Au Mali, «certains pensent que le noma est un mauvais sort jeté à l’enfant»

Un centre de santé a ouvert à Bamako pour traiter les malades du noma, une maladie mortelle qui dévore le visage des enfants.

«Je ne me souviens plus exactement de quand j’ai attrapé le noma», raconte Awa Diarra. Assise sur un banc du centre Hirzel, dans la capitale malienne, elle a la bouche déformée par la maladie. «Je venais juste d’apprendre à marcher. Mon père m’a emmenée dans un centre de santé. Ils ont voulu suturer la plaie, mais mon père a refusé, je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause de ses croyances.» Awa devra attendre près de quarante ans pour qu’enfin sa bouche disgracieuse reprenne une apparence normale. Et elle a eu de la chance : plus de huit fois sur dix, le noma entraîne la mort au bout de quelques semaines.

Cette maladie touche principalement les jeunes enfants. En quelques jours, l’inflammation de la bouche devient une plaie béante : la bactérie ronge les chairs, et même les os. «C’est une infection qui commence par une gingivite, une lésion gangréneuse non-contagieuse, explique Moussa Daou. On ne connaît pas la cause exacte, mais il y a des facteurs de risque : mauvaise hygiène bucco-dentaire, malnutrition, paludisme, déficit immunitaire, etc.» Ce chirurgien plasticien malien s’est intéressé au noma en deuxième année de médecine. «Jusque-là, je n’en avais jamais entendu parler. Ma nièce a eu une inflammation de la joue, puis cela a évolué vers une nécrose. Je ne pouvais rien faire. Quelques jours plus tard, elle est morte dans mes bras.» Alors le Dr Moussa Daou a décidé d’en faire sa spécialité. Après avoir fini ses études au Maroc, en Belgique et en Suisse, il monte l’association New Face, dont il est aujourd’hui le secrétaire général, et revient au Mali.
Guérisseurs

Début 2017, un centre d’accueil et de soin est officiellement inauguré dans les faubourgs de Bamako, le centre Hirzel, du nom de la fondation suisse qui l’a financé. Elle a injecté plus de 180 000 euros dans ce projet, pour construire le bâtiment et assurer les six premiers mois de fonctionnement. L’équipe, 100% malienne, est composée pour l’instant de neuf salariés et deux chirurgiens bénévoles. Le centre Hirzel accueille les patients souffrant du noma, et ceux atteints de fentes labiales et autres becs-de-lièvre, des malformations congénitales. Avec une capacité de 16 lits, il affiche quasi-complet depuis son ouverture.

Pour arriver à un tel résultat, il a d’abord fallu orienter ces malades vers le centre. Car le noma touche surtout les enfants des régions reculées, qui n’ont pas accès aux soins. «Nous avons eu l’idée d’avoir recours aux tradipraticiens», détaille Moussa Daou. Les guérisseurs sont souvent les premiers à voir les patients, mais faute de connaissances, ils peuvent aggraver la maladie. «Commune après commune, cercle par cercle, nous avons commencé des formations pour que les tradipraticiens connaissent le noma et nous envoient les malades le plus vite possible.» Un travail de sensibilisation est également mené pour faire tomber les préjugés. «Les gens pensent que le noma est une malédiction, un mauvais sort jeté à l’enfant, explique Akalifa Touré, le directeur de l’association New Face. Il faut se rendre compte : il y a des cas où on voit des vers se développer dans la plaie !»


Source : Africatime

Africatime

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here