CEN : Les Maliens réunis dans un espoir de Paix, d’Unité et de Réconciliation

Comme prévu, la Conférence d'Entente Nationale (CEN) a débuté le lundi 27 mars et pris fin le dimanche 02 avril.
Au terme des ateliers de travaux, la matière première de la Charte pour la paix, l'unité et la réconciliation nationale sera transmisée au président IBK qui décidera la rédaction finale de la Charte qui sera soumise à l'approbation de tous les concitoyens.
Avant les assises actuelles, des consultations régionales ont été organisées dans toutes les régions ainsi que dans les camps des réfugiés et au sein de la diaspora. Ces consultations ont permis d'informer, de sensibiliser et de recueillir les causes profondes des crises et d'aplatir la question d'Azawad. Chacune de ces parties concertées ont exposé les résultats de leur atelier de travail local, en vue de la préparation des assises finales, le mardi 28 mars en présence de deux nouvelles têtes au présidium, Mahmoud Dicko du Haut Conseil Islamique et Mohamed Mahmoud de la CMA.
En général, tous les rapporteurs ont retenu entre autres des causes profondes suivantes :
- Premièrement, le déficit de la gouvernance. Celui-ci est considéré comme une cause majeure de la recrudescence des crises. On retient entre autres à ce niveau une justice mal rendue, la corruption à grande échelle, l'effritement progressif de l'autorité de l'Etat.
- Deuxièmement, le déficit sécuritaire. Selon les participants, il renvoie à plusieurs aspects dont la situation géographique du pays et son immense territoire. La porosité des frontières et le sous armement des forces de sécurité et de défense ; la crise de confiance et le manque de collaboration entre la population et les forces de défense et de sécurité, la faible sécurisation des massifs forestiers tels que les forêts du Wagadou, de Ouana et de Toye, en font des repères pour les groupes terroristes, la sanctuarisation des groupes armés dans les régions du Nord du pays et les difficultés pour l'Etat de les en déloger.
- Troisièmement, le déficit de gestion des diversités et exclusions. Plusieurs éléments ont été relevés à ce point. On note entre autres le faible soutien de l'Etat aux activités féminines, la faible implication des femmes et des jeunes dans le processus de paix, le découpage territorial issu de la reforme de la décentralisation a souvent été cause d'exclusion de certaines communautés dans la vie des collectivités locales, l'accès inégal des différentes communautés aux responsabilités publiques et à la fonction publique.
- Quatrièmement, le déficit de développement socio-économique et de gestion des ressources naturelles. Il a été soulevé comme une cause profonde de la crise. Ainsi, les CR ont retenu à ce point que la faible organisation administrative du Nord en termes de création de région impacte sur le processus de son développement socio-économique. Le sentiment d'injustice attribué à l'Etat à travers la répartition inégale des ressources pour le développement équilibré de toutes les régions au Mali, le manque d'infrastructure routière contribue à l'enclavement des régions du Nord handicape et aussi de certaines localités dans le Centre et le Sud, l'absence de certains service de l'Etat surtout financiers dans les régions du Nord handicape leur fonctionnement harmonieux et leur processus de relance économique, le manque d'accès aux emplois favorisant l'enrôlement des jeunes dans l'économie criminelle au niveau des régions du Nord, les phénomènes de sècheresse cycliques comme catalyseurs des crises.
- Cinquièmement, l'effritement des valeurs sociétales. Selon les CR, ce point participe aux causes profondes de la crise. En effet, elle met l'accent sur la mauvaise compréhension du concept de la démocratie et les ruptures de la citoyenneté, le non-respect de certaines valeurs culturelles et la perte de repères surtout chez les jeunes, l'effritement des valeurs patriotiques, le laisser-aller, le laxisme et l'irresponsabilité observés par les pouvoirs publics.
- Enfin, l'insuffisance du niveau de mise en exergue des Accords de paix précédents et de leur suivi-évaluation. Les CR ont souligné ce déficit comme l'une des causes profondes des crises au Mali, à travers : le non-respect des engagements souscrits par les parties signataires des précédents accords dans le cadre de la résolution des différentes crises et rebellions armée, une gestion inadéquate des crises antérieures, le manque des suivi-évaluations des Accord précédents, le déficit d'information et de communication des pouvoirs publics sur le processus de mise en œuvre des Accords.
Au sortir des travaux de groupe du mercredi 29, nous avons approché certains cadres pour recueillir leurs impressions, leurs attentes sur la CEN. Lisez plutôt !
Dieudonné SAGARA, préfet du cercle de Bougouni
La participation massive de toutes les couches et la participation de tous les groupes ici présents. Cela dénote que les uns et les autres sont prêts pour une attente nationale. Cette conférence est entre nous Maliens. Il faudrait que nous nous asseyions, comme l'a si bien dit le Président de la République, les membres de la même famille. Et si dans la famille, la maman est malade, il faut que tous les enfants se donnent la main pour la soigner. Il faut que tous les Maliens se concertent, se parlent pour que nous puissions nous entendre afin que nous puissions faire face au développement et il faut le développement pour que le Mali puisse aller de l'avant. Nous sommes nourris de l'espoir que cette conférence soit la solution définitive surtout avec la présence des groupes armés. Nous avons amorcé la pente par rapport à cette entente et par rapport à cette réconciliation, à cette paix au Mali.
Pasteur Nouh Haguifa Yatara : de l'Eglise Evangélique Baptiste de Tombouctou
Je pense que c'est la meilleure idée que le gouvernement ait jamais trouvée. Cette idée de CEN pour permettre aux uns et aux autres de se dire certaines vérités incontournables pour aller à la réconciliation et à la paix. Aujourd'hui, plusieurs participants ont mis l'accent sur l'importance de présenter ses excuses, de demander pardon. Que les auteurs, ceux qui ont commis les actes graves présentent les excuses, demandent pardon à leurs victimes. Cela est très important. C'est plus important que les réparations, tout payement que l'on peut faire d'abord. Reconnaitre le tord moral à la victime est un très grand pas si les auteurs le reconnaissent. Les attentes sont grandes. L'objectif de cette conférence est comment vivre ensemble. De permettre aux uns et aux autres d'aller au développement, à l'épanouissement, à tout ce qui est souhaitable dans un pays qui appartient à nous tous, le Mali. Je crois qu'on peut aller à beaucoup de choses dans ce sens.
Mohamed Mahmoud : vice président de la Conférence d'Entente Nationale, membre de la CMA et président de la Commission Paix
Je sens que les gens sont engagés pour trouver la solution de la crise que traverse le pays depuis 2012. On constate un certain engouement dans la participation, une bonne foi de discuter, de poser le problème, de trouver les solutions idoines. Chacun s'efforce à écouter l'autre pour essayer de se comprendre. Il y a une dynamique qui est très importante. Il suffit seulement de canaliser cette dynamique, de l'encourager, donner l'espace pour qu'elle continue. Ces assises ne vont pas régler tous les problèmes mais, elles auront au moins l'avantage de jeter les jalons des nouveaux paradigmes dans lequel les gens peuvent se reconnaitre, discuter, trouver des solutions pour les questions de paix, de réconciliation, de l'unité nationale.
Yacouba TRAORE

Source : aBamako

aBamako

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