Le Mali doit-il entamer des pourparlers avec des groupes islamistes ?

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Une des recommandations de la Conférence d’entente nationale sur laquelle auront à réfléchir les sages qui constitueront la charte pour la paix, invite le gouvernement malien à entamer des pourparlers avec les dirigeants d’Ansar Dine et de la Katiba Macina, Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa. Ces deux groupes islamistes sont responsables de nombreuses attaques mortelles contre des soldats maliens, français et des casques bleus de l’ONU.

La Conférence d’entente nationale qui s’est tenu du 27 mars au 2 avril, a parmi ses recommandations exhorté le gouvernement à des pourparlers avec Amadou Koufa, chef de la katiba Macina et Iyad Ag Ghali, chef du groupe islamiste Ansar Dine, qui ont tous deux fusionné début mars avec AQMI au Sahara et Al-Mourabitoune pour former Jamaat Nusrat al-Islam wa-l-Muslimin (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans).

Depuis janvier 2013, Iyad Ag Ghaly ex-chef d’Ansar Dine et nouveau leader de Nusrat Al-Islam, sévit dans les confins du désert algéro-malien. Autrefois en bons termes avec l’État malien, il est tombé en disgrâce et fut exclu des négociations en raison de son appartenance à la nébuleuse djihadiste et à son rôle dans la chute du Nord. Il demeure actuellement le seul chef rebelle encore recherché par la justice malienne alors qu’elle a levé les mandats d’arrêt lancés contre ses anciens alliés de la CMA.

Par leurs attaques récurrentes, Iyad Ag Ghaly et Amoudou Kouffa, entravent le processus de paix. Au moins 60 attaques qui ont fait de nombreuses victimes ont été enregistrées au cours du premier trimestre 2017, principalement dans le nord et le centre du Mali, ainsi que dans les régions frontalières. Faut-il donc négocier, dialoguer avec ces chefs djihadistes ? Pour certains, le principe de réalité pour obtenir la paix doit prévaloir sur tous les autres et l’intérêt du pays commande de discuter avec l’ennemi, quel qu’il soit. Comme le souhaite Souleymane Dagnon, président du Groupe d’action pour la réconciliation et le dialogue au Mali (GARD), qui en vue d’amorcer un véritable élan de pardon et de réconciliation nationale souhaite rencontrer « tous les protagonistes de la crise du nord, y compris Iyad Ag Ghali et Amadou Kouffa ».

Lors d’une récente interview pour le Journal du Mali, Alghabass Ag Intalla, chef de la CMA, sur cette question, disait qu’il ne pouvait que se réjouir de toute tentative qui irait dans ce sens. Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, en 2016, dans nos colonnes, avait réfuté toutes possibilités de négociations avec « ces personnes qui utilisent la violence pour se faire entendre et qui ont du sang sur les mains ». On se souvient aussi de la négociation qu’avait discrètement mené avec Iyad Ag Ghaly l’Imam Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique, partisan d’un dialogue avec les islamistes maliens qui « permettra de les déconnecter des islamistes étrangers », pour un cessez-le-feu qui n’a rien donné, si cela était un tant soit peu l’intention de l’éminence grise d’Ansar Dine.

Au niveau du gouvernement, on assure aujourd’hui que cette question « sera approfondi dans les commissions ad hoc qui vont être créées » et qu’une « négociation avec ces chefs djihadistes peut-être une possibilité à envisager », confie cette source proche du dossier.

Cette question qui s’est invitée dans les débats de la Conférence d’entente nationale arrive à un moment où la mise en œuvre de l’accord de paix peine, depuis sa signature en mai 2015, à se mettre en place. Une négociation avec ces chefs djihadistes maliens est considéré aujourd’hui, quasiment deux ans après la signature de l’Accord, comme une nouvelle piste pour ramener la paix, la réconciliation et la sécurité dans le pays. Si cette recommandation obtenait l’aval du gouvernement malien, cette volonté de négocier serait suspendue au bon vouloir de ces groupes, à accepter des pourparlers ainsi qu’à être intégré dans le processus de paix mais aussi à la décision des bailleurs internationaux qui sont impliqués dans la lutte contre le terrorisme.


Source : Africatime

Africatime

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