Le Point : Sanctionner IBK par un Non massif au référendum

2 h 30 et 3 h du matin ! Ce n’est pas l’heure d’un rendez-vous galant ou d’affaires dans l’un des bar-lounges huppés de la capitale ! Mais, c’est l’heure à laquelle 111 députés de l’Assemblée nationale ont trahi la République ce samedi 3 juin 2017.

Une trahison consommée par l’adoption du projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992. Cette violation de la Constitution en vigueur a été entérinée par 111 voix pour, 35 contre. Et déjà le référendum sur la Constitution révisée est fixé au 9 juillet 2017. Pourquoi ce forcing (sessions extraordinaires du conseil des ministres et pour saisir l’Assemblée nationale) ?
Ainsi, après l’accord pour la paix et la réconciliation nationale, le président Ibrahim Boubacar Kéita et son régime veulent faire avaler au peuple malien une autre couleuvre. Sauf que cette fois-ci, le peuple n’est pas obligé de se faire imposer une réforme qui brille aussi bien par son inopportunité que par ses incongruités comme la création d’une institution inutile et budgétivore et anachronique, le Sénat.
Le forcing du gouvernement prouve éloquemment l’irrégularité du processus. Pis, c’est la preuve qu’IBK, son gouvernement et sa majorité parlementaire n’ont aucun respect pour le peuple malien. Sinon comment comprendre qu’on repousse des communales partielles prévues à la fin de ce mois et qu’on programme précipitamment un référendum constitutionnel moins de deux semaines après ? Et généralement, on tient toujours compte de l’hivernage dans la fixation des dates des scrutins. Mais, cette fois, on a fait fi de tout cela.
Le défi sécuritaire est-il moindre dans les 59 communes concernées par ces partielles que sur l’ensemble du territoire national ? Le président IBK est-il disposé à convaincre les Maliens de cela en allant faire campagne pour le Oui à Kidal, Ber, Aguelhok, Taoudéni, Ménaka… ? Comment le gouvernement compte organiser une campagne et un vote dans le Nord et le Centre du pays où l’administration et les forces armées et de sécurité sont quasi-absentes ?
Entre déni de la réalité et dédain pour les Maliens
Que cache cette précipitation ? Le déni de la réalité bien sûr. Une fois de plus, les dirigeants actuels prouvent qu’ils n’ont aucun respect pour le peuple malien. C’est très facile pour les députés de s’abriter derrière les “personnes ressources” et “les auditions citoyennes” pour se donner bonne conscience. Mais, nous savons tous réellement qui sont lesdites personnes ressources.
L’opportunité, la légalité et la légitimité de ce processus ne résistent pas à l’analyse objective. L’adoption d’une nouvelle Constitution ou d’une révision constitutionnelle dans le contexte actuel d’atteinte à l’intégrité territoriale est bien une violation de la Constitution en vigueur. Celle-là même qui interdit tout vote référendaire quand une portion du territoire est en cause. Aujourd’hui, Kidal et plusieurs localités du Nord et du Centre du Mali sont dans cette situation.
Le président prêtera désormais serment devant la Cour constitutionnelle dont il désigne aussi le président. Celui-ci n’est plus élu par ses pairs. Un recul inéluctable pour notre démocratie, car remettant en cause la séparation de l’exécutif du judiciaire. Ça porte matière à suspicion sur la crédibilité des élections présidentielle et législatives dont la Cour constitutionnelle prononce les résultats définitifs si l’on sait que c’est la même Cour constitutionnelle qui doit les valider.
Et comment comprendre que, au lieu de passer par le suffrage direct du peuple (référendum), le président de la République pourrait désormais faire réviser la Constitution avec l’aval des députés ?
Comme le rappelait un intellectuel sur les réseaux sociaux, “cela est un danger pour le Mali pour qui sait comment l’Assemblée nationale est une chambre d’enregistrement des projets de loi venant de l’exécutif. Notre Constitution sera à la merci d’un homme et de son bord politique”. Une inquiétude d’autant fondée que le président et sa majorité viennent de violer sans scrupule la Constitution actuelle par l’adoption d’un nouveau projet.
Et le Sénat est une incongruité parce que le Mali n’a pas besoin de nouvelles institutions, mais de leaders intègres et visionnaires dans tous les domaines. “La Constitution de 1992 me paraît un instrument complet, mais ce sont les acteurs de la vie politique qui l’ont dénaturée…”, nous disait l’éminent avocat et ancien ministre de la Justice, Me Abdoulaye Garba Tapo, dans une interview sur le Sénat en début avril 2017.
Après avoir nié l’évidence même, c’est-à-dire que l’accord issu du Processus d’Alger viole la Constitution de la République, le régime est aujourd’hui en train de “tordre le cou à celle-ci pour accommoder celui-là”.
IBK, son gouvernement et sa majorité n’ont aucun respect pour ce pays et prennent visiblement les populations pour des moutons de Panurge. A nous de leur prouver le contraire en se mobilisant majoritaire aux urnes le 9 juillet pour dire Non au référendum.
“On joue avec le feu en donnant l’impression d’évoluer dans un champ de ruines, au milieu de cadavres de pauvres Maliens écrasés par les soucis de tous ordres. Mais un jour on découvrira amèrement, comme d’autres pouvoirs qui se croyaient absolus et d’essence monarchique, que ce peuple a une âme… Ce jour viendra”, a répliqué Me Abdoulaye Garba Tapo, éminent juriste et ancien ministre de la Justice, au vote des députés.
Nous pensons que ce jour est arrivé parce que le dernier mot sur cette révision revient au peuple malien. Le projet adopté le 3 juin par l’Assemblée nationale n’a aucune valeur sans un référendum ou le peuple dira Oui ou Non.
La décision est donc loin d’être déjà prise. Nous avons notre mot à dire et le seul message que les Maliens doivent envoyer au régime c’est Non ! An tè !
C’est plus que jamais l’opportunité de donner un carton jaune à IBK qui veut se succéder à lui-même en 2018 pour continuer à se moquer des pères de l’indépendance, des martyrs de la démocratie et des Maliens tous les bords !
Dan Fodio

Source : aBamako

aBamako

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