvoir. Ils fondent leur analyse sur l’état de santé du président de la République qui ferait mieux de choisir son retrait de la gestion du pouvoir en sortant par la grande porte, faisant allusion à la sage décision de son ami, le président français, François Hollande.

A ce sujet, ils rappellent les propos du président IBK pendant le sommet Afrique-France et qui méritent attention et réflexion. En effet, dans son allocution de bienvenue à l’ouverture de ce sommet, le président IBK disait, s’adressant à François Hollande : “Vous avez, Monsieur le Président, annoncé, le 1er Décembre dernier, une décision qui implique que ce sommet sera le dernier auquel vous participerez ès-qualité. Cette décision a été commentée, débattue des heures et des jours durant, chez vous, en France, puisqu’elle est unique dans l’histoire politique de votre pays, puisqu’elle est inhabituelle, sous toutes les latitudes “.

IBK continuait ainsi : “ Elle a été saluée en Afrique, pour avoir fait ce que nos peuples voudraient nous voir concéder plus souvent. Vous avez préféré le déchirement pour Vous seul, aux déchirements pour votre famille politique”. Peut-on en déduire que, dès lors, l’idée de renoncer à un second mandat hante le président de la République pour une sortie par la grande porte? Ce serait trop osé de l’affirmer. Surtout que comparaison n’est pas toujours raison car la France n’est pas le Mali, en ce sens que les modes d’exercice du pouvoir sont différents.  Et c’est justement ce qui fait qu’en Afrique, on sait rentrer dans le pouvoir, mais on ne sait pas en sortir. Il y a aussi les pressions de tous ceux qui, proches comme éloignés, profitent bien du pouvoir sans avoir été élus. Ils usent de tout stratagème possible pour continuer à bénéficier de leurs privilèges et passe-droits.

Pr Dioncounda pour gérer les arrières de son frère IBK

C’est ce dernier aspect des relations Dioncounda-IBK qui a fait penser au retour du Pr Dioncounda Traoré, un ami, disons même devenu frère du président IBK et qui pourrait, s’il est soutenu par ce grand regroupement dont il est question, revenir au palais de Koulouba et gérer les arrières de son frère.

Ce n’est pas impossible car le Pr Dioncounda Traoré a à peine gouté aux délices de la Présidence de la République et prouverait qu’il est vraiment un homme d’une dimension exceptionnelle pour tourner le dos à une opportunité d’y revenir. L’histoire jugera.

Pour le moment, son retour soudain au-devant de la scène ne permet pas de soutenir la posture d’un homme désintéressé, qui pouvait, avec son statut d’ancien chef d’Etat, garder de la distance, disons plus précisément pour faire preuve de réserve. Mais qu’est-ce qui fait donc courir encore Pr Dioncounda Traoré ? Reste donc une question dont la réponse porte certainement la clé de l’énigme Adema-Pasj à l’heure actuelle.

Pendant ce temps, Dramane Dembélé, logiquement, se prépare à renouer avec la campagne électorale, pour avoir porté l’étendard de l’Adema-Pasj lors de la présidentielle de 2013, sans être ridicule, si l’on sait les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce scrutin piégé par l’ex junte du général Amadou Haya Sanogo et surtout qu’il n’a pas bénéficié du soutien entier et actif de l’Adema-Pasj, parti en rangs dispersés à ce scrutin. C’est que depuis la Présidentielle de 2002 pour trouver le successeur du président Alpha Oumar Konaré, l’Adema-Pasj est en lambeaux suite aux primaires remportées par Soumaïla Cissé, après aussi le départ de grosses pointures comme IBK, Mandé Sidibé, entre autres. Il y avait aussi le groupe dit des dix qui soutenait, pour cette présidentielle de 2002, une candidature  en dehors de celle officielle du parti. En effet, ATT était leur candidat.

De toute façon, il se dit que cet entêtement à ne pas vouloir renoncer à la conquête du pouvoir constitue une des pommes de discorde entre Dramane et le pouvoir actuel car, comme le prône des thuriféraires de la Convention de la Majorité présidentielle, l’idéal serait de parvenir à un vaste front de soutien à la candidature du président IBK en 2018 pour espérer assurer un grand succès, précisément pour sa réélection.

Mais si l’Adema -Pasj, en ce qui concerne la future présidentielle, n’était secoué que par ce duel Dioncounda-Dramane, les choses pouvaient facilement s’arranger. Mais voilà que des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer de nouvelles têtes afin de briser le cercle des barrons qui ne seraient donc plus en mesure, aux yeux des populations, de conduire le changement attendu, après tant d’années passées dans les rouages du pouvoir.

C’est en ce sens qu’un groupe s’active pour avoir l’ex Premier ministre, Oumar Tatam Ly, comme candidat de l’Adema-Pasj. Mais force est de reconnaître que décrocher l’accord du banquier n’est pas chose facile, tellement il a pris conscience de l’ampleur de la tâche à abattre, surtout pour avoir découvert que la gestion du pouvoir, dans nos pays africains, n’a rien à voir avec  l’orthodoxie habituelle du management bancaire.

Mais pour les gens favorables à la candidature de l’ex Premier ministre, ses qualités de gestionnaires et de refus de cautionner la mauvaise gouvernance qui ont motivé sa démission, plaident en sa faveur et il faudrait que des fils du Mali comme lui se décident à chercher à changer le cours des choses dans le pays. Au moment où nous écrivons ces lignes, Oumar Tatam Ly, selon des poches de sa grande famille à Bamako, ne serait encore nullement décidé à faire ce saut dans le vide. Mais nous rassure-ton, un intense lobbying est en train d’être déployé en ce sens.

Comme si cela ne suffisait pas, des signaux de manifestations d’intérêt arrivent de Sikasso, le grenier électoral du Mali. Ce n’est pas un hasard si dans les stratégies de campagne électorale, une place de choix est toujours réservée à Sikasso. ATT, comme IBK, y ont lancé leur campagne électorale victorieuse. Tout un symbole !

Justement, l’actuel maire de Sikasso, élu avec une écrasante majorité sur la liste Adema qu’il dirigeait, a surclassé l’alliance conduite par le parti au pouvoir, le Rpm, avec tous les moyens déployés lors de cette campagne électorale. C’est pour dire que Kalifa Sanogo à Sikasso, c’est vraiment du cactus et qui s’y frotte s’y pique. Même le parti de l’actuel ministre des Sports, Hussein Amion Guindo, s’y est piqué. En effet, la Codem, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, dont Sikasso était  la base pour y avoir gagné un mandat de député quelques mois seulement après la création du parti, a mordu la poussière cette fois-ci face à Kalifa qui bénéficie d’un énorme réseau de soutien qui dépasse la région de Sikasso.  C’est justement pour cette assise populaire que ses partisans voudraient en faire le candidat de l’Adema à la prochaine présidentielle. Des comités de soutien sont en train de se former spontanément, çà et là et d’emblée des responsables de l’Adema, acquis à l’idée de le présenter à la prochaine présidentielle sous les couleurs de l’Adema-Pasj, se mobilisent en ce sens.

Comment le parti de l’Abeille parviendra-t-il à surfer sur les vagues de ces divergences sans être affaibli ? Là gît toute la problématique.  Mais auparavant, il faudra résoudre la question stratégique de la conduite à tenir vis-à-vis du parti au pouvoir car le soutenir signifierait donc se faire avaler par un monstre aux appétits actuellement insatiables et qui tente de tout happer sur son passage. L’autre conséquence serait aussi de courir le risque de se faire sanctionner en même temps que le parti au pouvoir en cas d’insatisfaction des populations.

Mais il semble bien que l’Adema-Pasj, qui n’a pas vécu les affres de l’opposition politique depuis l’avènement de la démocratie, dont notamment la diète financière et le manque de strapontins à distribuer à des cadres pour les entretenir, ne semble pas disposé à l’expérimenter. Comment alors, rester aux affaires pour accompagner IBK et chercher finalement à ravir le pouvoir au parti de ce dernier, le Rpm ?  Quoiqu’il en soit, c’est l’heure du choix à l’Adema, mais un choix malaisé.

                 Amadou Bamba NIANG


Source : Maliweb

Maliweb

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