Attaque contre le campement Kangaba : 24 heures après

63

Sur les lieux du drame, les traces des événements du dimanche après-midi étaient encore visibles hier. Les enquêteurs étaient en train de passer le site au peigne fin à la recherche d’indices. Ils ont fait des découvertes effroyables.

Des vitres de voitures brisées, des paillotes calcinées, des hangars entiers et des terrasses dévorés par les flammes, des impacts de balles un peu partout sur les murs et les portes, des traces de sang à même le sol… voilà à quoi ressemblait l’intérieur du campement Kangaba 24 heures après l’attaque terroriste qui s’y est déroulée.
Aux abords de l’établissement de villégiature, la journée d’hier a été longue pour la presse nationale et internationale venue en nombre mais tenue à l’écart par un important dispositif sécuritaire. Le motif était de laisser d’abord la police scientifique inspecter les lieux. Les forces de sécurité ont eu raison de tenir les journalistes à l’écart car aux environs de 11 heures, une unité cynophile de la gendarmerie a découvert un engin explosif dans un véhicule garé dans la cour. Immédiatement, un périmètre de sécurité d’un diamètre de plus de 200 mètres a été formé autour du véhicule. Les spécialistes en explosif ont alors désamorcé l’engin au bout d’une heure.
Avant cet incident, une femme qui habite dans les parages du campement est venue alerter les forces de sécurité de la présence d’un suspect au flanc de la colline. Un blindé et deux BJ lourdement armés et appuyés par un hélicoptère de la MINUSMA seront mobilisés pour traquer le suspect. Ils ne retrouveront pas le suspect. Mais ils ont ramené un colonel de l’EUTM qui était porté disparu depuis dimanche.
Concernant l’attaque proprement dite, les informations recueillies sur place indiquent que les assaillants étaient au nombre de six. Deux individus à bord d’un pick-up de couleur sombre et deux autres sur une moto Djakarta sont arrivés aux environs de 15 heures 30. Ils seront rejoints par deux autres qui étaient cachés dans la colline. Un officier de la gendarmerie proche de l’enquête rapporte que la police essaie de trouver une éventuelle complicité à l’intérieur du campement. Rappelons que le campement Kangaba est un grand espace de détente bâti sur plus de 23 hectares. L’endroit était très prisé par les expatriés qui s’y rendaient en villégiature pendant les fins de semaine.
Toujours sur le déroulement de l’attaque, un des employés du campement a accepté de nous conter ce qu’il a vécu. L’homme témoigne qu’il a eu la peur de sa vie. Il raconte qu’une fois dans l’enceinte de l’établissement, les assaillants ont immédiatement ouvert le feu sur tout ce qui bougeait en criant Allah Akbar ! Allah Akbar!
Les gardiens en faction n’ont pas fait le poids devant la puissance de feu des terroristes. C’était le sauve-qui-peut dans l’établissement. Personnel du campement et clients cherchant à se mettre à l’abri au plus vite. Certains ont réussi à escalader le mur d’enceinte ; d’autres se sont terrés sous les lits dans les chambres.
Des éléments du 13e arrondissement et de la Force spéciale anti-terroriste (FORSAT) sont arrivés sur les lieux, moins de 40 minutes après le début de l’attaque. Les forces de sécurité ont échangé des coups de feu avec les terroristes.
Toujours selon notre employé du campement, deux faits majeurs ont permis d’amoindrir les pertes en vies humaines lors de cette attaque démoniaque. D’abord, les assaillants voulaient seulement s’en prendre aux expatriés, principalement les Occidentaux.
Deuxième facteur déterminant : la riposte par des coups de feu de certains éléments de la MINUSMA présents sur place au moment de l’attaque.
Contrairement à certaines informations diffusées dès les premières heures de l’attaque, les assaillants n’ont pris aucun otage, assure l’officier de la gendarmerie. Ils ont plutôt pris la fuite lorsque les forces de l’ordre ont donné l’assaut.
Les 49 employés du campement et les autres clients ont pu être exfiltrés entre 17 heures et minuit. Pour le moment, le bilan qui nous a été communiqué par cet officier de la gendarmerie ayant requis l’anonymat fait état de quatre assaillants tués, deux suspects interpellés par la brigade d’intervention de Baguinéda et un autre à Soro, un village situé à 40 km de Bamako. Parmi les clients, il regrette quatre morts : un Chinois, un Camerounais, une Malienne et un colonel de l’EUTM. A ceux-ci s’ajoutent 3 blessés dont le mari de la gérante de l’établissement.
Plusieurs armes et munitions appartenant aux assaillants, des téléphones portables, des cartes de crédits ainsi que de l’argent liquide ont été retrouvés sur les lieux.
Même si notre source pense que cette attaque, tout comme celle du Radisson Blu, peut être l’œuvre d’un groupe terroriste, il n’écarte pas non plus une autre piste. Il s’interroge si des concurrents hôteliers ne sont pas à la base de l’attaque. En attendant la réouverture du campement, les employés encore sous le choc, s’inquiètent pour leur emploi.

Lougaye ALMOULOUD


Source : Africatime

Africatime

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here