Crise au sein du football malien : Origines du mal pour mieux comprendre

C’est en octobre 2013 à Mopti que l’Assemblée Générale Ordinaire élective a porté à la présidence du Comité exécutif de la Fédération malienne de football l’Inspecteur général de Police Boubacar Baba Diarra, candidat sous les couleurs du Djoliba AC. Son élection fut effectuée au second tour du scrutin contre le Président sortant grâce à l’alliance réalisée par les groupes de Baba Diarra et de Boukary Sidibé dit Kolon. Cette alliance portait en elle les germes de la discorde.

Toute coalition est basée sur le donner et le recevoir; et implique un renoncement à une partie d’un ordre initial pour gagner. Parfois c’est dans la douleur qu’on obtient l’accord pour une victoire définitive. Dans ce cas, c’est une victoire au gout acide pour tous car il faut se séparer de certains compagnons de première heure pour composer une nouvelle équipe. Ceux qui sont maintenus sur la liste définitive ne sont point satisfaits, eux aussi, parce que contraints de se séparer de compagnons de lutte de la première heure pour composer avec de nouveaux compagnons dont il faut découvrir la nature et le caractère pour réussir la fusion.

Les écarter  par la force des faits peut provoquer  cette douloureuse  sensation de frustration, d’injustice à l’heure du triomphe. On peut citer une troisième catégorie composée de ceux qui sont restés dans le groupe initial, mais obligés de renoncer aux postes prévus pour  eux. Ce sacrifice est très grand.

Voilà la situation psychologique du bureau de Boubacar Baba Diarra  au lendemain du Conseil de Mopti. Une analyse plus poussée conduit à faire des supputations sur le comportement futur des vaincus qui avaient tout entrepris pour  rester aux affaires. Face au verdict des urnes, il faut rapidement réagir, trouver les moyens de rendre impossible la gouvernance du nouveau bureau. Pour ce faire, ils menacent de se retirer du championnat si le sponsor officiel ne doublait pas le montant alloué à chaque club (de 15 millions Fcfa à 30 millions Fcfa) et aussi de transporter par avion les clubs se rendant à Tombouctou pour les rencontres.

Le président élu, flairant un coup fourré, obtint une augmentation de 5 millions de francs Cfa par club et avec la Minusma une escorte militaire entre Gossi et Tombouctou. Les résultats obtenus étaient si bien accueillis que personne n’osait soulever la plus petite objection. Pourtant, dans le proche entourage du président, des grincements de dents se faisaient entendre et il devait gérer des “coups tordus”. Parfois, il était mis devant les faits accomplis et se retrouvait contraint d’endosser la responsabilité d’actes répréhensibles commis en son nom ou par des compagnons de longue date.

Au fil du temps, il arrivait à se  convaincre que rien n’était fortuit; tout était bien pensé pour le pousser à bout afin de le voir commettre une faute à exploiter. Les altercations se multipliaient et un groupe avait fini par se former ouvertement contre le président ; un groupe de plus en plus absent des réunions pour enfin s’afficher ouvertement avec l’opposition.

Tentative de bloquer les comptes de la Fémafoot

Tout se déroulait dans cette atmosphère de jeu de cachecache  jusqu’à la bévue de Yéli Sissoko, ancien président de la Commission des Finances. Mécontent de ne plus être cosignataire des chèques et bons de commande, selon les recommandations de la Fifa, Yéli tenta de bloquer les comptes de la Fédération malienne de football en adressant une correspondance aux banques pour dire que les nouveaux signataires des chèques de la Femafoot n’étaient pas légaux. Par ce geste, il a été suspendu par le Comité exécutif jusqu’au prochain Conseil qui s’est tenu le 10 janvier 2015. Par solidarité, son ami  et  aussi membre du Comité exécutif, Bassalifou Sylla, rendit sa démission du Comité exécutif. Les deux se retrouvèrent au Djoliba AC pour ruminer leur rancœur et préparer une contre-offensive. L’occasion leur sera offerte avec le Conseil programmé quelques jours plus tard. L’intermède de Yéli donna à l’opposition l’idée d’une accusation contre le président Diarra : s’il a écarté Yéli au profit du secrétaire général  pour signer les chèques, c’est qu’ils sont en complicité.

Des accusations graves contre le président Baba

Les opposants exploitèrent cette idée pour faire signer à MPah Sylla, président de Duguwolofila, une lettre incendiaire accusant le président Diarra de malversations, de faux et usage de faux, de détournements. Pour ces motifs, il demandait le renvoi du secrétaire général et du président Diarra et de les trainer en justice. Pour qui connait le cursus de cet accusateur, il est évident qu’il a été instrumentalisé pour simplement apposer sa signature au bas du document. La suite des faits est révélatrice

Incapable de prouver ses accusations, MPah ne répondit pas à la convocation de la Commission d’éthique pour apporter lesdites preuves. Pour fausses accusations, il a été suspendu. C’est cette suspension qui a justifié son absence à l’Assemblée générale du 10 Janvier 2015. Ses mandataires ou mentors pour le blanchir montèrent le scenario d’exiger sa présence lors de l’Assemblée générale. Le chargé  des accusations ne fut que  Bassalifou Sylla, celui-là qui a rendu sa démission et qui fut choisi par le Djoliba comme délégué. Il ne se priva pas de prononcer des propos désobligeants et des accusations graves contre le président Diarra qui a su garder son calme face à l’insistance de Bassalifou Sylla venu visiblement pour en découdre avec son ex mentor, celui qui les a introduits, Yéli et lui dans le monde du football. Le président Diarra, vu la violence des injures, s’était enfin résolu à lui demander de sortir de la salle, s’il ne voulait pas être expulsé. Sa sortie était accueillie par un murmure de désapprobation par certains délégués qui n’allaient pas tarder, à leur tour, à quitter la salle, comme s’il s’agissait d’une attitude bien arrêtée auparavant. La confirmation de cette pensée viendra peu après car le groupe qui avait abandonné le Conseil s’était retrouvé dans une salle proche de celle du Conseil pour s’auto déclarer Comité exécutif et en même temps prendre la décision de ne plus jouer le championnat national sans la convocation d’une autre Assemblée générale, et  avait adressé  une correspondance à la Fifa  dont la réponse s’imposerait à eux, avaient-ils dit.

Le résultat a été un désaveu cinglant de la Fifa qui non seulement affirmait ne pas les reconnaître, mais leur demandait de ne plus lui adresser directement des correspondances sans passer par le Comité exécutif de Boubacar Baba Diarra, son seul interlocuteur au Mali.

Le ministre des Sports intervint pour demander et obtenir la clémence du Comité exécutif qui a levé la sanction de MPah  Sylla. Le Ministre  avait aussi sollicité l’arrêt du Championnat jusqu’à la fin de la CAN  2015. Parallèlement, il restait sourd et aveugle sur les faits et gestes de ceux auto proclamés majoritaires.

Il y a lieu de rappeler certaines dates de faits importants liés au comportement des frondeurs auto-proclamés majoritaires.

Le 31  août 2015, ils avaient organisé une Assemblée générale extraordinaire illégale, non conforme aux textes  de la Fifa et de la Femafoot. A cette occasion, ils avaient nommé certains membres du bureau, tout en prenant des sanctions contre le président Diarra et le secrétaire général. Ils avaient poussé la témérité très loin, en osant coopter des membres du bureau légal.

Le 31 Octobre 2015, lors de l’A.G  ordinaire de la  Fédération malienne de football, dans la rubrique contrôle de tâches,  il était apparu que  quatre clubs que sont le COB, le Djoliba AC, le CSK et  l’Avenir AC de Tombouctou  avaient signé  trois  forfaits en championnat. Par ce fait  et en application de l’article 38 du règlement spécial du Championnat national 2015, ces clubs étaient relégués en division inférieure.

La pire des provocations

Le cas des organisateurs de l’Assemblée Générale illégale du 31 Août  a été aussi examiné et les coupables identifiés ont été également sanctionnés.

La pire des provocations a été l’occupation de la salle de réunion du siège de la  Femafoot pendant des heures par le bureau fantoche issu de l’Assemblée illégale. Les frondeurs voulaient, par ce coup de force, donner la preuve qu’ils détenaient le pouvoir d’agir où et quand ils voulaient. Le Comité exécutif n’était pas tombé dans le piège de la provocation.

–  Ensuite, une plainte fut déposée au tribunal de la  Commune IV contre le secrétaire général de la Fémafoot et autres travailleurs (un non-lieu a été prononcé).

Les comptes et la gestion financière de la Fémafoot ont été dénoncés au Pôle économique. Bien que ne gérant pas les fonds de l’Etat, la Fémafoot, pour prouver sa bonne foi et son honnêteté, avait autorisé l’enquête sur sa gestion. Là aussi un non-lieu a été prononcé.

A partir de cette période, on constate de plus en plus une immixtion du ministre des Sports dans ce que certains nomment déjà crise. Le ministre des Sports focalise ses attaques sur l’argent : Audit, détournements, justificatifs des sommes supposées reçues de la Fifa, de la Caf.

– Au regard de  l’ensemble  de cette situation, le ministre des Sports bloque l’ouverture de la nouvelle saison 2015/2016  de football en ne rendant pas  disponibles les stades et met en place une commission dite de réconciliation. Laquelle, après avoir rencontré les protagonistes,  avait produit un compte rendu et formulé des propositions qui n’avaient aucune relation avec sa mission. Pour la première fois, la notion de bonne gestion, de finances et de justification apparait. Les opposants refusent les conclusions et propositions de la commission, pourtant émanant du ministre des Sports. Ce qui, en apparence, peut être considéré comme un divorce entre les deux entités.

Deux plaintes furent déposées auprès du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) par ceux qui continuent de se réclamer majoritaires. Le TAS, pour  la  première, les déboute et pour la seconde recommande l’annulation des décisions prises lors de l’Assemblée Générale d’Octobre 2015, l’organisation d’une Assemblée Générale par la Femafoot selon ses  textes, en présence des intéressés. Les frondeurs, dans leur aveuglement, font une lecture erronée des recommandations du TAS. C’est la Fifa qui les ramène à la dure réalité: le retour aux textes de la Fifa, de la Caf et de la Fémafoot.

Le 5 mars 2016, sous l’égide du président de l’Assemblée  nationale du Mali, la Fémafoot  organise une Assemblée Générale Extraordinaire  qui décide de lever la mesure de relégation des quatre clubs  frappés par l’article 38 du Règlement Spécial du Championnat, mais les responsables de l’Assemblée Générale Extraordinaire illégale  du 30  août restent sous le coup de la suspension.

– Le 12 mars 2016, débute le Championnat national avec 20 clubs  sous la promesse non tenue des autorités de supporter le coût additionnel soit 210  millions de francs Cfa

Le  29  octobre 2016, sous la supervision de la Caf et de  la Fifa, la Fémafoot, pour respecter la recommandation du TAS, organise une Assemblée Générale Extraordinaire à Sikasso où les plaignants ont brillé par leur absence. Pourtant cette Assemblée a été recommandée par le TAS et la Fifa. La date et les modalités furent arrêtées au siège de la Fifa par le ministre des Sports et la secrétaire générale de la Fifa, en présence du président et du secrétaire général de la Fémafoot.

Le 12 décembre 2016, le Ministre empêche le début de la saison sportive, notamment la reprise des compétitions au Mali. Le dernier prétexte après celui de la  CAN fut la préparation et l’organisation du sommet Afrique/France dans notre capitale. La date de la reprise des compétitions est une fois de plus renvoyée. Ces décisions à répétition empêchent la préparation des équipes et clubs maliens pour les compétitions internationales. Leurs échecs étaient donc bien préparés.

Le désastreux déplacement de Poulo au siège de la Fifa

– Faut-il mentionner le désastreux déplacement du ministre et de sa délégation en Suisse pour  y rencontrer les responsables de la Fifa. A l’occasion, il a fallu la bonne volonté et la disponibilité du Comité exécutif pour que le Ministre soit reçu par la Fifa. A l’occasion, il a posé quatre questions dont la plus importante portait sur une  possible dissolution du  Comité exécutif de la Fémafoot, au nom de la souveraineté de l’Etat du Mali. La réponse a été simple, claire et directe: L’Etat du Mali est souverain, nul ne peut nier cela; mais s’il touchait au bureau légalement élu avant la fin de son mandat, il provoquerait immédiatement la suspension de la Fédération malienne de football de toutes les activités, de tous les avantages et aides de la Fifa. C’est une condition non négociable. Souveraineté indéniable certes du Mali, mais en adhérant à la Fifa on s’engage au respect de ses règles, de son statut.

La seconde question a porté sur le sens de la réponse du TAS à la deuxième plainte. Ensemble, la secrétaire générale de la Fifa, le Comité exécutif de la Fémafoot et le Ministre ont convenu de la date du 29 novembre 2016 pour organiser une Assemblée générale extraordinaire. En effet, la recommandation du TAS est sujette au respect des textes de la Fémafoot qui avait programmé son Assemblée générale ordinaire statutaire, annuelle et obligatoire. Toute autre Assemblée générale ne pourrait être qu’extraordinaire. Dans ce cas précis, la recommandation du TAS est imprévue donc extraordinaire. Aussi simple !

Comme demandé par le ministre des Sports lui-même, cette Assemblée fut supervisée par la Fifa et la Caf. Les protagonistes plaignants n’ont pas voulu y assister. Tout comme le Ministre qui a donné des ordres pour que personne de l’administration n’y assiste. Dommage !

Le 8 mars dernier, dans un calme plat, a retenti comme un coup de tonnerre la nouvelle de la dissolution du Comité exécutif de la Fédération malienne de football et de la mise en place d’une commission provisoire. La raison fallacieuse évoquée est une menace sur le football malien sans aucune précision. On a voulu faire croire que les sportifs s’entre déchiraient. Ce qui n’a existé que dans la tête du Ministre Poulo. Les rencontres se déroulaient normalement. Mais oui, on peut parler de menaces, de danger à se rendre sur les stades car les fils à papa sont suspendus. Oui il y a danger car la stabilité du football est faite sans les enfants chéris. Oui il y a danger et menace sur le football car une part des maigres sous parcimonieusement gagnés par le Comité exécutif ne tombe pas dans l’escarcelle de Monsieur.

Se poser une série   

de questions

C’est un crime de lèse-majesté que de tout conserver pour le développement du football dans le nord du pays, dans le Mali profond. Investir sans prévoir la part du lion, quel crime ! Alors mon Général,  où avez-vous étudié vos humanités quand vous ignorez  la part de “Baba Commandant”. A lui, il faut donner si vous ne voulez pas changer de casquette, pardon d’épaulette.

A l’analyse de tous ces faits relatés et  avérés, on doit se poser une série de questions. Qui est à la base de la dite crise en refusant d’exécuter une sanction légale pour une faute commise? Qui est assez puissant pour arrêter le match en refusant une décision arbitrale? Qui a enfreint les textes? Qui s’est senti suffisamment puissant parce que soutenu par les autorités pour bloquer toutes les actions? Qui a pris en otage le football malien en fermant les stades? Qui a détruit des carrières d’innocentes victimes? Qui se sent au-dessus des textes pour braver et imposer sa volonté? Qui peut se permettre de dire après moi le déluge? Qui se sent au-dessus de tout et de tous pour piétiner tout ce qui s’oppose à va volonté?

Ce n’est pas en regardant du côté des membres du Comité dissout ce 08 mars que vous trouverez la réponse. En fait, c’est le 08 mars que la vraie crise a éclaté. En effet, cette décision de dissoudre le  Comité  exécutif de la Fémafoot prouve que nous sommes dans un pays où tout le monde de la sphère dirigeante est atteint de somnambulisme. Comment peut-on accepter qu’un seul individu assassine le football de toute une nation !!!  Et pire se met à jouer à la victime.

Ne cherchons pas midi à quatorze heures ! Il n’est nullement question d’une affaire religieuse pour solliciter les leaders de la foi. Il n’est point question d’us ou de coutumes pour avoir l’éclairage des  sages; encore moins d’une atteinte aux lois du pays. Ici nous parlons du respect et de l’application de textes qui régissent des associations en toute liberté et sans contrainte, si ce n’est se plier à une discipline collective. Arrêtez de culpabiliser le président du Comité dissout. Il n’est rien et ne peut rien dans la sortie du pétrin où la folie du Ministre a plongé notre football. Lui seul est responsable et la solution est à son niveau. REVENIR SUR SA DECISION pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Il serait cruel de penser que c’est toute la sphère dirigeante qui cautionne l’acte posé par le ministre des Sports. Une autre sortie honorifique s’offre au Ministre : c’est que la volonté politique accepte  au niveau de la Cour suprême d’invalider sa décision pour que le Comité exécutif retrouve sa légitimité.

Mais pour tout cela, il faudrait que les démons de la discorde et  du MAL soient enchaînés au fin fond des Enfers.

Ibrahim Sidibé, Missira  Bamako


Source : Maliweb

Maliweb

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