Conférence d’entente nationale : L’événement vidé de sa substance !

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Tout a été mis en œuvre pour rendre possible la volonté du président de la République de tenir la conférence d’entente nationale  avant la fin du premier trimestre de cette année. Mais à force d’appuyer fort sur la pédale, la commission d’organisation s’est retrouvée seule à l’arrivée : les groupes armés et leurs acolytes lui ont fait faux bond. Finalement l’événement est vidé de sa substance, en termes de contenu que de participants. Une remise en question s’impose.

Au fur à mesure que l’Etat prend des initiatives pour mettre en œuvre l’accord pour la paix et la réconciliation, l’opinion s’habitue à ses  erreurs et échecs.

Le président de la République, induit en erreur par les comptes rendus, rapports et procès verbaux des réunions, ententes et résolutions apparait finalement comme le seul optimiste quand il est question de la mise en œuvre efficiente de l’accord issu du processus d’Alger. Pendant ce temps, la communauté internationale connaissant bien le véritable point de blocage, fait semblant de se réjouir de l’évolution des choses ; histoire de ne pas être amené à sanctionner ceux qui sont de mauvaise foi et qui sont suffisamment connus. Surfant sur cette vague, ces derniers dénoncent l’attitude du gouvernement malien lui reprochant de vouloir gérer le processus de façon unilatérale comme si le pays était géré par deux autorités ou plus.

L’annonce de la tenue de cette conférence d’entente nationale, son organisation  mettent à nu tout le flou qui entoure ce processus de mise en œuvre de l’accord d’Alger, avec, d’une part, la complicité entre les groupes armés et les médiateurs internationaux et, d’autre part, la légèreté  avec laquelle le gouvernement malien aborde ce processus.

La préparation légère et hâtive de la CEN

La nomination de l’ancien ministre, actuel médiateur de la République, Baba Akhib Haidara, à la tête de la commission d’organisation de la conférence d’entente nationale a laissé plus d’un perplexe. Car pour une conférence qui devrait traiter les « causes profondes du conflit » depuis l’indépendance à nos jours, le profil d’un ancien cadre de l’US RDA ne faisait point faire l’unanimité autour de l’idéal à atteindre. Surtout, nous avons eu à le souligner dans notre édito de la précédente livraison, il a eu déjà à formuler sa proposition dans un mémorandum, lorsqu’il fut délégué général chargé des problèmes du Nord. Dans ce mémorandum, il avait suggéré ce qui suit : « le respect de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale, la reconnaissance de la dignité de chaque communauté, le démantèlement des groupes armés contestant l’autorité de l’Etat, l’intégration, selon des modalités à définir, des groupes armés dans l’Armée de la République, le non démilitarisation de la région, l’élaboration d’un plan d’urgence humanitaire ». Or les propositions dans le présent accord qui instruit la conférence d’entente nationale sont en porte à faux avec les salutaires propositions du doyen Baba Hakib Haidara. Du coup, il se trouve dépassé par la tournure des choses depuis 1991. C’est peut être pourquoi, depuis sa nomination, l’acte fort qu’il a posé a consisté à des audiences interminables  qui lui ont permis, à coup sûr, de saisir les attentes de toutes les couches de la nation par rapport à cette conférence d’entente nationale sans pour autant faire avancer le débat. Des attentes complètement en déphasage avec les directives de l’accord, dont le point culminant est la question de l’Azawad. Etant donné que le manque d’adhésion des forces vives de la nation de Kayes, à Gao rendait caduc le document proposé, il revenait donc au président de la commission d’organisation de la CEN, soit d’organiser une rencontre d’envergure pour concilier les parties (congrès des communautés du sud et du nord, comme le proposait Tièbilé Dramé) ou d’informer le président de la République de l’impossibilité de tenir la conférence d’entente nationale à la date indiquée. La troisième solution, difficile sous nos cieux, était de rendre le tablier en reconnaissant ne pas être en mesure de gérer le dossier. Convaincu par son staff qui a fait à la hussarde un simulacre de concertations régionales, le doyen Haidara a précipitamment accepté la décision de tenir la conférence d’entente nationale du 27 mars au 2 avril.

La médiation, les groupes armés et l’opposition dans le même bateau !

Dès l’annonce de la tenue de la conférence d’entente nationale à partir du 27 mars, aussi surprenant que cela puisse paraître, la médiation internationale, sous l’égide de l’Algérie a programmé, de commun accord avec la MINUSMA, la tenue de la 16ème  réunion du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) pour les 27 et 28 mars. Un croque-en-jambe à la commission d’organisation de la conférence d’entente nationale. Cette réunion pouvait-elle traiter un sujet plus important que celui inscrit à l’ordre du jour de la CEN ? Les membres du CSA sont-ils différents des participants à la CEN ?

La réponse à ces deux questions se trouve dans le refus des groupes armés à participer à la Conférence d’entente nationale.

En effet, vendredi 24 mars, à quelques jours de l’ouverture de la conférence, les groupes armés du Nord, la Coordination des mouvements de l’Azawad et la Plate-forme, surprennent en annonçant qu’ils ne prendront pas part à la conférence d’entente nationale. Laquelle, selon ellles, «  au lieu d’unir risque de diviser». Elles estiment  que l’organisation de cette conférence doit être coordonnée par les trois partis signataires de l’accord de paix.

Mais en clair, le refus des groupes armés, comme mentionné dans leur communiqué, se justifie par un seul aspect relatif aux thèmes de la conférence d’entente nationale, le fait qu’il soit mentionné que les discussions porteront sur : « l’Azawad dans ses aspects sociaux-culturelles et géographique ». Or, les groupes armés auréolés des acquis de l’accord d’Alger, estiment que depuis les pourparlers d’Alger, l’aspect géographique concernant l’Azawad ne fait plus partie de la discussion. Curieusement, cette déclaration des groupes armés fut faite à l’occasion de leur rencontre avec les leaders de l’opposition qui emboucheront la même trompette, quelques heures après, pour déclarer leur non participation à la conférence d’entente nationale. Une fuite en avant. Car, elle n’a attendu que la dernière minute, au moment où les groupes armés ont fait leur déclaration, pour se rétracter. Le seul parti qui a clairement déclaré sa non participation depuis l’entame de ce processus de la CEN, reste le CNAS-Faso-Hèrè du Dr Soumana Sacko. Mais cette attitude de l’opposition ne surprend guère, au regard de l’impact de la réussite d’une telle action dans le bilan du président IBK pour les élections de 2018. Pour cela, elle préfère cheminer avec les groupes armés que d’accorder une moindre chance de réussite à cette conférence d’entente nationale.

En somme, au-delà des supputations ou prétentions autonomistes et politiques, l’évidence est que,  pour la tenue d’une telle rencontre, la commission d’organisation devrait se donner un temps raisonnable pour mieux s’apprêter  et éviter tout risque d’échec, surtout, de la part des groupes armés, un boycott. Mais l’on peut toujours redresser la barre en faisant de la rencontre du 27 mars au 02 avril une étape du processus pour un vrai forum du peuple, de l’intérieur comme de la diaspora et, pourquoi pas, des camps de refugiés. Comme disait François Mitterrand : « La pire erreur n’est pas dans l’échec mais dans l’incapacité de dominer l’échec ».

Moustapha Diawara


Source : Maliweb

Maliweb

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