Présidentielle 2018 : Amadou Toumani Touré n’est pas candidat

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L’information livrée mardi dernier par un confrère de la place a vite fait le tour de la ville : le Parti pour le développement économique et la solidarité (Pdes) envisagerait de demander à Amadou Toumani Touré de briguer la magistrature suprême en 2018.

Joint par nos soins, l’ancien  président, basé à Dakar, lève toute  équivoque : il ne sera candidat à aucune élection, ni communale, ni législative, encore moins présidentielle. Là-dessus, aucun doute n’est permis. Exclusif!

ATT sera-t-il candidat à la présidentielle 2018 ? La réponse est NON !

Comme une traînée de poudre, la nouvelle (publiée par un quotidien très respectable de la place) s’est répandue mardi à Bamako dans les salons feutrés, l’Administration et dans la rue. Au même moment où les internautes s’apprêtaient à en faire leurs choux gras sur les réseaux sociaux, nous sommes rentrés en contact avec l’intéressé. Très surpris par cette information, l’ancien président de la République nous dit qu’il n’a jamais discuté d’une telle éventualité avec qui que ce soit. Pas plus qu’il n’a été contacté par personne pour être candidat. C’est à la limite une farce, dans la mesure où selon lui, une candidature à une élection  est d’ abord  individuelle avant d’être portée par un parti politique. Pour l’ancien chef de l’Etat, l’idée ne lui a jamais traversé l’esprit de briguer  ni la présidentielle, ni un quelconque mandat électif.

« Je tiens à réaffirmer mon attachement aux principes démocratiques et aux valeurs républicaines », estime ATT, de toute évidence étonné d’un tel pamphlet.

Après ce démenti formel, l’on est en droit de se poser cette question : Qui a (donc) intérêt à la diffusion d’une telle information ?

Une piste : A l’intérieur du Pdes, si certains sont restés fidèles à l’ancien président, ce n’est pas le cas pour d’autres. En effet, ATT est devenu un fonds de commerce de certains politiques au sein de ce parti et en dehors. Ces derniers s’agitent dans l’ombre pour leurs propres intérêts. Alors, ce sont eux qui ont, sans doute, un agenda pour 2018. Pas Amadou Toumani Touré.

Tous ceux qui ont suivi la trajectoire professionnelle du Général, natif de Mopti, ne peuvent pas lui attribuer des intentions contraires aux principes constitutionnels. Le 4è président du Mali et 2è de l’ère de la démocratie pluraliste a posé suffisamment d’actes (démocratiques) qui prouvent qu’il n’est pas prêt à tout.

A ce titre, quelques faits d’armes d’Amadou méritent d’être rappelés pour dissiper la rumeur.

En mars 1991, après les manifestations populaires réprimées dans le sang, il ATT parachève la lutte du Mouvement démocratique en faisant tomber le régime du général Moussa Traoré. Il prend la présidence du Comité de transition pour le Salut du peuple et assure les fonctions de chef de l’État pendant la (première) transition démocratique du Mali.

Il organise la conférence nationale (qui s’est déroulée du 29 juillet au 12 août 1991), puis des élections législatives et présidentielle en 1992. À l’issue de ces élections, il remet le pouvoir au nouveau président élu Alpha Oumar Konaré. On le surnomme alors le « soldat de la démocratie».

Après, ce soldat exemplaire se met en marge du pouvoir, fonde et dirige la Fondation pour l’enfance. Des activités de solidarité et gestes humanitaires inondent Bamako et l’intérieur du Mali. Puis, ATT assume des missions de médiation à travers l’Afrique.

Le 1er septembre 2001, dans la plus grande légalité, il demande et obtient sa mise en retraite anticipée de l’armée. Et décide de se lancer dans la vie politique en posant sa candidature pour l’élection présidentielle de 2002. Il est élu président de la République le 12 mai 2002 avec 64,35 % des voix au second tour. Le premier mandat du premier président qui n’appartient à aucun parti politique se passe de tout commentaire, avec un consensus atypique où le gouvernement regroupe tous les partis du pays. La retombée ? Amadou Toumani Touré a été réélu président de la République le 29 avril 2007 dès le premier tour, avec 71,20 %. Il passe un deuxième mandat, certes mouvementé vers la fin, mais s’apprêtait à organiser des élections le 29 avril 2012 (1er tour) et mai (2è tour) pour passer la main en juin.

Mais, dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, il est renversé par un mouvement d’humeur d’un groupe de soldats de la garnison de Kati. L’ordre constitutionnel est atteint et le Mali menacé de sombrer dans l’abîme. C’est là où ATT surprend plus d’un et impressionne le monde.

En effet, le 8 avril 2012, sur médiation de la Cedeao, il annonce officiellement qu’il démissionne de ses fonctions présidentielles pour permettre une transition démocratique, la deuxième du genre pour le Mali.

Sa lettre de démission, lue à la télé et remise (« sans pression ») au ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolé, en charge de la médiation ouest africaine, est émouvante et ne laisse personne indifférent. La teneur :

«En  ce  moment  critique  de  l’histoire  de  notre  pays,  qu’il  me  soit  permis  d’avoir  une  pensée  profondément douloureuse  pour  les  populations  des  régions  de  Tombouctou,  Gao  et  Kidal,  en  particulier  mes  amis  les  enfants  qui souffrent du fait de l’occupation inacceptable de cette partie de notre territoire.

A la suite de l’élection du président… de la République en Avril 2007, les Maliennes et les Maliens m’ont renouvelé leur  confiance.  En  application  des  dispositions  de  l’article  37  de  la  Constitution  du  25  février  1992,  j’ai  pris fonction le 08 juin 2007 pour un mandat de cinq (05) ans.

Dans  le  prolongement  des  acquis  de  mon  mandat  précédent,  j’ai  consacré  toute  mon  énergie  et  toute  mon imagination  à  la  satisfaction  exclusive  des  besoins  essentiels  de  mes  compatriotes  et  à  la  réalisation  d’un  Mali émergent.  Aujourd’hui,  il  ne  me  revient  pas  de  dresser  le  bilan  de  mes  deux  quinquennats.  Les  historiens  s’en chargeront.  Toutefois,  depuis  quelques  mois,  notre  pays  est  en  proie  à  des  convulsions  sur  le  triple  plan sécuritaire, politique et social. Cette situation a atteint son paroxysme les 21 et 22 mars 2012, lorsqu’une violente mutinerie de la garnison militaire de Kati m’a mis dans l’impossibilité d’exercer mes fonctions de président de la République.

C’est pourquoi, dans l’intérêt supérieur de mon pays, j’ai l’honneur de demander qu’il vous plaise de recevoir ma démission et, subséquemment, de constater la vacance de la présidence de la République conformément à l’article 36, alinéa 2 de la Constitution susvisée.

Ce  faisant,  j’adresse  mes  sincères  remerciements  à  toutes  les  Maliennes  et  à  tous  les  Maliens  qui  m’ont  fait confiance, m’ont accompagné durant le temps que j’ai passé à la tête de l’Etat et qui continuent d’œuvrer pour le rayonnement d’un Mali éternel.

Enfin, je demande pardon à toutes  celles et à tous  ceux qui ont pu souffrir du fait des actes que j’ai posés,  sans intention de nuire, durant mes deux mandats.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération très distinguée ».

Voilà l’image à laquelle renvoie Amadou Toumani Touré !

CH Sylla

 


Source : Maliweb

Maliweb

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