Mahamane Lamine Touré, coordonnateur principal d’IR GANDA : « Personne ne viendra plus nous humilier chez nous, ou nous faire taire avec des armes, c’est terminé ! »

A la suite de la conférence de presse organisée par les Communautés de Culture Songhoie en Mouvement- IR Ganda, nous avons eu un entretien avec le Coordonnateur principal du groupe de contact d’IR GANDA, Mahamane Lamine Touré. Il a apporté des précisions sur les objectifs de l’association et leur détermination à se lever comme un seul homme.

Le président d’IR GANDA a dit que votre Mouvement veut aider l’Etat, cela veut-il dire que l’Etat est incapable d’assurer ses missions ?
La première mission du Mouvement est, effectivement, de donner la parole à ceux à qui on a enlevé la parole depuis plus de 60 ans. Qui sont les populations majoritaires de culture songhoïe, pour qu’ils puissent formuler, eux-mêmes leurs problèmes, qu’ils puissent hiérarchiser leurs problèmes et qu’ils décident qui doit parler en leur nom. Des gens se lèvent un matin, ils font la guerre, ils font la rébellion et prétendent défendre des gens. Quels sont les gens qu’ils défendent ? Et ce sont ces gens là qu’ils sont censés défendre, qui meurent tous les jours. Quand on dit que c’est pour aider l’Etat, d’abord, nous pensons que la Nation, l’Etat, c’est nous tous. Le pays est pratiquement en situation de guerre, chaque malien doit être un soldat. Tout le monde ne va pas combattre, mais ceux qui peuvent amener une information qui peut aider l’Etat, à savoir qu’il y a l’ennemi qui se planque à tel endroit, etc. Tout ça, c’est le travail du citoyen. Quand on dit que c’est pour aider l’Etat, ça ne veut pas dire que l’Etat ne fait rien, que l’Etat est incapable, non ! Ça veut dire que la tâche est énorme et que l’Etat a des partenaires qui l’empêchent de faire ce qu’il veut. On est dans une gestion concertée de crise où chaque partie a son agenda. Donc, c’est à nous, par rapport aux questions qui nous concernent, de nous lever et de dire à l’Etat que nous voulons tel type de gestion de tel type de problème. Ça permettra à l’Etat d’avoir en main une feuille de route, pour dire : bon ! Vous voulez ça, vous voulez ça, mais, mon peuple, telle communauté, telle fraction, veut ça, parce que sa survie en dépend. C’est dans ce sens là, qu’on dit aider pour apporter notre pierre à l’édifice.

IR GANDA est un Mouvement non armé, mais son président a dit si vous êtes attaqués, vous allez vous battre, cela veut-il dire qu’il y a la probabilité de prendre les armes ?

Aujourd’hui, le Mouvement n’est pas armé. Nous souhaitons de tout notre cœur que les armes ne parlent plus au Nord. Nous représentons au minimum 83 à 86, d’autres disent même 95% des populations du Nord. Même si on prend des gens, les 5% qui restent, qu’on leur donne des avions de combat, des chars, des kalachnikovs, ils ne peuvent pas nous tuer, à mains nues. Ce que nous avons dit, c’est que personne ne viendra plus nous humilier chez nous, c’est terminé, plus personne ne viendra nous dire qu’ici, c’est notre place, que ce soit l’Etat, ou quelqu’un d’autre, d’ailleurs, plus personne ne va venir guetter quelqu’un quittant une foire pour lui arracher sa chèvre ou 5 pots de riz qu’il a achetés pour nourrir sa famille. Si pour ça, il faut prendre des bâtons, faire la boxe, se regrouper à 20 ou 30, on le fera. Ce n‘est pas notre projet, on a les FAMAS dont le rôle est de se battre pour nous défendre, on a la gendarmerie nationale, la police, c’est leur rôle. Nous pensons que si nous jouons notre rôle, ils seront à même, de mieux jouer leur rôle. Au contraire, nous voulons qu’immédiatement, on désarme les gens, parce que s’il y a des gens qui attaquent et si on dit que c’est des bandits, c’est parce qu’ils sont armés. Si on désarme tout le monde, on sait que toute personne qui aura une arme est un hors la loi. Donc, ça, c’est le travail de la police et de l’armée.

Que répondez-vous aux rumeurs qui disent que votre Mouvement veut se positionner pour l’élection présidentielle de 2018 et à ceux qui disent que cela inquiète le pouvoir ?

Je pense que ce sont les mauvaises langues, les rumeurs. Le pouvoir, ce n’est pas un jeu, c’est un ensemble d’outils, un ensemble de moyens. Il y a parmi nous des gens qui sont des grands dirigeants de la majorité présidentielle. Pourquoi voulez-vous qu’ils se battent contre leur président ? Ils vont faire quoi ? Ils veulent être président ? N’est pas président, qui veut. Comprenez qu’actuellement, tout ce qui se dit : « les gens vont faire un génocide », si on fait un génocide, on va tuer nos fils et nos neveux, ça, on n’en veut pas, sinon, on aurait fait la rébellion. Au moment où la rébellion démarrait, nos frères qui l’ont commencée disaient qu’ils étaient sous représentés. Ils étaient 5%. Sur les 17 députés qu’on avait, 12 étaient Tamashèques, il restait combien pour les Songhoïs. Pourtant, on n’a pas pris d’armes pour faire la guerre. Ce n’est pas aujourd’hui qu’un accord est signé, qu’on va faire la guerre, par contre, personne ne nous menacera, ne nous soumettra, ou nous fera taire avec des armes, ou nous insultera, ou nous piétinera à nouveau. Peu importe les moyens qu’on utilisera, cela ne se fera plus. Maintenant, pour ce qui est du régime, il faut laisser le président faire son travail, il y a beaucoup de choses à faire, il faut laisser les partis politiques organiser les problèmes de la cité et quand les élections vont arriver chacun ira dans son camp pour défendre son candidat. Il n’y a aucune place dans la structure pour du parti pris ou pour de la politique. On fait de la politique dehors, surtout, pour régler les problèmes de notre communauté.

Propos recueillis
par Baba Dembélé

Source : aBamako

aBamako

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