CEN : Iyad Ag Ghali remis en selle comme un acteur incontournable de la paix

Convoqué par la session extraordinaire du conseil des ministres du 18 mars 2017, la Conférence d’entente nationale (CEN) s’est déroulée au Palais de la culture Amadou Hampâté Bah de Bamako du 27 mars au 2 avril 2017. Dans la synthèse des recommandations présentées par le rapporteur général, Nouhoum Sankaré, on retient surtout la nécessité de prendre langue avec Iyad Ag Ghali pour tourner la page dramatique du terrorisme. Les participants donnent ainsi raison à votre hebdo qui a toujours soutenu que ce très influent leader extrémiste est incontournable dans le processus de paix au Mali.

Rédiger une Charte pour la paix, la réconciliation et l’unité : tel était l’objectif de départ de la Conférence d’entente nationale (CEN, 27 mars-2 avril 2017). Mais, au finish, comme l’a déclaré le président Ibrahim Boubacar Kéita à la clôture, ses recommandations vont “contribuer à la restauration de la paix, à la reconquête de l’unité et à la réussite de la réconciliation nationale”.

Une synthèse du rapport final des assises a été présentée. On retient surtout le souhait exprimé par les participants d’ouvrir des négociations avec des extrémistes religieux comme Hamadou Kouffa et surtout Iyad Ag Ghali, le fondateur d’Ançar Eddine, mais sans compromettre le caractère laïc de la République.

“Chaque fois qu’un Malien tombe, mon cœur saigne réellement”, a juré IBK dans son discours de clôture. D’où la pertinence de cette recommandation qui rejoint la position toujours défendue par votre hebdo “Le Reflet”. Il faut vraiment être un adepte indécrottable de la politique de l’autruche pour vouloir exclure aujourd’hui Iyad Ag Ghali du processus de paix au Mali.

Et cela d’autant plus que nous ne cessons de subir les conséquences de son indéniable influence sur les groupes armés et les réseaux terroristes du Nord au centre du pays, voire même le Sud où ses bras armés mènent régulièrement des actions isolées.

En effet, ce Phœnix continue à faire parler de lui, surtout que depuis le 2 mars dernier il est à la tête d’une nouvelle alliance, Jamaat Nosrat El-Islam Oual Mouslimine, composée d’Ançar Eddine, d’Al Mourabitoune, la katiba Macina et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Et du coup, il conforte son statut de “chef jihadiste incontournable dans le Sahel”.

Ce n’est pas un enfant de chœur qui peut se retrouver à la tête d’une telle alliance du mal qui a revendiqué presque toutes les attaques contre les forces armées et de sécurité sur l’ensemble du territoire malien. Elle a ainsi revendiqué l’attaque du 12 mars 2017 qui a coûté la vie à plus d’une dizaine de militaires maliens.

Sans compter que même officiellement exclu du Processus d’Alger qui a abouti à l’accord pour la paix et la réconciliation nationale, Iyad contrôle l’essentiel des groupes signataires au sein de la CMA. En effet, le rebelle islamiste compte encore de nombreux soutiens chez les Touaregs. Ainsi la direction de la CMA est composée de neveux, cousins voire de frères d’Iyad. Il est alors évident que la CMA ne peut rien signer de définitif sans son accord, son autorisation. Sans Iyad, la paix est donc une utopique quête pour notre pays où les groupes armés continuent à sévir.

Les trois groupes de travail (paix, unité et réconciliation) ont, entre autres, recommandé d’améliorer la gouvernance et garantir plus de justice ; procéder à un audit des projets de développement du Nord ces dernières années afin de savoir l’utilisation qui a été faite des fonds ; redéployer rapidement l’administration ainsi que les forces armées et de sécurité reconstituées sur l’ensemble du territoire ; intensifier les échanges culturels entre le Nord et le reste du pays pour une meilleure intégration socioculturelle de la diversité ethnique du Mali.

Les participants ont également recommandé l’adoption d’une nouvelle charte pastorale pour prévenir les conflits communautaires dans le Centre du pays ; l’interdiction de la suprématie d’une communauté sur une autre d’autant plus que l’esclavage et le féodalisme sont bannis en République du Mali ; l’instauration d’une Journée de paix et de réconciliation nationale…

L’Azawad continue de diviser la nation

Comme prévu, le statut ou le contenu de l’Azawad a suscité des débats houleux pendant la Conférence d’entente nationale. Et il n’y pas eu de consensus sur la question.

“Tant que l’Azawad n’aura pas de statut politique et juridique, il n’y aura pas de paix”, avait menacé un représentant de la CMA à la plénière de samedi dernier. “Nous ne saurions nullement parler d’entente sans l’atteinte d’un consensus sur le statut de la région de l’Azawad”, avait renchéri Bilal Ag Achérif (MNLA/CMA) à quelques heures de la clôture sur Twitter.

Mais, pour Baba Akhib Haïdara et Ibrahim Boubacar Kéita, il est clair pour tous les participants que “l’Azawad ne renvoie pas à un projet politique” et que, administrativement, “l’Azawad ne couvre pas non plus toutes les régions septentrionales du Mali”. C’est juste une région naturelle qui couvre une partie de la région de Kidal.

Dans son discours de clôture, IBK a assuré qu’il fera appel à des experts et sages pour voir clair dans ces deux dossiers sensibles que sont “la sécurisation du Centre du Mali et la question de l’Azawad”.

A son avis, les recommandations de la CEN se distinguent par “leur pertinence et par leur exhaustivité”. Et cela, a-t-il précisé, parce que “le diagnostic a été porté sans complaisance” et les “propositions de solutions formulées avec courage et précision”. Il a promis de prendre, “sous peu”, les mesures permettant de “capitaliser au mieux” les recommandations.

“Les éléments constitutifs de la Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale vont faire l’objet d’une très large diffusion”, a assuré Ibrahim Boubacar Kéita.

“Cette démarche est incontournable si nous voulons que la Charte, dans sa forme définitive, puisse se prévaloir de l’adhésion maximale des populations et des principaux acteurs de la vie publique”, a rappelé IBK.

Si cette Conférence marque la fin de la première phase du processus de réconciliation nationale, le président Kéita a rappelé au Pr. Baba Akhib et à son équipe que leur pays a encore besoin d’eux.

“Votre mission n’est pas terminée. Le train doit continuer. Il n’a fait que deux étapes du trajet”, s’est-il adressé au président Baba Akhib Haïdara. La synthèse des recommandations sera remise à un comité de sages pour l’élaboration de la Charte sous la supervision de Baba Akhib Haïdara et son équipe maintenus.

Avant la cérémonie de clôture, l’Association du Collectif des femmes de Kidal a offert au président Ibrahim Boubacar Kéita “La tente de la paix” gage de leur engagement à contribuer à l’entente nationale, à la réconciliation nationale. “C’est une très belle surprise”, a déclaré IBK à la presse.

Hamady Tamba

Source : aBamako

aBamako

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