Conférence d’Entente Nationale : Ce qu’en pensent nos lecteurs ?

L’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger énonce, au titre des mesures destinées à instaurer la paix et la réconciliation nationale, l’organisation d’une Conférence d’Entente Nationale, en son Article 5. L’objectif de la tenue de cette conférence est de permettre un débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit. Qu’en pensent nos lecteurs sur cette question ? Lisez plutôt.
Docteur Clément Dembélé, professeur d’enseignement supérieur :
La conférence d'entente est une volonté écrite dans l'accord d'Alger pour permettre de poser des actes concrets afin de pérenniser la paix, le développement durable et une vision plus globale et concertée des acteurs maliens autour des différents problèmes qui sévissent au Mali tant sur le plan politique, économique et socio-culturel. Pour moi, c’est une très bonne chose pour sortir un peu l'accord et le Mali même de l'impasse. « Vous savez il faut un moment poser un acte concret pour montrer symboliquement mais aussi stratégiquement que nous avançons dans le processus de normalisation des relations. Les maliens doivent s'assoir et en toute vérité pour discuter, échanger, se comprendre et avancer ensemble », a-t-il indiqué.
A propos du refus de l'opposition à prendre part à la rencontre, Dr Clément dira que cela est compréhensible. « Mais tout ce qui est compréhensible n'est pas toujours valable selon les circonstances. L'opposition malienne joue un grand rôle dans l'espace politique et dans la gestion de l'Etat. Le Mali a aujourd'hui besoin de tous ses fils dignes. Les maliens n'attendent que l'unité et la paix, et cette conférence nationale d'entente permet de nous rassembler autour des questions sur le Mali. Certes, il y a sans doute des insuffisances dans cette conférence qui ont été légitimement relevées mais il n'y a aucune raison valable aujourd'hui de jeter le bébé avec l'eau du bain pour qui veut sauver ce pays », a-t-il évoqué. Et de conclure en disant qu’un accord n'est pas définitif, et que cet accord n'est qu'une étape parmi tant d'autres choses. « Il sera révisé et dans l'avenir des choses vont certainement s'ajouter, certains éléments seront supprimés, et avec le recul permis par l'écoulement du temps peut être qu'on parlera même plus de cet accord. Avant cela, posons des actes et avançons avec l'esprit patriotique au-delà des appartenances, au-delà des passions et des ambitions », a-t-il conclu.
Sory Ibrahim Konaté, journaliste :
« Pour ce qui me concerne, je pense que la Conférence d'entente Nationale dans son format actuel avait pour objectif de réunir tous les enfants du pays autour de la même table afin de débatte de la paix et de l'unité nationale. Mais, il est clair qu'elle a été organisée à la hâte même si l'initiative est salutaire », a-t-il dit. Et d’ajouter qu’étant entendu que le train avait déjà décollé qu’il était bon que tous les acteurs socio-politiques et économiques du pays s’y intéressent. « Nous devons vaincre nos divergences et faire face à l’essentiel afin que cette rencontre soit une réussite. Car le peuple à trop souffert des "égos" des dirigeants », a-t-il mentionné. Selon lui, l'opposition devrait participer aux débats pour imposer sa vision de la chose. Car il est impératif de préserver notre bien en commun qui est le grand Maliba.
Dianguina Keita, enseignant :
« Cette rencontre a été pour moi un retour à la normalité après une crise multidimensionnelle, qui a provoqué une lésion profonde et une fracture sociale. C’est une très bonne chose qui permet de prendre en compte l'opinion et la préoccupation de tous nos concitoyens », dira M. Keita. Pour lui, cette rencontre est donc d’une importance capitale. « Tout comme la commission vérité et réconciliation de l’Afrique du Sud, elle doit être pour notre pays, un repère pour l'unité du peuple. Car, chaque couche aura un droit de regard sur les prises de décisions, cela permettra de fédérer les cœurs et les esprits. Donc pour moi elle est nécessaire voir indispensable pour éviter l'isolement, des zones, des races, et des éthiques », a-t-il insisté.
Pour finir, il mentionnera que l'absence de l'opposition pose la problématique d'une rencontre anticipée et sans une préparation à la hauteur de l'événement car la différence de l'opposition doit enrichir la majorité gouvernementale. « En tout cas, je pense que c'est l'Union qui fait la force », a-t-il dit.
Docteur Guida Landouré, neurologue au CHU du Point-G:
« Le président de la commission a affirmé qu'il n'est l'instrument de personne. Je crois qu'il aurait dû dire sauf... la CMA, qui a réussi à changer l'essence même de la conférence. Elle a menacé de ne pas participer et a eu gain de cause. Ils ont encore réussi à faire une rentrée remarquée en grande pompe, se faisant les vedettes de la conférence », a-t-il déploré. Et d’ajouter qu’il pense qu’ils feront pareil à l'élaboration de la charte.
Aux dires de Dr Landouré, même si la conférence est une très bonne chose, il est important de clarifier que tout n’est pas rose. « On dit que tout le monde a été consulté, alors qu'à Bamako (+2 millions d'habitants) les concertations ont seulement duré 2 jours, à Sikasso (2,7 millions) 2 jours, à Ménaka on a pris 3 jours pour une population de 56.000 habitants », a-t-il jugé arbitraire. Et de dire que c'est seulement quatre jours après que les refugiés de la Mauritanie sont venus et ceux du Burkina 5 jours après.
« Après tout ça, on fonde encore de gros espoirs sur les résolutions de cette autre recréation. On aurait pu économiser cet argent et régler des problèmes plus brulants, notamment celui des médecins qui ont débraillé depuis plus de 20 jours », dira le Dr Guida. Avant de regretter l’absence de l'opposition qui n’a pas voulu rejoindre la majorité.
Rassemblés par KANTAO Drissa

Source : aBamako

aBamako

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