Grève illimitée au niveau de la santé : Les raisons d’un silence gouvernemental

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Lancé depuis le 9 mars 2017, le mot d’ordre de grève illimitée des syndicats de la santé paralyse nos centres hospitaliers universitaires et autres structures publiques de santé abandonnant de nombreux malades à leur triste sort. Face à cette situation très préoccupante, le gouvernement et les syndicalistes se rejettent mutuellement la responsabilité du blocage.
Dialogue de sourds ?

Alors que les syndicalistes accusent le gouvernement de faire la sourde oreille face aux revendications des travailleurs, une source gouvernementale, que nous avons rencontrée ces derniers temps, dénonce la surenchère de ces derniers. Selon la même source, le gouvernement entend prendre toutes ses responsabilités pour rétablir le service dans le secteur dans un meilleur délai.
En tout cas, notre source est très formelle, contrairement aux idées véhiculées dans les médias et sur les réseaux sociaux, faisant état d’un dialogue de sourds entre les deux parties, notre interlocuteur dément et accuse la partie adverse, les syndicalistes, de violation des principes du dialogue social en la matière.
Selon elle, tous les points de revendication des syndicats avaient fait l’objet d’un accord, depuis le mois de novembre 2016.

Ce qui avait été convenu
Mais compte tenu de la complexité de certains points sur lesquels il y avait eu un accord de principe, en commun accord, les deux parties ont décidé de mettre en place des commissions chargées d’étudier leurs modalités de mise en œuvre. À cet effet, un délai maximum de six mois avait été donné aux commissions techniques pour présenter un rapport sur les différentes questions soumises à leur appréciation.
Par exemple, concernant l’adoption d’un plan de carrière, il ressort selon les termes du PV de conciliation que « La partie gouvernementale a commis un consultant à cet effet. Le consultant doit prendre en compte dans son étude les éléments du projet de plan de motivation déjà élaboré il y a quelques années. Les TDR seront partagés avec les partenaires sociaux. Le processus sera bouclé dans un délai de six mois. Le Syndicat sera associé aux groupes d’échanges ».
Il en est de même pour le point relatif à l’adoption d’un plan de formation.
Autre point névralgique qui avait été soumis à une étude suite à l’accord entre les deux parties, « L’octroi et l’augmentation substantielle des primes de fonction spéciale, des primes de garde, des primes de monture, et l’intégration des émoluments des bi-appartenants dans leur salaire ».
Eu égard du grand écart entre le gouvernement et les syndicats sur les montants à alloués, et à la demande de la partie gouvernementale, le syndicat a accepté de verser le traitement des différentes primes dans les commissions techniques.
Cette commission technique est placée sous l’égide du ministère du Travail et de la fonction publique, avec l’accompagnement de l’UNTM. La commission était déjà mise en place. Le rapport de cette commission devrait être rendu public dans un délai de 21 jours.

L’intox
À ce propos, notre source a fait savoir que le gouvernement a eu du mal à réunir les conditions pour que les consultants et les différentes commissions techniques puissent commencer à travailler normalement. Surtout que les membres des commissions techniques avaient exigé que toutes les conditions soient réunies avant de se mettre à la tâche.
Conséquences, les délais initiaux n’ont pas pu être respectés dans certains cas. Par contre, pour d’autres, on était encore dans le temps.
Alors que le gouvernement remuait ciel et terre pour que le travail se fasse, notre interlocuteur regrette de constater que les syndicats en ont profité pour l’État de ne rien faire pour débloquer la situation. C’est pourquoi notre interlocuteur a dénoncé ce qu’il a qualifié d’intox de l’opinion, en la matière.
Sur la question de la rupture du dialogue, notre source est très tranchante : « Nous avons toujours rencontré les syndicalistes à chaque fois qu’il était nécessaire ».
D’ailleurs, elle affirme avec précision que depuis le déclenchement de la grève illimitée du 9 mars dernier, le gouvernement, à travers le ministère du Travail, a rencontré au moins 3 fois les syndicalistes.
Pour étayer ses propos, elle a donné trois dates au cours desquelles les parties se sont rencontrées en présence des membres de la commission de conciliation, à savoir le vendredi 17 mars, puis le lundi 20 mars et tout récemment le dimanche 26 Mars 2017.
Une version corroborée par le ministre en charge de la Santé et de l’hygiène publique qui a fait une mise au point, lundi dernier, sur son compte tweeter. D’après Marie Madeleine Togo : « Le dialogue n’a jamais été rompu avec les syndicats de la santé ». D’ailleurs, le principal point de discorde demeure la prime de fonction spéciale qui doit passer de 25 000 à 75 000 FCFA, soit une augmentation de 300 % ». En contreproposition, le gouvernement a promis une augmentation de 25 % sur la prime initiale.
De même, Mme la ministre prétend aussi dans un tweet qu’aucune revendication des médecins ne porte sur le matériel de travail.
Le syndicat de la santé revendique la satisfaction de huit points dont l’augmentation substantielle des primes de fonction spéciale et de garde : 100 000 FCFA pour la catégorie A ; 75 000 FCFA pour la catégorie B ; 50 000 FCFA pour la catégorie C et 25 000 FCFA pour les contractuels. 2 L’octroi d’une prime de monture aux travailleurs socio-sanitaire. 3 L’intégration des émoluments des bi-appartenant dans le salaire pour permettre leur paiement régulier, mais aussi la prise en compte dans le calcul de la pension de retraite ; 4 Le maintien et l’extension des ristournes à toutes les structures génératrices de ressources. 5 La prise en charge à 100 pour 100 des soins médicaux et du médicament des travailleurs socio-sanitaires et de la promotion de la famille. 
6 L’intégration dans la fonction publique des contractuels payés sur fonds PPTE et sur Fonds propres. 7 Le paiement des primes de garde des agents de santé chargés du contrôle sanitaire de la maladie à virus Ebola. 8 L’abrogation de mutations abusives de syndicalistes en cours de mandat.
Au regard de ce qui précède, notre interlocuteur s’est inscrit en faux contre les affirmations qui font croire à une rupture de dialogue autour des points de revendication des syndicats de la santé.

La mauvaise foi ?
Pire, elle a indiqué que les syndicats ont lancé le mot d’ordre de grève illimitée malgré que le délai d’exécution de nombreux points d’accord consigné dans le PV de conciliation ne soit à termes. Car, selon elle, il avait été convenu de mettre en œuvre l’essentiel des points en œuvre au bout de 6 mois.
Contre toute attente, les syndicats ont lancé un mot d’ordre de grève illimitée en moins de 4 mois alors que les discussions se poursuivaient au niveau des groupes d’échanges.
Notre source de souligner que le silence du Gouvernement s’explique par le fait que dans les principes du dialogue social, il est interdit aux parties de communiquer dans la presse avant la fin des tractations.
Il est à noter surtout que cette grève illimitée a été décrétée, essentiellement autour des questions financières, notamment pour l’octroi et l’augmentation substantielle des primes de garde, des primes de monture, et l’intégration des émoluments des bi-appartenant dans leur salaire.
Selon certaines sources, le payement de certaines primes, notamment, les primes de garde, relève de la compétence des hôpitaux qui ont été érigés en EPA (établissement public à caractère administratif).
Aussi, les primes de monture exigées n’existent plus dans la nomenclature budgétaire du Mali, depuis belle lurette, quand on sait que l’État paye les véhicules à qui de droit et en assure le fonctionnement.
« Ce n’est pas tout le monde qui peut bénéficier de la prime de monture », a-t-elle dit.
Par ailleurs, certains interlocuteurs pensent que la prise en charge des frais de prestation des bi-appartenant, à savoir, les professeurs au compte de la recherche scientifique et des études supérieures, ne peuvent pas être payés par l’État sur leurs salaires. Selon eux, la seule motivation pour les syndicalistes, à ce niveau, est de gonfler les salaires.
En la matière, a-t-elle fait savoir, il revient aux structures bénéficiaires de ces prestations de les prendre en charge selon les textes en vigueur. « On ne peut pas inclure la prestation de service dans le salaire », a-t-elle dit.

Une violation des textes du BIT
Selon des sources concordantes, il nous est revenu que cette cacophonie ne peut plus continuer. D’une manière ou d’une autre, le gouvernement est obligé de prendre ses responsabilités dans les jours à venir pour une reprise du service normal dans les hôpitaux. Pour terminer, notre source a indiqué qu’« une grève illimitée à la santé, c’est du jamais vue ». D’ailleurs, précise-t-il, selon les textes de l’OIT et du BIT : « Une grève sauvage n’est pas permise dans les secteurs où l’on peut mettre en danger la vie des citoyens, notamment celui de la santé ».
Sur l’ensemble des revendications sur le front social, notre source dira que la satisfaction de toutes ces exigences était impossible à l’état actuel des choses.
« Si on n’y prend pas garde, le gouvernement risque d’être dans l’impossibilité de payer les salaires dans quelque mois », a prévenu notre interlocuteur.
Notons que l’incidence financière globale des revendications soumises au Gouvernement par les différents syndicats objet de négociations actuellement se chiffre déjà à plus de 225 milliards de nos francs.

Par Abdoulaye OUATTARA et Memadjilem NADJILAR ÉVELYNE (Stagiaire)

Source : aBamako

aBamako

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