S O S : Jeamille Bittar cherche second souffle ?

« La faim chasse le loup hors du bois », dit-on. Il avait disparu de la scène politique, disons de la scène tout court, car la situation est pareille au plan économique. Avec Bittar Trans qui ne roule plus, les bus cloués au sol, l’imprimerie enrayée, etc. Bref, sans être dans les secrets de Dieu, on devrait savoir que ce n’est pas le Pérou pour celui que d’aucuns n’hésitaient pas à qualifier de ‘’Griot d’ATT’’. D’où vient cette descente aux enfers ? Peut-être d’un mélange de genres, la politique et les affaires. En général, c’est Pile ou Face. Avec ATT, c’était pile.
Mais avec IBK, c’est visiblement Face. Face à beaucoup d’adversités de la part du camp présidentiel qui n’aurait pas pardonné à l’homme d’affaires de s’être trouvé du côté des perdants de l’élection présidentielle. La règle est connue en la matière, ça passe ou ça casse. Plus de Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), plus de Conseil économique, social et culturel (CESC), plus de Bittar Trans…Mais Bittar lui-même est là. Plus décidé que jamais à se refaire une nouvelle santé politique, puis économique peut-être. Le tout, grâce – encore et toujours – au ‘’label ATT’’ dont est peint le nouveau parti au récépissé obtenu ‘’depuis janvier 2017 ‘’.
De la nouvelle aventure à bord de ‘’Bittar new look’’ et de bien d’autres sujets d’actualité s’est entretenu récemment Jeamille avec Kassim Traoré de radio Klédu. Notre premier enseignement de cet entretien, est que le discours de Bittar est loin de l’habituelle arrogance qu’on lui connaissait. Tous les propos étaient pesés et soupesés. Est-ce parce qu’on aura sincèrement changé, ou le reflexe du sage pour qui ‘’la souffrance est mère des conseils’’.
On veut bien croire que le Boss qui n’hésitait pas à humilier autour de lui a bien changé. Sauf que, comme on dit dans le milieu des transports dont il est aussi, « il n’est de bon chauffeur que celui à qui on n’a pas encore remis les clés du véhicule ». Alors, ‘’à l’œuvre, on reconnaîtra l’artisan’’ de la nouvelle formation politique ‘’Pro ATT’’. Un parti ‘’pro ATT’’ dans lequel Mahamane Touré ‘’Serpent’’ dit ne pas se reconnaître.
Ni de gauche, ni de droite, ni du centre : est-ce clair ?
La nouvelle formation politique ‘’pro ATT’’ (mise en place par Bittar et autres) ne si situe nulle part sur l’échiquier politique national. C’est en tout cas le point de vue de Jeamille qui dit ‘’ne pas se retrouver dans le système ‘’majorité- opposition’’. Un concept venu d’ailleurs, de chez les Blancs, qui n’a rien à voir avec le KURUKANFUGA de Soundjata Keïta, un cadre de communion de tous.
Bittar dit n’avoir vu nulle part que le pouvoir nomme un Chef de file de l’opposition. Oui, cela existe bel et bien et le Mali n’est pas pionnier en la matière. Cela existe même dans la Mauritanie qu’on peut considérer comme relativement moins démocratique. En d’autres termes, Jeamille Bittar est nostalgique du fameux ‘’CONSENSUS’’ qui veut que tout le monde gouverne ensemble, qu’il n’y ait pas d’opposition. En somme le système qui nous a plongés dans le gouffre dont on essaye à présent de sortir.
Dieu nous garde d’un autre Consensus qui transformerait même l’élite nationale en Griot du Pouvoir. Ce Consensus qui voulait que même l’ORTM évite de diffuser des informations ‘’sensibles’’ sur l’insécurité (même quand tout était noir, il fallait quand même dire que tout était blanc, hélas cela continue de plus belle !). Un Consensus qui a encouragé l’impunité au point d’interdire d’’’humilier un chef de famille’’, même lorsque celui-ci s’était approprié le bien de tout un peuple, des centaines de millions, des milliards de francs.
Quelle pédagogie ‘’à la ATT!’’ Un Consensus qui a fait avaler au peuple que ‘’la situation était sous contrôle au nord’’ jusqu’à ce qu’on nous prenne deux tiers du territoire national. Dommage que le recul n’ait pas permis de faire comprendre à Bittar que c’est la diversité qui crée l’harmonie, y compris et surtout en politique. Quand on n’est ni de droite, ni de gauche, ni du centre, on est avec tout le monde et on n’est avec personne. Personne ne saurait vous faire confiance. Il vaut mieux être quelque part dans la pirogue. Sinon, ce sera sous l’eau, quand on aura coulé.
Au sujet de PS Yéleen Kura
Là, Jeamille Bittar marque un gros point, refusant de faire le procès de son ancien compagnon, ou plus exactement de son ‘’jeune frère, Amadou Koïta’’’. Si le transfuge a souvent accablé Jeamille Bittar, notamment sur les antennes de radio Klédu, ce dernier, en ‘’grand-frère’’, estime que ‘’le linge sale se lave en famille’’. Ça, c’est une force de caractère à saluer chez l’opérateur économique.
Le nouveau parti ne va-t-il pas débaucher des militants, notamment du PDES ?
« Nous ne débauchons personne. Nous sommes les mêmes, mais même tous les enfants d’une famille n’empruntent pas le même chemin… » dit en substance Jeamille Bittar.
« Notre pâtisserie est fermée »
C’est en ces termes que Bittar prévient tous qui penseraient à un « partage de gâteau » en songeant rejoindre les rangs du nouveau parti, venu parachever les idées du PDES en y ajoutant de nouvelles idées.
Allez-vous démarcher Séméga ?
« On va démarcher tout le monde, tous ceux qui ont eu à travailler avec ATT… ». Y compris donc implicitement Ahmed Diane Séméga, celui-là même qui s’était distingué pour son ‘’addiction’’ au Thé, avec ‘’11 millions de thé en un seul jour’’, selon des rapports des services de contrôle d’Etat. Reste à savoir si avec les restrictions budgétaires actuelles, liées à la crise économique, ce dernier va accepter de venir, n’étant pas assuré d’avoir son thé. Comme au bon vieux temps...
« Notre de Gaule, c’est ATT… »
En voilà des propos qui pourraient ne pas faciliter le rapprochement avec le régime en place. Même si durant tout l’entretien, Bittar a fait tout pour ne pas blesser le pouvoir, tout pour plaire au régime : « IBK, c’est mon grand-frère, Madame Keïta, ma grande-sœur…Ceux qui veulent venir au parti pour insulter le régime, s’abstenir… ». Et malgré tout, on ne se situe nulle part, une sorte de quatrième voie, ni droite, ni gauche, ni centre, mais quelque part dans l’arène politique. Bref, tout pour le régime, rien contre le régime. Au point que le journaliste ne put s’empêcher de demander ‘’s’il a peur’’. Ce à quoi il rétorqua : « Je n’ai pas peur. Si j’avais peur, j’aurais fui au lendemain du putsch [de Amadou Aya Sanogo] ».
Conférence d’Entente Nationale -CEN
Bittar a pris part à la CEN dont il a apprécié le principe d’ailleurs. Mais « j’aurais voulu y voir l’image de tous les Chefs d’Etat du Mali… », dit-il.
Le Nord : « Il faut trouver d’autres facilitateurs… »
Bittar est convaincu que la crise du Nord est « une situation créée par les Blancs ». Et elle ne sera pas résolue si l’on s’en remet aux seuls Blancs. « Il faut trouver d’autres facilitateurs que les groupes armés écoutent. Nous sommes tous fatigués. Chacun doit respecter ses engagements dans l’Accord », préconise-t-il.
Sauf que, concernant cette crise, personne ne la règlera à la place des Maliens : « La guerre n’est jamais une bonne chose, mais quand on vous l’impose, il faut la faire » a l’habitude de dire Moussa Balla Coulibaly, et même Seydou Badian. A cela ajoutons-nous que ce n’est pas en reconnaissant à l’ennemi sa victoire (et donc votre défaite) qu’il va vous laisser tranquille.
Les grèves récurrentes
Pour Bittar, « aujourd’hui le gouvernement seul ne peut résoudre ces problèmes. Tout le monde y a un rôle à jouer, en particulier le président de la République, les religieux, les notabilités, entre autres ».
Election présidentielle de 2018 : bon timing pour se mettre dans la course
« 2018, c’est encore loin », estime Jeamille Bittar, qui laisse donc la porte ouverte à toutes les éventualités. Il ne manque pas d’avoir du monde derrière lui, notamment dans le milieu commerçant et des transports où il compte de nombreux sympathisants. Ce dont on est plus ou moins sûr pour le moment, c’est que Mahamane Touré, avec ses 2833 associations derrière lui, n’est pas avec lui : « Je ne suis pas de ce côté-là », dit-il. Du moins pour le moment, puisque les convictions d’un Serpent sont assez volatiles, virtuelles. Ça peut évoluer du jour au lendemain. Donc tout espoir n’est pas perdu de ce côté, d’autant plus que ATT est le ‘’de Gaule de tous’’ : « ATT, c’est notre de Gaule à tous ».
Dans tous les cas, le moins que l’on puisse dire est le timing choisi par Bittar pour rebondir ou espérer rebondir est très pertinent. Encore faudrait-il que pour ce faire, il devrait faire démentir le dicton selon lequel ‘’l’habitude est une seconde nature’’. Et on ne change pas à plus de 50 ans. Mais il y a un ‘’contre-dicton’’ qui veut que ‘’seuls les i…ne changent pas’’. D’où le bénéfice du doute. Et donc, bon vent ! Disons-nous.
La Rédaction

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here