Révision constitutionnelle : L’opposition parlementaire et la société civile sortent leurs « muscles »

La journée du jeudi 8 juin a été marquée par de manifestations contre le projet de révision constitutionnelle adopté samedi 3 juin dernier par l’Assemblée nationale. Si les deux groupes parlementaires de l’opposition (VRD et ADP-Maliba/Sadi) ont préféré s’exprimer par voie de presse sur les raisons de leur rejet du texte, des organisations de la société civile ont choisi prendre la rue. Une marche qui a été réprimée par les éléments du Groupement mobile de sécurité.

Quelques jours après l’adoption du projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992, les organisations de la société civile et les regroupements se font de plus en plus entendre. Après le meeting du mouvement « Trop, c’est trop » le lundi, plusieurs personnes ont manifesté jeudi à Bamako, à l’appel du même mouvement pour mettre « pression » sur le gouvernement sur sa volonté de modifier l’actuelle Constitution.

L’itinéraire de la marche initialement prévu de la Bourse du travail à la Primature en passant par le monument de l’Indépendance, a été réprimée par les éléments du Groupement mobile de sécurité.

Aux environs de 8h, lorsque les manifestants s’apprêtaient à prendre leur chemin, un contingent de policiers est descendu sur les lieux pour interdire l’accès au public. La police a bloqué les entrées de la Bourse du travail pour empêcher les marcheurs de se réunir. Face à un forcing des manifestants, la police a usé du gaz lacrymogène faisant 3 blessés et des pertes de matériels.

L’usage de la force pour disperser les manifestants est une violation de la loi fondamentale, a indiqué Amara Sidibé, porte-parole du mouvement « Trop, c’est trop ». A l’en croire l’objectif de leur manifestation est de dire « Non » au projet de révision constitutionnelle par la voie pacifique. « L’initiative du président de la République, intervient dans un contexte où l’existence même du Mali n’a jamais été aussi menacée. En dépit de la signature d’un accord pour la paix, depuis bientôt deux ans, la région de Kidal demeure sous le contrôle des groupes armés, la totalité des régions du Nord, en dehors des grandes villes, sont administrées par des acteurs armées non étatique, l’Etat du Mali est absent dans plus du tiers du territoire national tant au Nord qu’au Centre du pays. Cette incapacité à sécuriser la population et à leur garantir les services sociaux de base a profondément altéré la confiance des communautés laissées pour compte », a déploré le porte-parole du mouvement.

Fort de ce constat, le mouvement a estimé qu’aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie conformément à l’esprit de la Constitution du 25 février 1992 dans son titre XVI, article 118, alinéa 3, précisera-t-il.

Le mouvement « Trop C’est Trop » a appelé les Maliens à prendre leur responsabilité en votant Non à la révision de la Constitution. Selon son porte-parole, malgré la répression de la police, le mouvement se fera entendre le samedi prochain au monument de l’Indépendance.

Au même moment, à la Maison de la presse, les députés de l’opposition (VRD et Groupe SADI/ADP) entretenaient la presse sur les raisons du rejet du projet de texte par eux.

Selon Mody N’Diaye du groupe parlementaire VRD, les 17 articles qui ont été modifiés changent toute la Constitution du 25 février 1992. « Les articles passent de 122 à 148. L’opposition a apporté 80 amendements qui n’ont pas été pris en compte. Il s’agit du renforcement inopportun des pouvoirs du président de la République au détriment du gouvernement, de l’affaiblissement des pouvoirs du parlement en matière de contrôle sur la détermination de la politique de la nation, nonobstant la création d’une seconde chambre, le Senat…».

Mody N’Diaye a dénoncé le mode différent de désignation des sénateurs, par élection et par nomination du président de la République, la non-sanction du président de la République en cas de manquements graves à ses devoirs et la violation de l’alinéa 3 de l’article 118 de la Constitution qui interdit toute révision quand l’intégrité du territoire est en cause. Ce qui rend impossible la tenue du référendum dans un mois sur toute l’étendue du territoire national. Les députés des deux groupes parlementaires ont aussi évoqué les raisons liées au non-bouclage du processus d’élaboration de la Charte pour la paix qui doit impacter sur la loi fondamentale.

Ils ont aussi réaffirmé leur disponibilité à toute action visant à informer le peuple sur le contenu du document afin de réussir sa campagne en faveur du « Non ».

Bréhima Sogoba

Source : aBamako

aBamako

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