Tribune libre: Lettre ouverte au chef de la république

Son excellence Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République, Chef de l’Etat
Je vous adresse cette lettre pour attirer votre attention sur certains faits dans le pays et qui méritent une amélioration.
La sécurité, priorité n°1
Candidat à la magistrature suprême, vous avez pris plusieurs promesses aux Maliens. Lors des campagnes électorales vous avez, à maintes reprise, souligné l’importance que vous dites attacher au Mali, au peuple malien, à la jeunesse, à l’éducation…
Voilà qu’aujourd’hui, le pays ploie l’échine sous le poids des mouvements sociaux à n’en pas finir.
Que nos soldats tombent comme des mouches dans des circonstances presque similaires et répétitives, sans qu’aucune mesure concrète ne soit prise pour y remédier. Ces soldats qui tombent sur le champ de l’honneur méritent un traitement digne de leur sacrifice pour la patrie.
La mort de nos soldats ne doit plus passer comme un banal fait divers, dont la primeur est donnée par les réseaux sociaux, les médias étrangers et plus tard par les médias publics. Ce qui me pousse à me poser cette récurrente question : qu’est-ce qu’on ne veut pas dire aux Maliens dans vos communiqués officiels diffusés via les médias publics sur la situation sécuritaire.
Aujourd’hui, les Maliens trouvent que vous êtes visiblement plus affecté lors des cérémonies de deuils français que pendant les funérailles nationales organisées à l’honneur de nos soldats tombés sur le champ de l’honneur.
Nos concitoyens ne comprennent pas non plus vos absences répétées aux funérailles des derniers groupes de soldats victimes d’attaques terroristes. Est-ce à dire que ces funérailles perturbent votre agenda de voyage.
Il y a seulement une semaine, la patrie n’avait pas fini de rendre un dernier hommage à neuf (9) de ses soldats tombés dans une embuscade tendue par les ennemis de la paix entre Diabaly et Nampala. Cette tragédie ne vous a pas empêché de prendre votre avion de commandement pour atterrir en Azerbaïdjan. J’aurai espéré comme tous les Maliens apprendre que vous y êtes revenu avec des équipements militaires (notamment des hélicoptères) permettant de laver l’affront lancé régulièrement sur les FAMa en commençant par traquer les auteurs de l’attaque du mardi 2 mai entre Diabaly et Nampala et celle qui a suivi à Almoustarat cette semaine.
Mais on ne désespère pas pour autant. On espère que cette visite en Azerbaïdjan n’aura pas le même effet vierge que celle que vous avez effectuée il y a trois (3) ans en Chine.
L’école à la croisée des chemins
L’éducation est un outil crucial pour le développement d’un pays. Catalyseur essentiel. Aucun pays n’est parvenu à réduire sa pauvreté et enclencher un processus de développement durable sans une bonne formation de ressources humaines. Et un des facteurs explicatifs importants des écarts de niveaux de vie entre pays est la plus ou moindre précocité historique des progrès éducatifs. Si on considère des pays de taille et de poids comparable comme les Etats Unis , La Russie, l’Inde ou la Chine, le fait que le premier soit devenu de loin la première puissance économique mondiale est lié à la mise en place d’un système éducatif primaire généralisé dès le 19e siècle, puis secondaire et tertiaire dans la première partie du 20e.
Vous devez veiller à bannir pour des générations à venir, l’ignorance pour espérer réduire la pauvreté. Ainsi, la capacité des Maliens, grâce à l’éducation, ne pourra que s’accroitre.
En effet, Monsieur le président de la République, aujourd’hui, élèves, parents d’élèves, enseignants…bref l’ensemble des acteurs de l’école exprime soit sa peur, soit indignation, soit son raz-le bol. Cela veut dire, le malaise dans ce secteur est patent.
Vos promesses de doter chaque étudiant d’un ordinateur reste une chimère à un an de la fin de votre mandat.
Monsieur le Président, ne savez-vous pas que le Mali a besoin d’une réforme de son système éducatif longtemps soumis à des tests de laboratoires. Jusque-là l’école malienne tire toujours la langue. Qu’allez-vous faire dans le restant de votre mandat pour changer cette situation ?
Monsieur le président, les Maliens attendent toujours !
Quid de l’avenir de la jeunesse ?
On dit que la jeunesse est l’avenir de demain. Cette expression ne me semble plus adaptée au contexte malien. Au fil du temps, cette expression m’apparait dévalorisante. Il est temps de créer des opportunités d’embauche et de stages pour les jeunes, diplômés et non diplômés.
Monsieur le Président, tentez de redonner espoir à cette jeunesse qui, faute d’alternative crédible, plonge dans l’alcool et la drogue. Ce désespoir de la jeunesse se répercute sur la situation sécuritaire dans le pays. Les jeunes désœuvrés et sans espoir constituent des candidats potentiels aux projets d’enrôlement dans des réseaux terroristes.
Les femmes peuvent espérer encore ?
Les femmes du Mali ont vu en votre arrivée une lueur d’espoir. Votre promesse le 8 mars dernier de constituer un gouvernement composé de 30% de femmes faisait croire à beaucoup que vous tenez encore au respect de la loi sur le genre.
A la proclamation le 11 avril dernier de la liste du Gouvernement actuel, conduit par Abdoulaye Idrissa Maïga, les femmes n’ont pas vu d’actes à la dimension de la promesse. Au lieu de 11, le Gouvernement ne comprend finalement que 8 femmes.
Un constat qui refroidit nos ardeurs, nos espérances que vous pouvez mieux faire que vos prédécesseurs dont certains ont fait des femmes Premier ministre, Généraux de l’armées, des femmes Gendarmes, Gardes…
Monsieur le président, la violence sur les femmes est une triste réalité au Mali. Une femme sur trois au Mali est victime de violence dans sa vie, souvent aux mains de quelqu’un qu’elle connait, qu’elle aime et en qui elle a confiance. Près de la moitié des femmes qui ont été victimes d’homicide entre 2013 à ce jour, ont étés tuées par des partenaires intimes ou des membres de leur famille.
La violence contre les femmes, les filles constitue une violation flagrante des droits humains. Elle détruit les vies, cause des souffrances indicibles et des maladies.
Monsieur le Président, le pays à de nombreux défi à relever sur ce plan afin de respecter et de consolider le droit des femmes. A commencer par l’adoption d’une loi qui garantit leur protection et assistance dans leur foyer et en dehors de celui-ci.
Monsieur le Président,
En vous adressant cette lettre, j’ai l’intime conviction qu’elle sera lue et que le contenu fera l’objet d’une analyse dont les recommandations auront apporté un changement dans les conditions de vie des Maliens.
Recevez « Père » Ibrahim Boubacar Keita, mes salutations les plus respectueuses et mes vœux de réussite dans l’exécution de la mission dont les millions de Maliens vous ont investi.
Hawa Sy Jeune leader,
Etudiante en Master Journalisme communication à l’ISPMATI / BAMAKO

Source : aBamako

aBamako

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