Abdramane Zakaria Traoré, promoteur de la ferme agroécologique Benkadibougou de M’Peba : « Ce que nous pratiquons c’est l’agro-écologie, une agriculture sans intrants chimiques ni pesticides… »

En marge de la rencontre des paysans sur les semences paysannes à Ségou du 25 au 29 mars dernier, nous avons rencontré pour vous Abdramane Zakaria Traoré, promoteur de la ferme agroécologique Benkadibougou de M’Peba. Dans cet entretien, il nous parle de sa ferme, son objectif et son impact pour le développement et la santé des populations.

Le Tjikan : Parlez-nous un peu de votre ferme.

Abdramane Zakaria Traoré : La ferme agroecologique est née est de notre association dénommée « Terres-Jaune-Mali » qui fait la promotion de l’économie locale à travers la promotion des semences d’origines animales et végétales. Dans le cadre de la promotion de la souveraineté alimentaire, nous avons mis en place ce dispositif pour répondre aux défis majeurs du Sahel. A savoir, les semences paysannes, l’eau, la terre. Pour atteindre ce résultat, nous avons mis en place cette initiative locale pour aider les jeunes à travers la pratique de l’agroécologie.

Qu’est ce que vous donnez comme formation au niveau votre ferme-école?

Cette école renferme beaucoup de compétences. L’essentiel pour nous, c’est de nous baser sur les trois principes clés de l’agroecologie. Il s’agit du compostage, de l’agroforesterie et des techniques de restauration du sol avant l’hivernage. On peut changer l’aspect environnemental de sa ferme au moins 19 fois. Mais ce qui est important ici, c’est que les uns et les autres puissent comprendre les différentes techniques en fonction du potentiel environnemental et en fonction du climat. C’est ce combat qui nous anime ici à la ferme agroecologique Benkadibougou.

Quel lien y’a-t-il entre la rencontre de Ségou sur les semences paysannes et votre ferme?

Comme j’ai eu à le dire, le projet « Terres jaunes Mali » dans sa vocation d’assurer la souveraineté alimentaire a eu l’idée de mettre en place ce dispositif de formation en alternance des jeunes. Qui parle d’exploitation parle de nutrition et on ne peut jamais satisfaire ce volet de nutrition sans parler des bases de la nutrition à savoir l’agriculture. L’agriculture que nous nous pratiquons ici est l’agroecologie. C’est-à-dire, une agriculture sans intrants chimiques ni pesticides. Le maillon fort de cette agriculture écologique est la semence paysanne. D’où cette idée de mettre en place ce genre de rencontres pour attirer d’abord l’attention des communautés sur l’importance des semences paysannes dans la nutrition et l’autosuffisance alimentaire. Notre principale cible est la communauté paysanne.

L’objectif de cette rencontre est de susciter, animer et mettre en place des dynamiques pour renforcer la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire pour que les communautés puissent savoir l’importance des semences paysannes. C’est-à-dire, renforcer la dynamique en place pour assurer la souveraineté alimentaire à travers la promotion des semences paysannes. C’est cette culture de semences paysannes que nous sommes en train de promouvoir dans plusieurs villages pour que les paysans qui sont les premiers concernés par ce combat puissent savoir leur importance.

Qu’est-ce qu’une semence paysanne ?

C’est une semence sans engrais chimique, sans pesticide ni intrant chimique. En plus des semences végétales, elle inclut également les semences d’origine animale.

Quel est l’objectif de la fête paysanne que Ségou vient d’abriter ?

C’est une fête qui a son sens. L’idée est de réunir les paysans autour de la dynamique et autour de nos réseaux COASP-Mali (Comité Ouest Africain des Semences Paysannes) que nous avons mis en place. Ils viennent partager entre eux leurs savoir-faire à travers des expositions de semences paysannes avec un accent particulier sur le fonio. Parce qu’on a senti que le fonio fait l’objet de beaucoup de sollicitations de la part des grandes firmes agricoles qui ont tendance à donner un autre type de germination. C’est à dire l’utilisation des produits chimiques pour faire face à la grande demande des consommateurs. Une pratique qui est contraire à nos principes car elle n’est pas sans conséquences sur notre santé. Mais aussi, elle constitue une menace directe pour le paysan qui verra disparaître sa pratique bio au profit de celui des firmes. Ce qui est très dangereux.

Un appel à lancer aux réticents ?

Mon appel n’est pas à l’endroit des réticents seulement mais aussi aux hypocrites. C’est à dire des gens qui se mettent dans la peau des paysans. Des gens qui ne croient pas en ce qu’ils font. Car c’est aussi l’un des sérieux problèmes dans le monde paysan. Ils ne croient pas en ce qu’ils font. Il faut croire en soi. C’est important. Le principal appel que j’ai à l’endroit des paysans est qu’ils croient en eux. Croire en leurs savoir-faire et savoir-être. C’est vrai que nous paysans, nous ne sommes pas aussi puissants mais c’est nous qui nourrissons le monde. Ce n’est pas les grandes firmes qui nourrissent le monde mais plutôt nous les petits producteurs. La FAO est claire là-dessus. Donc, il faut qu’on croie en nos semences paysannes et en notre savoir-faire.

Propos recueillis par Modibo Dolo

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here