Office central de lutte contre l’enrichisment illicite: Comme ses prédécesseurs, IBK crée à son tour sa structure anti-corruption

La salle d’audience de la Cour Suprême du Mali a abrité, le jeudi 1er Juin, la cérémonie de prestation de serment des membres de l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite, OCLEI. Comme ses prédécesseurs Alpha Oumar Konaré et ATT, IBK voudrait à son tour imprimer sa marque dans la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite. La énième structure budgétivore va-t-elle réussir là où les autres n’ont pas empêché le vol et l’enrichissement illicite ? La lutte contre la corruption n’est-elle pas plus une volonté politique qu’une question de structure ?

Créé en septembre 2015, l’OCLEI est composé de douze personnalités comprenant de magistrats, auditeurs, policiers et gendarmes, inspecteur des impôts et représentants de la société civile. Sa mission est de collecter les informations sur les patrimoines et revenus légitimes des fonctionnaires, détecter un enrichissement illicite au cours de leurs carrières et saisir le cas échéant le procureur.

Invité du journal télévisé de 20 h le jeudi, le Président de l’OCLEI, M. Moumouni Guindo s’est voulu rassurant quant au besoin et l’opportunité de la création d’une telle structure pour lutter efficacement contre l’enrichissement illicite au Mali. C’est un magistrat convaincu du bien-fondé de sa mission qui s’est adressé aux téléspectateurs de l’ORTM pour égrener un chapelet de bonnes intentions et de stratégies que sa structure entend mettre en place pour traquer les sangsues de la République.

Mais, faudrait-il encore qu’on facilite la tâche à ses officiers assermentés pour qu’ils mènent à bien leurs missions. Feront-ils mieux que les structures précédentes dédiées à la lutte anti-corruption ? Qui ne se rappelle pas le Contrôle Général d’Etat, la Cellule d’Appui Aux Structures de contrôle de l’Administration, CASCA, sous Alpha Oumar Konaré, le Bureau du Vérificateur Général sous Amadou Toumani Touré ? Malgré toutes ces structures de contrôle, la corruption n’a guère reculé au Mali. C’est tirant les leçons des insuffisances de ces organes que le régime IBK a jugé bon de créer l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement illicite.

Les missions de contrôle ont-elles réellement montré leurs limites pour en créer une nouvelle ? La réponse est sans nul doute non. Ce qui manque au Mali, c’est la volonté politique des autorités et le courage des hommes en robes, qui semblent être à la fois juge et partie. Sinon, pourquoi avoir créé l’OCLEI alors que les fonctionnaires épinglés dans les rapports des différentes structures de contrôle passent des jours paisibles ? Ne pas poursuivre ceux dont la gestion a saigné à blanc les finances publiques et créer un organe chargé de faire le monitoring des avoirs des fonctionnaires semblent relever d’une curieuse stratégie de lutte anti-corruption.

Tant que le pouvoir ne se décidera pas à faire payer aux fonctionnaires délinquants leurs forfaits, la corruption ira toujours crescendo. Ce dont la lutte anti-corruption a besoin, c’est de la suite dans les idées et dans les actions de la part de ceux qui créent ou multiplient les services de contrôle sans se soucier de la nécessaire sanction que doivent encourir les délinquants financiers. Pour rappel, le Bureau du Vérificateur Général depuis des années, dépose sur la table de toutes les institutions, son rapport annuel de vérification, mais jamais les cadres incriminés n’ont été interpellés, jugés et punis conformément à la loi.

La nouvelle structure de veille et d’alerte ne se justifiera aux yeux du contribuable malien que lorsque les enrichissements illicites constatés par elle feront l’objet de poursuites et de sanction à la différence de ce que nous constatons de nos jours.
Au regard de tout ce qui a précédé , nombreux sont les observateurs qui pensent et à juste raison, que l’OCLEI serait comme toutes les autres structures de contrôle, engloutissant les maigres ressources pour peu ou pas de résultats tangibles.

Youssouf Sissoko

Source : aBamako

aBamako

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