«Les Sauteurs»: quand un migrant malien à Melilla se saisit de la caméra

Parmi les sorties de nouveaux films en salle ce mercredi, un documentaire à ne pas manquer «Les Sauteurs». Ce film, projeté l'an dernier au festival de Berlin, sort de l'ordinaire par son dispositif : c'est un immigrant malien qui filme ses conditions de vie à Gurugu, ce bois marocain dominant l'enclave espagnole de Melilla.

Des documentaires sur les réfugiés prêts à tout pour franchir la frontière de l'Europe et qui se font refouler parfois très violemment du grillage à Melilla, on en a déjà vu beaucoup. On est saturés d'images, particulièrement télévisuelles. Mais ce que vous voyez dans Les sauteurs est totalement inédit : Estephan Wagner et Moritz Siebert ont confié une caméra à Abou Bakar Sidibé, un jeune Malien, et à un de ses amis pour qu'ils filment leur quotidien dans le campement de fortune dans la forêt marocaine.

Regarder le monde à travers une caméra

Au départ, c'est surtout pour l'argent que le jeune Malien a accepté cette mission. Mais très vite il se prend au jeu et documente sa vie quotidienne : la recherche de nourriture, l'hygiène, les loisirs, la crainte d'une descente de la police. Il explique que « quand on regarde le monde au travers d'une caméra, on commence à percevoir l'entourage différemment... j'ai commencé à prendre plaisir à la création d'images », explique le jeune homme qui reconnaît y « avoir trouvé de la beauté ».

Ce qui est fort dans le documentaire Les Sauteurs, c'est que l'on a à la fois les images filmées par Abou Bakar Sidibé et leur contrepoint : les images de vidéo surveillance récupérées par les réalisateurs. Melilla y semble si proche, mais si inaccessible aussi. Il faut pouvoir escalader trois hautes rangées de barrières sans se faire attraper ou refluer par la police espagnole.

Manifeste, témoignage unique, le documentaire Les Sauteurs est aussi l'acte de naissance d'un cinéaste, Abou Bakar Sidibé, crédité comme co-réalisateur de ce documentaire.


Source : Africatime

Africatime

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