Vie des médias au Mali: Ces ladies qui disputent le leadership aux hommes

Elles sont de plus en plus nombreuses dans la presse malienne, ces professionnelles de l’information et de la communication. Elles sont directrices de publication, rédactrices en chef, journalistes-reporters d’images, infographes ou simplement journalistes. La dernière décennie a enregistré une véritable révolution dans le paysage médiatique national, tant sur le plan de supports que sur celui du personnel qui s’est considérablement « féminisé ».
Ces braves femmes qui rivalisent avec les hommes dans le paysage médiatique qui est le nôtre avec ses conditions à la limite insoutenables, ne sont pas toutes sorties d’école de journalisme. Loin s’en faut. Beaucoup sont des praticiennes qui ont appris ce métier sur le tas et qui l’exercent avec passion et responsabilité.
Qui sont ces nouvelles reines des médias maliens ? Comment parviennent-elles à s’en sortir entre agenda professionnel et obligations familiales ?
Enquête !
Dado Camara est une amazone de la presse malienne. Directrice de publication du journal l’Annonceur qu’elle a créé en mars 2009, elle est aussi présidente de l’Association des professionnelles féminines de la presse (APPEM). Pour faire la différence, son équipe est entièrement composée de femmes : de la directrice de publication à l’infographe en passant par les journalistes.
«En créant l’Annonceur, j’ai voulu faire la différence, mais pas du jamais vu et jusqu’ici ça a marché » confie-t-elle.
L’association qu’elle dirige compte plusieurs femmes directrices de publications, rédactrices en chef et journalistes. Elles organisent périodiquement des activités de formation à l’endroit des membres de l’APPEM.
Pour Dado Camara, ce qu’il faut retenir, c’est que les femmes doivent être courageuses et communicantes avec leur alentour pour lui expliquer que le journalisme est un métier spécifique.
Et d’ajouter que le journaliste n’a pas d’emploi de temps. « Sur le terrain de reportage, je me considère comme journaliste et non comme femme. Par ailleurs, là où je peux parler de l’aspect féminin, c’est que je me réserve de harceler les hommes pour avoir des insertions et autres publicités. Ce, pour ne pas donner une autre nature à notre collaboration » explique la Dirpub de l’Annonceur Dado Camara.
Diplômée en lettres et journalisme, Mame Diarra Diop est incontestablement une des belles plumes de la presse malienne. Après avoir servi dans les medias français, elle décide de s’installer à Bamako en 2009 et devient la rédactrice en chef du premier journal en ligne « journaldumali.com », poste qu’elle occupera pendant de nombreuses années avant de devenir la coordinatrice de la radio du système des Nations Unies (Mikado FM).

«Nous sommes dans une société assez conservatrice et il est souvent difficile de donner des ordres aux hommes. Il arrive des fois que certains hommes répliquent sèchement en disant : tu n’as pas d’ordre à me donner » se désole-t-elle.
Pour Mame, comme l’appellent affectueusement ses confrères, il faut arriver à sortir de l’enveloppe de la femme pour montrer qu’on est compétente. Il faut qu’on arrête de vous ramener toujours à votre statut de femme et il faut arrêter de cantonner les femmes au sujet de femme dans les rédactions.
L’on n’est pas journaliste pour seulement les sujets de femmes, l’on est journaliste à part entière. Il n’ ya pas de rivalité entre les hommes et les femmes dans ce métier sauf que les femmes travaillent deux fois plus. Ce métier, explique- t-elle, est un beau métier qui donne la chance d’aller à la rencontre des autres, à la découverte du monde, mais du reste, il faut avoir un mari compréhensif.
Même son de cloche chez une autre Nieleni de la presse. Togola Hawa Séméga, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est diplômée des Sciences de l’Education. Aujourd’hui étudiante professionnelle en journalisme-communication à l’Université Catholique d’Afrique de l’ouest à Bamako, elle est promotrice d’un Web TV, première du genre. Togola Hawa Séméga puisque c’est d’elle qu’il s’agit, âgée de 35 ans, se voit comme le pur produit des hommes. Toutefois, elle dénonce certains hommes qui pensent que les femmes journalistes bénéficient uniquement de favoritisme et n’ont pas les mêmes potentialités que les hommes. Entre sa famille et son métier, Hawa Togola explique : « J’avoue que j’ai énormément de chance d’avoir un époux compréhensif et ouvert d’esprit. En tant que femme patronne de presse, j’ai dix obligations de résultats et suis tout le temps prise par le boulot » martèle-t-elle.
L’infographie est un des rares domaines où les femmes ne sont pas nombreuses. Cependant, Fatoumata Traoré y excelle. Depuis cinq ans, elle s’occupe de la composition du journal l’Annonceur. « Je ne me plains pas du tout avec les hommes. J’ai été formée par des hommes et chaque fois que je ne comprends pas quelque chose, je reviens à la charge ».
Salimata Fofana, rédactrice en chef du quotidien Le Combat, fait partie des femmes qui ont révolutionné la presse au Mali. Pour elle, concilier les obligations professionnelles et familiales relève de l’organisation. « Cela demande une bonne organisation. Il faut juste s'organiser et tout devient facile à gérer. L'autre chose la plus importante, c'est d'avoir un mari compréhensif qui te soutient dans ton travail, dans tes initiatives et autres. C'est très important dans un couple ». Et de poursuivre que les femmes entretiennent de bonnes relations de confraternité, de complémentarité, souvent de complicité avec les hommes dans une sorte de « petite rivalité ».
Et de conclure que chacun doit essayer de donner le meilleur de lui-même. Il faut juste s'imposer pour que les hommes te respectent. Souvent ils essayent de nous "barrer" la route mais nous nous défendons.
Mme Camara Fatoumata Mah Thiam Koné et Mme Kéïta Ramata Timbely font partie de la crème des femmes journalistes du Mali. Exerçant toutes les deux à la SOMAPRESSE, société éditrice du quotidien L’Indépendant, elles sont sorties de prestigieuses écoles de journalisme.
Pur produit de l’Institut de gestion et de langues appliquées aux métiers, Mah Thiam comme on l’appelle dans la presse, trouve que c’est un privilège pour elle de travailler dans un milieu dominé par les hommes même si des fois on essaie de nous décourager, nous dit-elle. Après un passage à la Radio Jamana de Mopti et à la Radio nationale, elle s’occupe depuis presqu’une décennie de la rubrique promotion du genre à L’Indépendant. Très respectée par ses confrères, Fatoumata Thiam jouit d’une très grande expérience professionnelle.
Quant à Ramata Timbely, elle est diplômée du célèbre Institut Jesssy Jackson et étudiante professionnelle à l’Université Catholique de l’Afrique de l’ouest. Pour Ra, comme l’appellent ses confrères, « celles qui ont eu le courage de créer leur propre entreprise de presse sont à encourager. Dans les rédactions, il faut qu’on nous regarde comme des journalistes et non comme de simples femmes. Nous sommes capables de faire tout ce que les hommes savent faire ».

Dans tout ça, que pensent les hommes journalistes ? Pour Abdoulaye Diakité, l’administrateur du portail d’informations, il n’est toujours pas facile pour elles de manager les hommes. « Elles émergent dans le paysage médiatique mais le succès n’est toujours pas éclatant. Elles ont suffisamment besoin de formation en termes de management. Un autre constat est que les medias créés par les femmes sont toujours au milieu du tableau ou au bas de l’échelle. Ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas individuellement des compétences » conclut-il.
Idrissa Kantao, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Flambeau, trouve que les femmes journalistes sont de braves guerrières qui contribuent, à l’instar des hommes, au développement du pays.
Les femmes qui ont osé et qui se sont lancées comme responsables de médias sont encore nombreuses et très compétentes. Il s’agit, entre autres, de Neymatou Coulibaly, promotrice du quotidien Le Combat, Maimouna Diallo, Dirpub de Mali flash, Ami Sanogo, directrice de publication de l’Inter de Bamako, Hawa Berthé de la Tribune Libre, Bintou Danioko, coordinatrice de Défis de femme, N’deye Traoré de Be Kunko, Makoro Camara, promotrice du journal Kabako.

Benjamin SANGALA

Source : aBamako

aBamako

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