Soumi – Modibo: le divorce ?

En cheminant au gré des circonstances qui leurs sont favorables, en pensant que le pouvoir doit rester entre leurs mains ou qu’ils sont taillés pour uniquement exercer le pouvoir d’État, les principales têtes de proue de l’opposition politique, Soumaïla Cissé et Modibo Sidibé, ont suffisamment démontré, ces derniers temps, face à certaines questions d’intérêt national, leur profonde divergence sur fond d’une guerre larvée de leadership et surtout leur incapacité à rester unis pour le meilleur et pour le pire. Ce qui dénote, si besoin en était, un malaise et un désamour profond entre les deux personnalités.

N’est pas opposant qui le veut. L’opposition ne se décrète pas, elle se cultive et même s’entretient, non plus du jour au lendemain. Elle s’apprend, tout en s’accommodant avec une certaine humilité et un esprit critique avec une bonne dose de patriotisme et d’esprit citoyen. L’opposition politique, qui n’est autre qu’un réflexe identitaire de l’ordre ancien, un creuset de forces hétéroclites qui se sont mises spontanément ensemble, non pas pour inscrire leur action dans le renforcement du processus démocratique au moyen de la critique et des contre-propositions constructives, mais simplement pour sauver leurs intérêts personnels, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, dans notre pays.

Les raisons d’un clash
Avec en toile de fond une guerre larvée de positionnement et de leadership entre le chef de file, Soumaïla Cissé, et l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, leader du nouveau courant de l’opposition : le Nouveau pôle politique de la Gauche républicaine et démocratique (NPP). Le point d’orgue de cette guerre ouverte entre les deux personnalités et figures d’une opposition, qui se plait et complait dans une stérile victimisation à laquelle personne ne semble compatir aujourd’hui et qui est en total décalage avec le contexte socio-politique et les priorités de l’heure : la conférence d’entente nationale qui vient de se tenir avec brio à la grande satisfaction de tous les Maliens épris de paix et de justice.

Soumi champion et ses amis qui avaient, dans un premier temps, refusé de participer aux travaux de ladite conférence se sont résolus à prendre le train de la paix et de la réconciliation sous prétexte qu’ils ont obtenu des assurances quant à la poursuite, sous un nouveau format de leurs préoccupations.

Seulement voilà, se sentant trahi par la démarche solitaire du chef de file de l’opposition, et dans une déclaration publique signée, les partis FARE-An Ka Wuli (Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence), FUAC (Front Uni pour l’Alternance et le changement), PIDS (Parti pour l’indépendance la démocratie et la solidarité), PRDDM (Parti pour la révolution, la démocratie et le développement du Mali), UPD (l’Union pour la paix et la démocratie), le nouveau pôle politique de la gauche républicaine et démocratique, piloté par l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, dit ne pas se reconnaitre dans cette déclaration de Soumaila Cissé lue à la séance plénière de la Conférence.

Désaveu pour le chef de file de l’opposition ou simple démarcation du nouveau front dans une démarche unilatérale qu’il estime contraire à sa vision ?
En tout cas, un secret de polichinelle que ces deux hommes, au parcours politique diamétralement opposé, se livrent depuis quelque temps à une guerre de positionnement dans la perspective des échéances électorales de 2018.

Absence d’unité
Toutes choses qui démontrent, si besoin était, le manque de cohérence, de logique et d’unité de l’opposition politique, mais également un problème de leadership qui est en train de diviser les « amis » de circonstance.
L’un des faits marquants de cette absence d’unité aura été la visite, dans le sillage du Président de la République, de la délégation de l’opposition dans la cité des Askia après les tueries des manifestants de Gao par les forces de la MINUSMA consécutives à la marche de protestation contre la Mission onusienne. Même si l’objectif de cette randonnée était de compatir à la douleur des populations de la ville, l’opposition a raté, en cette circonstance douloureuse pour la Nation, de montrer à la face du peuple son unité et sa cohésion par la présence de tous ses leaders. Certes, Soumaila Cissé et IBA N’ Diaye de l’URD, Tiébilé Dramé du PARENA, et Abdoulaye Amadou Diallo du PDES ont fait le déplacement de Gao, mais l’absence remarquée et remarquable de l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé des FARE ANKA WILI a confirmé ce difficile apprentissage de l’opposition en manque de vision claire, de choix stratégique face à des situations politiques d’intérêt national. Parce que quoi qu’on dise, il est malheureux de constater que « nos amis » de l’opposition n’ont pas de programme politique. Car chacun, dans sa posture, s’est transformé en un commentateur de l’actualité pour dénigrer le régime ou encore faire porter le chapeau au Président IBK des situations pour lesquelles il est totalement étranger. Or, dans le système démocratique que vit le pays, il ne s’agit point de critiquer pour se faire simplement entendre, mais de critiquer par rapport à un programme politique du gouvernement.

En politique, il n’y a pas plus important que la cohérence. Elle contribue fortement à la construction de l’image du parti ou de l’homme. Or, pour être cohérent, il faut avoir des principes et savoir leur demeurer fidèle. Les événements passagers ne doivent jamais perturber l’attachement à la cohérence qui, avec le temps, finit par donner une certaine constance qui, inutile de le rappeler, constitue un élément de premier ordre dans l’appréciation des hommes politiques et de l’activité et des hommes.

Au-delà de cette inconsistance, il est également opportun de souligner que les leaders de l’opposition semblent être pris dans une autre tourmente qui dessinera même l’avenir de leur relation de circonstance : le problème de leadership.

Désamour
Les prémisses de cet état de fait rappellent déjà le désamour qui gagne de plus en plus les rangs avec l’attitude suspecte de Modibo SIDIBE qui se fait de plus en plus rare aux côtés de Soumaïla Cissé. D’après certaines sources bien introduites, l’ancien Premier ministre, qui est en train de prendre ses distances vis-à-vis de Soumi champion, ne partage plus depuis un certain temps la même lecture des événements avec ce dernier.
Mais en réalité, le président des FARE et du Nouveau pôle de gauche pense qu’il a plus d’envergure politique que celui de l’URD pour avoir été l’un des rares hommes politiques à occuper le poste de ministre pendant 20 ans et sous les régimes successifs de l’ère post démocratique. Ajouté à cela, le poste de chef de gouvernement qu’il a occupé durant le dernier mandat de son mentor et Président déchut : ATT. En sa qualité d’homme d’État dont il est jalousement fier, Modibo pense qu’il a plus de carrure que Soumi qui n’a été que ministre de Finances durant une dizaine d’années avant d’occuper le poste de président de la Commission de l’UEMOA. Voilà les raisons objectives qui peuvent expliquer cette froideur entre les deux hommes. Et qui expliquent aussi cette réticence du premier à vouloir jouer un second rôle dans l’opposition hétéroclite sous l’ombre de Soumi Champion, qui est, il faut le souligner, démocratiquement le leader légitime.

En tout état de cause, dans un pays démocratique comme le nôtre, et surtout en termes de légitimité politique, Soumaila Cissé, le challenger du Président IBK, est celui qui doit « driver » cette opposition. Ce qui est d’ailleurs logique. Cela, d’autant plus que c’est lui qui, lors des dernières élections présidentielles et législatives, a aligné sur lui le plus grand nombre de suffrages des Maliens après le Président IBK et le parti majoritaire.

Défis à relever
Faut-il également souligner que le problème qui pourrit les relations, les actions et les visions de ces deux hommes, c’est que le président de l’URD pense qu’après IBK, c’est lui. C’est pourquoi cette guerre larvée de leadership, aux allures de suspicions entre les responsables, va également régenter les relations futures entre Soumi et Tiébilé DRAME dont le dernier se positionne en troisième larron. D’où, beaucoup de bruits et de boucans dans le milieu très proche du chef de file de l’opposition qui avait, dans un passé encore récent, critiqué le président du parti du Bélier blanc d’accointance avec le régime.

Au regard de tout ce qui précède, l’opposition malienne, qui gagnerait à s’unir autour d’un programme politique bien défini, d’une idée claire à travers une cohérence d’action dans sa démarche, semble bien partie vers un clash entre ses leaders.

Par Mohamed D. DIAWARA


Source : Maliweb

Maliweb

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