Général Salif Traoré, Ministre de la sécurité et de la protection Civile : « Aucun dispositif de sécurité n’est totalement infaillible »

La Grande interview est un nouveau rendez-vous de la Rédaction du Journal Le Challenger. Cet espace se veut un outil qui permettra aux populations maliennes, notamment à nos fidèles lecteurs, de disposer d’informations saines sur des questions intéressant la vie de la nation.
C’est le Général Salif Traoré, Ministre de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile qui inaugure cette nouvelle rubrique. Disponible, pragmatique et très ouvert, ce jeune brillant officier qui fait honneur à l’armée malienne dirige depuis septembre 2015, le département en charge de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile. Dans un contexte sécuritaire régional et international difficile, marqué par l’apparition de nouvelles menaces, la tâche du Général Salif Traoré et ses hommes n’est pas aisée. Face aux inquiétudes des populations, le gouvernement, sur instruction du Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, déploie de gros efforts dans le cadre de la protection des personnes et de leurs biens. La dernière illustration de cet engagement présidentiel est l’adoption par le Conseil des ministres du 26 avril 2017 d’un projet de loi de programmation relative à la sécurité intérieure (LPSI) pour la période 2017 à 2021. La mise en œuvre de cette loi va coûter plus de 450 milliards de nos francs au budget national.
Dans cet entretien, le Ministre de la sécurité intérieure et de la protection civile évoque la LPSI, les réformes engagées dans le domaine sécuritaire, l’insécurité grandissante, la lutte contre le terrorisme, la coopération avec les forces partenaires, la suppression du mot d’ordre de grève au sein de la police nationale, etc.
Le Challenger : Le Conseil des Ministres, lors de sa session ordinaire du 26 avril 2017, a adopté un projet de loi de programmation relative à la sécurité intérieure pour la période 2017 à 2021. Quelles sont les raisons qui ont motivé l’élaboration de cette loi par le Gouvernement de la République du Mali ?
Général Salif Traoré : L’évolution de la criminalité nationale et transnationale recommande une adaptation des moyens des Forces de Sécurité aux modes d’action des criminels. C’est pourquoi, nonobstant l’existence d’un processus de réforme du secteur de la sécurité en cours, il nous a paru nécessaire de proposer cette loi de programmation de la sécurité intérieure, afin de permettre, à court terme, aux Forces de Sécurité et de la Protection Civile d’accomplir l’essentiel de leurs missions de défense de l’intégrité territoriale et de protection des personnes et des biens. Elle pallie les défaillances liées essentiellement au manque de ressources humaines, d’équipements, d’infrastructures et de conditions de vie des hommes.
Outre cette loi, pouvez-vous nous rappeler d’autres réformes majeures dans le domaine de la sécurité depuis 2013 ?
Depuis 2013, le Gouvernement à travers le Ministère de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile, a consenti d’énormes efforts dans le domaine de la sécurité. Il s’agit entre autres :
- du renforcement des capacités des forces (formation du personnel dans le cadre de la guerre asymétrique) pour adapter nos méthodes aux nouvelles menaces (guerre asymétrique, cybercriminalité…) dans les centres et écoles au Mali ou à l’étranger (bilatéral ou multilatéral) ;
- de la redynamisation des systèmes de transmission, des services de renseignement ainsi que des bureaux de renseignement (J2) des différentes forces de sécurité ;
- du renforcement de la coordination entre les forces de sécurité elles-mêmes et entre celles-ci et les forces de défense, dans le cadre de la complémentarité ;
- du renforcement de la coopération transfrontalière entre les forces de sécurité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière ;
- de la création des postes de police ou de sécurité dans les zones criminogènes ;
- de la création d’une Force Spéciale Anti-terroriste de Sécurité, placée sous l’autorité directe du Ministre chargé de la Sécurité ;
- de la création d’un centre de fusion et d’analyse ;
- de l’équipement des Forces de Sécurité en moyens, matériels et infrastructures (véhicules, armement, habillements, constructions et réhabilitation d’Unités…) ;
- de l’adoption de quatre (04) décrets pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des Forces de sécurité pour les personnels de la Police, de la Protection Civile et de l’Office central des Stupéfiants.
Monsieur le ministre, l’insécurité gagne du terrain dans les régions du centre du pays. Vous avez procédé au lancement le 14 avril, du Plan de sécurisation intégré des régions du centre (PSIRC) à savoir Ségou et Mopti. De quoi s’agit-il ?
Il s’agit d’un plan de sécurisation intégré des régions du centre (Ségou et Mopti). Il vise à assurer la présence et l’opérationnalité de l’administration publique à tous les niveaux ; la protection des personnes et des biens ; la fourniture des services sociaux de base ; la lutte contre le trafic illicite de drogue et la criminalité organisée ; la coordination, le suivi et l’évaluation de la stratégie de lutte contre l’insécurité et le terrorisme.
A l’issue d’une rencontre à l’initiative du département chargé de la Sécurité, les partenaires techniques et financiers (PTF) ont adhéré à ce plan et se sont engagés à soutenir le Gouvernement pour sa mise en œuvre par les Gouverneurs de région à travers la composante Sécurité ; la composante Gouvernance ; la composante Développement socioéconomique ; la composante Communication.
Des commissions régionales de mise en œuvre ont été créées par les Gouverneurs, dont les sessions inaugurales ont eu lieu pour les régions de Ségou et Mopti respectivement le vendredi 14 avril 2017 et le mardi 18 avril 2017.
À Bamako, le quotidien des citoyens est marqué par des actes de banditisme souvent spectaculaires comme les braquages, les vols à mains armées… bref, malgré les efforts, les Bamakois ne dorment plus que d’un œil. Comment expliquez-vous cela ?
Il est clair que le contexte sécuritaire, tant national que mondial, connaît une évolution marquée par l’apparition de nouvelles formes de criminalité. Après la commission d’un cas de braquage en plein jour à Bamako, le dispositif de sécurité a été renforcé afin de l’adapter aux modes d’actions des criminels. L’effort a porté entre autres sur le renforcement du dispositif de sécurité dans les différents carrefours du district de Bamako ; l’intensification des patrouilles diurnes et nocturnes dans les centres urbains et sur les grands axes routiers ; la mise en place des numéros verts à la disposition des populations.
En général, il y a un déficit de confiance entre les citoyens et les éléments des forces de sécurité, considérés souvent corrompus. Que faites-vous pour restaurer cette confiance ?
Les Forces de sécurité ont pour mission d’assurer la protection des personnes et leurs biens. Pour réussir cette mission, elles ont aussi besoin de la confiance et de la collaboration des populations.
Depuis septembre 2015, plusieurs actions sont en cours au niveau du département de la Sécurité pour un changement de comportement de nos hommes mais également pour restaurer la confiance entre les forces et les populations à travers le centre de communication créé à cet effet.
Monsieur le ministre, certains syndicats de police estiment que les plus hautes autorités du Mali veulent supprimer le droit de grève. Pour cela, ils dénoncent et demandent le retrait pur et simple des projets d’amendements et de modifications du statut de la police. Que répondez-vous ?
L’application de la loi n°10-034 du 12 juillet 2010 portant statut des fonctionnaires de la police nationale a révélé des insuffisances au nombre desquelles la gestion de l’exercice du droit syndical.
S’inscrivant dans le contexte de la réforme du secteur de la sécurité, un projet de statut a été élaboré, qui apporte plusieurs changements notamment :
- le remplacement du corps des Inspecteurs par celui des Officiers de Police, dans le souci d’harmonisation des grades et appellations de la police du Mali avec ceux des autres services de Police de la sous-région notamment les pays qui partagent avec nous le même espace sécuritaire : le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal, la Guinée Conakry, la Côte d’Ivoire. Dans ces pays comme partout au monde, le corps des Inspecteurs a disparu au profit de celui des Officiers de Police.
- la suppression du droit de grève dans les services de la Police nationale à l’instar de ceux du reste du monde tels que notamment, au Sénégal, aux USA et en France. Le droit syndical demeure cependant même si pour des raisons de sureté et continuité de l’Etat, les fonctionnaires de police ne seront pas admis à observer les mots d’ordre de grève. Cette disposition n’est pas contraire aux conventions internationales dont celle de 1987 de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) relative à la liberté syndicale. Je vous remets une copie de ce texte.
Le risque zéro d’insécurité n’existe pas. Peut-on dire que votre dispositif mis en place permet de faire face aux attaques terroristes ?
Aucun dispositif de sécurité n’est totalement infaillible. Depuis les premières attaques terroristes, les dispositions sécuritaires ont été prises pour y faire face désormais.
Quelle place accordez-vous aux renseignements dans la lutte contre le terrorisme ?
Le renseignement est capital dans la lutte contre le terrorisme. C’est pourquoi nous demandons la collaboration des populations.
Quel est le niveau de coopération avec les forces partenaires comme la Minusma et Barkhane ?
Les forces de sécurité collaborent très bien avec les forces partenaires qui nous appuient dans le cadre de la formation, de l’équipement et même dans les opérations.
Mon Général, vous n’êtes pas seulement le ministre de la sécurité mais aussi celui de la protection civile. Les brûlantes questions liées à la sécurité ont-elles été reléguées au second plan, les problèmes du corps de la protection civile de plus en plus sollicité ?
Contrairement à ce que vous pensez, la protection civile bénéficie des mêmes traitements que les autres forces de sécurité. D’ailleurs, dans le cadre de la LPSI, le plus gros lot des investissements sera au profit de ce corps, compte tenu de sa spécificité.
Propos recueillis par Chiaka Doumbia

Encadré : Le profil d’un officier pragmatique
Diplômé de la prestigieuse école militaire française de Saint Cyr, le Général Salif Traoré est titulaire d’un Master 2 en Stratégie, défense, sécurité, gestion des conflits et des catastrophes et d’un Brevet de l’Ecole de guerre (enseignement militaire supérieur de 2ème degré). Contrairement à beaucoup d’officiers, l’actuel patron du ministère de la sécurité et de la protection a gagné ses galons sur le terrain.Au fil du temps, il s’est forgé une solide réputation de bosseur.
Homme de terrain surtout des zones difficiles, il a été entre autres commandant du 11ème Régiment mixte ; chef secteur n°1 (Tessalit), commandant 12ème Régiment mixte, chef secteur n°2 (Kidal), commandant du 13ème Régiment mixte, chef secteur n°3 (Gao). Le Général cumule plus de 17 ans d’expérience dans le commandement et la gestion au sein de l’armée. Il a aussi participé à des missions onusiennes au Soudan et au Libéria.
Cette somme d’expériences a convaincu les plus hautes qui lui ont fait appel pour devenir l’adjoint au coordinateur du Programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement dans le Nord du Mali. Par la suite, il est nommé en novembre 2012, Gouverneur de la région de Kayes. Dans la cité des rails, le brillant officier a mis son intelligence et surtout son pragmatisme au service de sa partie qu’il aime tant. Rapidement, il obtient des résultats tangibles en donnant une autre image du chef de l’exécutif régional. Disponible, pragmatique et attentif, il écoute, reçoit tous les appels, décroche son téléphone et rappelle systématiquement ses interlocuteurs. A Kayes, les uns et les autres rappellent encore les meilleurs souvenirs d’un gouverneur proche des citoyens.
Ses hauts faits d’armes sont parvenus aux oreilles du Président Ibrahim Boubacar Kéïta qui lui fait appel en septembre 2015 pour prendre les commandes du ministère de la sécurité et de la protection civile.
Nier l’existence d’une situation sécuritaire inquiétante consiste à faire preuve d’une grande cécité intellectuelle. Mais aussi, nier que des patriotes ne sont pas à la manœuvre à travers le déploiement de gros moyens pour conjurer les menaces est synonyme d’une véritable malhonnêteté intellectuelle.
Depuis son arrivée, le Général Traoré travaille d’arrache-pied avec son équipe pour un changement de concept dans la doctrine afin de faire face aux nouvelles formes de banditisme avec des bandits de mieux en mieux armés. Des équipes d’intervention sont postées au niveau de certains grands carrefours de la capitale. De même, des hommes à moto patrouillent à travers la ville.
Le pragmatisme du général Traoré a brisé la barrière entre la presse et les forces de sécurité. Il a révolutionné la communication du département en organisant de façon permanente des rencontres avec les hommes de media. Aussi, le Général Salif est à l’écoute de l’ensemble des corps et apporte des solutions à leurs problèmes. Autre fait important, c’est la dotation en armes de tous les policiers.
Officier de l’ordre national du Mali depuis 2014, le Général Salif Traoré qui fait preuve d’un grand sens de responsabilité et de rigueur dans la gestion quotidienne des dossiers, appartient à la nouvelle race de jeunes officiers qui ont la tête sur les épaules.
Le Challenger

Source : aBamako

aBamako

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