Discours du Secrétaire général adjoint, M. Jean-Pierre Lacroix Session du Conseil de sécurité sur le Mali

Madame la Présidente,
Distingués membres du Conseil de sécurité,
Excellence Monsieur Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires étrangères, de l'Intégration Africaine et de la Coopération internationale,
[Madam President I would like to thank you for your kind words]
C'est avec un immense plaisir que je m’adresse au Conseil de sécurité pour la première fois depuis ma nomination à la tête du Département des opérations de maintien de la paix. A cet égard, je souhaite rendre hommage à mon prédécesseur, Hervé Ladsous, pour son dévouement et ses efforts inlassables au profit de la paix. Soyez assuré que c’est avec détermination et conviction que je relève le défi qui m’a été confié et c’est avec la plus grande franchise et transparence que j’entends travailler avec le Conseil de sécurité.
Il y a deux semaines environ, j’ai eu l’opportunité, avec Hervé Ladsous, de me rendre au Mali et m’entretenir avec ses autorités, notamment le Président Ibrahim Boubacar Keïta ; les membres du Gouvernement dont le Ministre Abdoulaye Diop; la médiation internationale, dont je salue son chef de file, l’Algérie; ainsi que le personnel de la MINUSMA et l’équipe pays des Nations Unies, qui font un travail remarquable, et ce dans des conditions difficiles.
Comme souligné dans le rapport du Secrétaire général qui vous est soumis, ces derniers mois ont enregistré des progrès positifs dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Malgré l’attaque ignoble perpétrée contre le camp du mécanisme opérationnel de coordination à Gao le 18 janvier, l’opérationnalisation des patrouilles mixtes dans cette ville est effective depuis le 20 février. Après Gao, Kidal et Ménaka, le Comité de suivi de l’Accord a annoncé hier l’installation des autorités intérimaires à Taoudenni et à Tombouctou avant le 13 avril. Ces avancées illustrent le retour graduel de l’autorité de l’Etat dans le nord du Mali dans le cadre des arrangements intérimaires et la MINUSMA, notamment à travers l’usage actif de ses bons offices, met tout en œuvre pour aider les parties à obtenir des résultats concrets sur le terrain. Nous devons, cependant, nous assurer que ces nouvelles autorités et unités mixtes disposent des moyens adéquats pour remplir leurs responsabilités politiques et sécuritaires et que les services de base soient mis rapidement à la disposition des populations. De plus, il est primordial de clarifier la durée de ces arrangements intérimaires compte tenu de leur début tardif, ainsi que le statut des groupes dissidents vis-à-vis de la CMA et de la Plateforme dans le cadre des mécanismes de suivi. Les autorités maliennes nous ont indiqué que ces questions sont en cours de discussion.
En ce sens, la Conférence d’entente nationale (CEN) qui s’est conclue ce dimanche 2 avril fut une occasion unique de rassembler les différents segments de la population malienne ainsi que les parties signataires. Malgré une participation tardive de certains acteurs clés, tels que la Coordination des mouvements de l’Azawad et de l’opposition politique, les Maliens et Maliennes des différentes régions du pays ont pu se parler pour la première fois depuis la crise de 2012. Nous espérons que les avancées réalisées durant ces cinq jours serviront de socle à l’élaboration d’une Charte pour la paix, l'unité et la réconciliation nationale et enrichiront le processus de révision constitutionnelle, conformément aux dispositions fixés dans l’Accord de paix.
Cependant, avec les élections de 2018 en ligne de mire et en dépit des avancées des derniers mois, nous ne pouvons pas ignorer les retards importants enregistrés et de la fragilité des gains réalisés. Dans l’ensemble, la mise en œuvre de l’Accord demeure lente. La stratégie nationale sur la réforme du secteur de la sécurité n’est pas finalisée. Les critères d’intégration des combattants issus des groupes signataires n’ont pas été encore déterminés et les huit sites de cantonnement construit par la MINUSMA demeurent vides. Des réformes à plus long terme sur le plan institutionnel et sécuritaire sont nécessaires, notamment concernant le futur de l’armée nationale reconstituée. Cette absence de clarté sur le cadre institutionnel entrave les efforts sur le terrain et ne contribue pas à instaurer un climat de confiance entre les parties. Une telle situation, favorise la fragmentation du paysage sécuritaire et politique et complexifie davantage notre travail pour la paix. A cet effet, il est plus que jamais important pour la MINUSMA de poursuivre avec vigueur son rôle politique et son soutien au processus de paix.
Madame la Présidente,
Sur le front sécuritaire, la situation demeure préoccupante. Les attaques des groupes terroristes continuent et sont de plus en plus sophistiquées. Je rends hommage à la MINUSMA et particulièrement à la mémoire des soldats qui ont perdu leur vie au service de cette opération. Je rends également hommage à la mémoire du soldat français de l’opération Barkhane qui a perdu la vie hier. Comme vous le savez, une nouvelle alliance, regroupant les groupes terroristes les plus actifs au Mali s’est créée sous la bannière d’Al Qaeda et la direction de Iyad ag Ghali (chef d’Ansar Edine). Le groupe Daesh, quant à lui, fait lentement son apparition dans la bande Sahélienne. Cette convergence de menaces est particulièrement préoccupante dans un contexte où souvent la présence de l’Etat est faible ou parfois inexistante, et où la mise en œuvre de l’Accord de paix doit encore se traduire en des résultats tangibles sur le terrain.
De plus, le centre du pays demeure le théâtre de vives tensions intercommunautaires, elles-mêmes attisées par des groupes extrémistes qui, défiant l’autorité de l’Etat, procèdent à des assassinats ciblés et forcent à la fermeture des écoles dans certaines localités, privant les enfants d’une éducation. En réponse à cette situation, les autorités maliennes ont élaboré un Plan de Sécurisation Intégrée des Régions du Centre (PSIRC), que je salue. Cette approche multidimensionnelle est nécessaire et bienvenue, et la MINUSMA va continuer de la soutenir.
En toile de fond, les réseaux transfrontaliers criminels demeurent très actifs. Les revenus générés de ces trafics illicites sont une aubaine financière pour les groupes terroristes sévissant dans le nord du Mali. Les retards accusés dans le processus de paix et la présence souvent insuffisante de l’autorité de l’Etat fournissent une opportunité aux ennemis de la paix pour assouvir leurs intérêts économiques. Cette situation est intenable et doit cesser. Compte tenu de la nature transfrontalière de ces réseaux, une approche régionale est nécessaire.
Nous saluons les efforts du G5 Sahel visant à mettre en place une force régionale avec comme première étape, un travail renforcé de coopération transfrontalière. Nous sommes en train d’explorer comment nous pourrions soutenir de manière efficace cette initiative afin qu’elle contribue de manière positive au travail de la MINUSMA et de la Force française Barkhane. Cependant, ne perdons pas de vue la nécessité d’inscrire les efforts de stabilisation et de paix au Mali dans le cadre de l’Accord de paix. Des complémentarités et des opportunités existent entre les efforts de maintien de la paix et cette initiative régionale et nous tacheront de les articuler avec nos partenaires. Dans l’immédiat, la MINUSMA renforcera son appui aux forces armées maliennes et soutiendra résolument la mise en œuvre des réformes envisagées dans le secteur de la défense et de la sécurité.
Madame la Présidente,
Dans ce contexte, la MINUSMA continuera à jouer un rôle majeur - sur les plans politique et sécuritaire – notamment en tant qu’un des principaux pourvoyeurs de stabilité dans le nord et une partie du centre du pays. Pour ce faire, la MINUSMA prend les mesures nécessaires afin d’ajuster ses priorités et sa posture selon les enjeux et les progrès réalisés sur le terrain, conformément à son mandat, tout en gardant à l’esprit la sécurité de son personnel et l’objectif de fournir le meilleur soutien possible. Nous poursuivons également nos efforts de mobilisation auprès des pays contributeurs, en explorant des partenariats et concepts novateurs afin de combler nos lacunes opérationnelles. Si nous ne sommes toujours pas arrivés à déployer les 2.049 personnels militaires et 480 personnels de police autorisés par la résolution 2295 (2016), des perspectives très concrètes de progrès existent et nous sommes déterminés à tout faire pour qu’elles se matérialisent au plus vite : le déploiement de la force de réaction rapide de la Mission en Côte d’Ivoire au Mali, initialement prévu pour février, devrait intervenir entre mai et octobre cette année. Quant au bataillon de combat logistique, le Sri Lanka déploiera une compagnie en juillet et l’Egypte déploiera trois compagnies entre les mois de juillet et décembre. Nous poursuivons également nos efforts pour le déploiement d’autres capacités y compris des hélicoptères de transport, d’attaques, etc.

Source : aBamako

aBamako

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