Nouvelle : Grosse frayeur (A Marie Louise, amis pour la vie)

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Henry poussa un juron à l’endroit du ventilateur, celui-ci avait cessé net de fonctionner après avoir fait un bruit qui, il en eut peur, avait alerté tout le voisinage. Il souhaita que cela ne fût pas son dernier sursaut. Il sentit la sueur qui dégoulinait déjà le long de sa poitrine. Toute cette chaleur était impossible et insupportable ; il avait l’impression d’être dans un sauna, un four. Le soleil avait pourtant disparu depuis quelques temps, mais la chaleur était restée constante. La nuit, les murs et le toit de sa chambre se libéraient, exhalant une chaleur comme un soupir, libres d’un soleil qui, tout au long de la journée avait été d’une rage incendiaire.

Il abandonna le ventilateur qu’il avait tenté en vain de remettre en marche et se précipita vers la porte qu’il ouvrit bruyamment.

Un courant d’air l’accueillit, il poussa un cri de joie. La lune était là, douce et pleine ; elle diffusait une lumière pâle, tamisée. La nuit était belle. Il se sentit tout à coup bien.

Une brise légère vint lui caresser le visage, comme un appel. C’était le souffle du fleuve non loin de là. Il eut une envie irrésistible de se retrouver sur ses berges comme il en avait l’habitude dans ses moments d’insomnie.

Un long filet d’eau s’étendait jusqu’à perte de vue, une brume légère l’accompagnait. Cela lui donna une image : ce long filet d’eau était la vie d’un homme, forcément il avait une fin. Henry en eut presque le souffle coupé. Il fut pris d’une envie irrésistible de prendre un bain. Il avait entendu beaucoup d’histoires circulées à propos du fleuve, “superstitions et fadaises” murmura-t-il en se déshabillant. La lune vint auréoler son corps parfait d’athlète. Il rit tout bas, il venait de s’imaginer ce qui se raconterait si quelqu’un le voyait de loin.

Son plongeon fut presque silencieux, il remonta à la surface en poussant des cris de joie ; cette rivière était une aubaine. Quelques minutes plus tard lorsqu’il sortit de l’eau, il voulut encore faire quelques pas.

L’endroit était paisible, il écouta les bruits de la nuit et trouva tout cela apaisant, lorsqu’il aperçut une silhouette. Il sentit un froid parcourir son dos, ces histoires de djinns et de fantômes lui vinrent tout à coup à l’esprit. Il fit une halte, voulut rebrousser chemin mais se retint. Il essaya de se raisonner, “fadaises et superstitions”, se dit-il encore cette fois tout haut. La silhouette s’approchait, il eut l’impression qu’elle glissait vers lui. Son imagination lui jouait des tours, s’efforça-t-il de se convaincre.

Au fur et à mesure qu’il avançait, elle se faisait plus féminine. Henry eut l’impression malgré lui que ses jambes allaient se dérober. Il tint bon. Elle lui dit bonsoir, il s’efforça de répondre. Il essaya de la scruter, pendant qu’ils se dépassaient. Un visage ordinaire, ovale, un nez aquilin, des lèvres assez fines. Elle marchait pied nu, un pagne noué autour de la taille, voilant à peine des cuisses magnifiques.

Il essaya de placer quelques mots, hésita encore et articula timidement :”belle nuit n’est-ce pas ? ” Il essaya même de faire de l’humour, “êtes-vous le génie du fleuve ?”. Elle s’arrêta, lui fit face, et rit : “non, et vous, êtes-vous le génie tant redouté ?”. Il rit à son tour, bon Dieu, jura-t-il vous m’avez fait une telle frayeur…

Ils discutèrent longuement, d’abord en marchant, puis assis face à la rivière. Elle était de passage chez son oncle, elle était en vacances et avait découvert cet endroit, mais malgré tout ce qui se racontait, elle avait voulu, mu par une envie irrésistible d’y faire un tour. Ils parlèrent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Elle avait eu peur en l’apercevant de loin, un bel homme, un corps si parfait, si tard dans la nuit.

Ils rirent ensemble de leur superstition commune, discutèrent encore la majeure partie de la nuit. Il lui proposa de prendre un bain ; elle ne savait pas nager mais voulut quand même se rafraîchir. Henry la guida dans l’eau, instinctivement elle s’accrocha à lui. Henry refoula cette sensation de chaleur intense et agréable qui commença à se distiller dans son bas ventre. Ne déconne pas, se dit-il intérieurement. Elle resta collée à lui tout au long de la baignade. Il fit des prouesses, nagea dans la partie profonde avec elle sur le dos. Cela semblait beaucoup l’amuser, leurs rires insouciants se mêlèrent aux bruits de la nuit, aux cris des oiseaux et insectes nocturnes.

Lorsque épuisés ils s’allongèrent sur la berge, suffocants et haletants, il lui demanda enfin son nom. Nafissatou, lui dit-elle. “Se reverra-t-on, ma Djinn ?”, lui demanda-t-il anxieux. Elle se jucha sur sa poitrine et le regarda intensément. Ils retrouvèrent la proximité qu’ils avaient eue dans l’eau et se sentirent bien. Elle posa sa tête sur sa poitrine et écouta son cœur qui battait avec une intensité inhabituelle. Il ne se contrôlait plus, et laissait son corps s’exprimer. Merci pour cette soirée, lui murmura-t-elle dans l’oreille. Il voulut parler mais elle l’interrompit avec un baiser. A partir de là, tout s’accéléra dans un enchaînement parfait et sensuel.

Il eut l’impression que la nuit se prolongeait, la lune, et le concert des animaux nocturnes omniprésents, pendant qu’ils se découvraient, insatiables…

Un rayon de soleil vint frapper son visage, et il se réveilla, en sursaut. Il fut d’abord surpris de se retrouver là, mais se remémora tout de suite. Nafissatou, cria-t-il en regardant autour de lui… Il remarqua cette chose singulière, ses pas sur la berge, mais aucune trace de ceux de Nafissatou… Il fut pris de panique “fadaises et superstitions…”, cria-t-il.

Lorsqu’il rentra chez lui, il n’en parla à personne. La folie naît du regard des autres, se dit-il. La nuit qui suivit, il retourna sur la berge et attendit toute la nuit mais en vain… Le jour qui suivit, il y retourna avec un mot, qu’il avait glissé dans une bouteille. Il avait écrit “…sache que tu es ma plus belle rencontre, je serai toujours là pour toi…”. Il jeta la bouteille dans l’eau et la regarda disparaître…

K. Eloi


Source : Maliweb

Maliweb

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