Processus de paix : Des réfugiés comme fonds de commerce

Manipulés, exploités et laissés à leur triste sort, les réfugiés maliens notamment ceux des camps du Burkina Faso reviennent à la charge. Dans une déclaration qui s’apparente à celle du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), les représentants des réfugiés reprennent en boucle les refrains de leur mentor de l’ex-rébellion.

Il faut avoir le courage de le dire : les réfugiés maliens sont utilisés à tort comme fonds de commerce par les groupes, notamment le MNLA. Comme l’atteste la déclaration publiée le 21 mars par des délégués des camps des réfugiés (Mentao, Goudoubo, Bobo-Dioulasso, Ouagadougou, Dori, Essakane) au Burkina Faso suite à la consultation entamée en prélude à la Conférence d’entente nationale.

A la lecture de la déclaration, l’on comprend aisément que malgré que les réfugiés continuent de bénéficier de l’assistance et de la générosité du pays d’origine, ils entretiennent une complicité flagrante avec les groupes armés hostiles au Mali. Des camps de réfugiés à l’image de ceux Burkina sont connus pour abriter des combattants du MNLA. Pour comprendre toute la manipulation qui entoure la gestion des refugies, nous proposons en intégralité ladite déclaration dont le nom problématique “Azawad” revient constamment.

“Nous, délégués des camps des refugiés ci-dessus cités, soussignés :

Considérant les souffrances multiples et multiformes endurées par les populations de l’Azawad depuis l´indépendance du Mali (massacres des civils, empoisonnement des sources d’eaux, falsification de l´histoire, négation de la culture, exil forcé, tortures, humiliations…) ;

Considérant le droit des populations à être protégées ;

Considérant le droit du peuple de l’Azawad à bénéficier de la protection et de l’assistance de la communauté internationale, en vertu des dispositions des instruments juridiques internationaux ;

Considérant l’espoir nourri par le peuple meurtri de l’Azawad dans l’arrivée de la mission onusienne afin d’atténuer, sinon d’arrêter totalement toutes ses souffrances ;

Considérant la dimension internationalisée du conflit, avec l’engagement de l’ONU ;

Considérant les origines historiques et politiques du conflit opposant l’Azawad au Mali, ainsi que les attentes de la population en matière de résolution sérieuse du conflit ;

Considérant les accords de paix antérieurs (1992, 2006, 2015) entre le peuple de l’Azawad et le pouvoir central malien, dont l’inadaptation des solutions proposées au problème posé renferme le germe des soulèvements cycliques du peuple de l’Azawad ;

Considérant le non-respect par les pouvoirs successifs maliens de leurs engagements vis-à-vis du peuple de l’Azawad ;

Considérant la multiplication des foyers de tensions, la prolifération des acteurs et des armes avec des effets visibles sur le Centre du pays (région de Mopti), l’Azawad (Nord) et le reste du pays ;

Considérant l’étendue du pays, la faiblesse des moyens de l’Etat, la présence des enjeux et la méfiance des populations de l’Azawad vis-à-vis de l’Etat ;

Considérant les mutations géopolitiques à l’échelle nationale, sous-régionale et mondiale et les effets qu’elles induisent ;

Considérant les différentes résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, conférant mandat à la Minusma de contribuer à la stabilisation et au retour de la paix entre parties en belligérance jusqu’à l’obtention d’une solution consensuelle ;

Considérant l´accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger, signé le 20 juin 2015 à Bamako…

Conscients :

Des immixtions et des partis pris manifestes de la représentation de l’ONU au Mali (Minusma), en faveur de l’Etat, en contradiction totale de son mandat, se matérialisant par des menaces, sinon l’indifférence à l’endroit des forces et des populations civiles de l’Azawad, pendant qu’elle couvre injustement et expressément l’armée et les milices-pro gouvernementales ;

De la volonté délibérée de l’Etat du Mali à constituer, armer et instrumentaliser les communautés les unes contre les autres pour diluer le conflit politique opposant le peuple de l’Azawad à l’Etat du Mali dans un vaste chantier de conflit intra et intercommunautaire
de la sous-traitance de la question de défense et de sécurité á des milices tribales en lieu et place de l’armée nationale ;

De la démarche politico diplomatique et médiatique du gouvernement malien à donner une connotation terroriste à la question politique de l’Azawad, résultant d’une mauvaise foi à admettre le problème tel quel ;

De l’absence de stratégies et de volonté politique manifeste de sortie de crise de la part des plus hautes autorités du Mali, autre que le pourrissement et la division á caractère tribaliste et/communautariste ;

Que le Mali ne peut plus être géré à partir d’un seul centre de décision ;

Du retour en force de la coalition terroriste dans l´espace sahélo saharien, avec des menaces sérieuses sur l’intégrité territoriale ;

De la multiplication des mouvements, sous instigation du gouvernement malien…

Au regard de tout ce qui précède et pour une véritable paix dans l´espace sahélo saharien et un vivre ensemble entre toutes les composantes sociales du pays,

Déclarons ce qui suit :

Au titre de la justice :

La reconnaissance officielle de l’Etat du Mali de sa responsabilité pleine et entière dans les massacres des civils arabo touareg de l’Azawad lors des différents conflits ayant opposé le peuple de l’Azawad au pouvoir central malien, en 1963, les décennies 1990, 2006, puis de 2012 à nos jours ;

La réparation au profit des victimes et/ou de leurs ayants droit ;

La condamnation par le Mali des milices tribales ;

La traduction des auteurs des crimes et épuration ethnique en prenant pour période de référence 1960-2017 ;

L’ouverture d’un organe de droit international indépendant chargé de faire la lumière sur tous les cas de violation des droits humains commis en Azawad et récemment dans le centre du pays ;

Au plan politique :

Accepter l’unité dans la diversité et l’intégrité dans la spécificité en prenant en compte les grandes entités sociologiques et territoriales, afin de résoudre les problèmes présents et anticiper sur d´éventuels problèmes ;

La reconnaissance de l’Azawad en tant qu’entité politico territoriale spécifique, en tenant compte de la réalité socio-culturelle, mémorielle, symbolique et humaine ;

La reconsidération de la laïcité comme pilier de la constitution dans un pays à 95 % musulmans ;

Le partage des pouvoirs entre le peuple de l´Azawad et l’Etat du Mali à tous les niveaux ;

Au plan humanitaire (refugiés) :

Créer une structure au sein de l’organisation de la Conférence d’entente nationale, chargée exclusivement de la préparation d’un retour diligent des réfugiés dans des conditions dignes.

Cette structure doit travailler en étroite collaboration avec les autorités intérimaires pour prendre part activement à la Conférence d´entente nationale, à la reconstruction nationale pour jouir de leurs droits, notamment les futures élections locales ;

Demander au gouvernement malien de mener un plaidoyer auprès des organismes humanitaires et autres bonnes volontés pour soulager dans l’urgence la souffrance de ce peuple, qui se sent toujours abandonnée ;

Aider à assurer la sécurité des réfugiés avec la prise en charge de tous les droits liés à leur statut jusqu´à ce que les conditions d’un retour digne et paisible soient réunies ;

Occuper les réfugiés à travers des activités génératrices des revenus et rendre l’employabilité de leurs diplômés auprès des ONG intervenant en leur faveur une priorité. Inciter les ONG à l’intérieur du pays à faire des interventions de proximité, surtout dans les milieux les plus éloignés et les plus lésés (milieux loin des centres urbains) ;

Etant entendu que la crise touche directement au-delà des réfugiés, d’autres couches sociales, notamment les déplacés et les exilés politiques, la Conférence d’entente nationale doit les placer au cœur de ses préoccupations et réserver un traitement idoine afin de se sentir concernés par les résolutions qui en sortiront. Ceci permet d’éviter tout risque d’exclusion et d’éventuels soulèvements ;

Tenir compte du cas des réfugiés établis au-delà des frontières avant 2012…

Au plan de l´éducation

Octroyer des bourses d’études aux étudiants azawadiens ;

Promouvoir le recyclage des cadres de l’Azawad à travers des formations cycliques et pointues ;

Aider à la réhabilitation des infrastructures scolaires détruites du fait du conflit et construire des nouvelles infrastructures d’accueil tout en les dotant des équipements nécessaires ;

Former les enseignants et créer les conditions de leur motivation en vue de les maintenir dans des zones à risques ;

Promouvoir un enseignement basé sur les réalités historiques locales ;

Doter les cantines scolaires ;

Organiser un forum sur l´éducation en Azawad…

Au plan sécuritaire

Créer les conditions d´une sécurisation des réfugies à travers l’opérationnalisation des patrouilles et des mécanismes sécuritaires prévus dans l’accord, en prélude d’une armée nationale reconstituée.

En définitive, nous avons la ferme conviction que la prise en compte des éléments issus de la présente pourront contribuer à sceller une véritable charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale”.

A. M. C.

Source : aBamako

aBamako

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