La réponse du Président IBK à la demande de retrait de la loi constitutionnelle: « je ne le ferai pas »trait DE LA LOI constitutionnelle :

Si je le fais, je trahirai mon pays et la signature de mon pays !
À l’issue des travaux du sommet extraordinaire du G5 Sahel, le président IBK et son homologue français ont animé une conférence de presse à Koulouba au cours de laquelle, ils se sont prononcés sur la mise en œuvre de l’accord pour la paix issu du processus d’Alger et sur les préoccupations sécuritaires au Sahel. Sur la question du retrait du texte constitutionnel exigé par l’opposition, le président IBK est formel : il n’en est pas question !
Lisez plutôt les interventions des présidents IBK et de Macron sur ces deux questions cruciales.

Gérard de ‘’France 2’’
Question : Bien sûr, la paix est toujours plus compliquée à organiser que la guerre, mais tout de même on a l’impression que depuis quatre ans peu de choses ont changé. Vous l’avez d’ailleurs un peu dit, monsieur le Président MACRON, ce matin, dans votre discours, c’est vrai que politiquement, en tout cas, les choses n’ont pas trop avancé. L’Accord d’Alger est lettre morte, il a maintenant deux ans, il n’y a toujours pas de patrouilles mixtes à Kidal. On a toujours l’impression qu’il y a deux Mali. Qu’est-ce qui ferait qu’aujourd’hui, à la suite de cette réunion, ça marcherait mieux qu’avant parce que jusqu’à maintenant ç’a été un vrai échec politique ?

Président IBK : Je ne pourrai pas vous laisser dire cela cher ami. Vous savez, chez nous, on dit : ‘’quand vous transpirez sous la pluie, cela ne se remarque pas’’. Mais pour les Maliens qui savent d’où nous venons, le chemin parcouru ne pas à mépriser. C’est le lieu de rendre hommage à tous ces jeunes gens, souvent à la fleur de l’âge, fauchés, soit par un engin explosif improvisé sur un tronçon Hombori-Gossi ; sur telle route ou telle route également, se portant au secours d’un village en difficulté.
Malheureusement, cela reste encore ambiant. Pour le reste, cher ami, il n’y a plus de belligérance au Mali. Ce n’est pas un échec, il n’y a plus de belligérance. Il y a encore des groupes terroristes par petites grappes, quatre à six personnes qui font des coups, mais je ne voudrais pas sembler botter en touche. Quelle est la partie du monde aujourd’hui en parfaite sécurité, il n’y en a pas ?
Au plan institutionnel, nous avons créé deux nouvelles régions. Nous avons laborieusement, c’est vrai, mis en place des autorités dites intérimaires, celles qui vont émailler les zones dont sont partis en exil certains des nôtres, poussés par les violences relatives aux conflits.
Nous avons également, avec beaucoup de difficultés, eu à opérationnaliser une première patrouille mixte à Gao. Le MOC (Mécanisme opérationnel de coordination) est en chemin pour enfin Kidal, une projection est faite, ainsi qu’un chronogramme dans la zone vers le 20 juillet. Vous savez, ces choses-là ne sont pas très-très faciles quand il y a eu ces genres de difficultés, d’incompréhensions, je dirai plutôt, entre les fils d’un pays, les retrouvailles ne sont pas très-très faciles. Nous nous y employons parce qu’il n’y a aucune raison qu’un peuple qui a été soudé en son sein au long des siècles, qui a des habitudes de partage, de mixage soit divisé au plan de l’essentiel, parce qu’il y a des disparités de développement, non pas programmées, non pas voulues comme certains l’ont voulu faire croire, mais en raison des problèmes de développement liés à des aspects non seulement climatiques, mais également aussi quelquefois de gestion d’État, il faut le dire.
Quand nous arrivions, mon cher ami, l’État malien était bien mal en point, bien mal en point. Il a fallu reprendre, remettre les choses à l’endroit. Nous nous y essayons aujourd’hui, nous avons enfin une armée qui commence à ressembler à une armée. Je rends hommage à tous ceux qui nous ont aidés : l’Union européenne et la France, l’EUTM, qui est en charge de la formation de nos bataillons à Koulikoro, fait du bon travail.
Au plan de la sécurité également, parce que nous avons une réforme de la politique de sécurité. Là aussi, l’EUCAP fait un travail qui est réel.
Nous avons désormais aussi bien à Kidal qu’à Taoudénit, région nouvelle, quand vous regardez la carte du Mali, vous l’avez vu en hauteur presque à la lisière à la frontière avec l’Algérie, deux zones séparés par une bande 1 060 Km de frontière, vous avez Taoudéni. C’est la ville la plus éloignée du Mali. Entre cette ville et Tombouctou, il n’y avait qu’un vide. Tout le monde le sait on n’a pas besoin d’avoir lu (…) pour savoir qu’en matière de développement en général, c’était là quand même quelque chose de préoccupant. Désormais, Taoudéni est une région et nous ferons en sorte qu’il y ait entre Taoudéni et Tombouctou quand même quelques bourgades.
Nous avons créé également la région de Ménaka, vers l’est. Parce que nous avons fait le constat que, de cette zone, partaient souvent des opérations déstabilisantes de la république sœur du Niger. D’où, ce fuseau dont le président Macron a parlé, le fuseau de l’Est qui qui va concerner le Mali et le Niger. Ce sont des zones d’opération militaires, des bandes de 50 km de part et d’autre des frontières.
Au plan interne, nous avons tâché de mettre en œuvre les aspects institutionnels indiqués par l’Accord. Nous sommes en train aujourd’hui, vous m’en donnez l’occasion d’essayer de faire en sorte que l’opération de réforme de la Constitution, aboutisse.
Pas pour faire en sorte que le Président KEÏTA qui n’a pas besoin de l’épaisseur d’un milligramme de pouvoir supplémentaire, je n’en ai pas besoin, il n’est pas non plus en peine de mandat, son premier mandat n’est pas encore achevé, pour qu’il soit à la recherche d’un troisième ou d’un quatrième mandat. Ce n’est pas la question également, il n’a pas non plus l’ambition de faire en sorte que par un biais quelconque, il puisse installer au Mali un pouvoir dynastique. Non ! Non ! De culture, de formation, d’éducation, ce n’est pas le genre de ma personne que nous sommes.
On sait très bien que, par contre le Président KEÏTA a dit, urbi et orbi, qu’il ferait tout, pour l’honneur du Mali, de faire en sorte, d’appliquer ce que le Mali a signé, de respecter l’engagement du Mali.
L’Accord pour la paix et la réconciliation signé en Alger, nous l’avons signé en toute liberté.
Et j’ai le bonheur de vous faire constater que le peuple malien massivement, pour une période, en entier, a approuvé cet Accord-là.
J’ai encore mis au défi quiconque de lever son doigt et de dire que ‘’je suis contre cet Accord de paix’’ au Mali. Personne ! Y compris les gens de l’opposition. Mais, on va essayer par des malices, par de biais divers de mettre en cause cet Accord-là. Et l’une de ces malices consiste à soulever, à faire un tollé contre le référendum, le projet de loi référendaire au motif qu’il serait un projet d’augmentation exponentielle des pouvoirs du Président KEÏTA. Il n’en est rien du tout ! Il n’a aucune espèce d’intérêt personnel à cette affaire. L’intérêt qu’il y a, c’est que l’engagement du Mali soit tenu et que l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali soit effectif dans tous ses effets. Et cela sera ainsi, Inch Allah ! Parce que, pas par acte dictatorial, encore une fois, parce que l’Assemblée nationale du Mali, qui est quand même à respecter, et qui est l’émanation du peuple malien, a voté cette loi référendaire.
Elle a voté par 111 voix pour et 35 contre. Elle elle a approuvé le projet de loi référendaire. Et simplement, le vote de l’Assemblée ne suffit pas. Il conduit simplement au référendum, héritage de la 5e République française. Et, c’est à ce niveau-là que nos amis sont sortis du bois pour dire non, nous ne sommes pas d’accord. Alors qu’ils ont été d’accord avec nous, puisqu’ils ont amendé tout au long et à loisir le texte soumis. Ils ont participé à un séminaire tenu dans le cadre de cette révision-là.
Mais, in fine, non ! Non seulement, ils ne sont pas d’accord, ‘’mais le Président KEÏTA serait mieux inspiré de retirer ce document-là du circuit’’. Si je le fais, je trahirai mon pays et la signature de mon pays ! Je ne le ferai pas ! Cela dit, la Cour constitutionnelle dont l’autorité est sans conteste, va opiner. Elle dira le droit. Je sais, on joue sur un aspect, l’article 118 de la Constitution dit, ‘’pas de révision Constitutionnelle quand une partie du pays, ou la totalité du pays est occupée par une puissance étrangère’’. Quelle est la puissance étrangère qui occupe le Mali ? Il n’y en a pas !
Aujourd’hui, avec la mise en place des autorités intérimaires, le Mali est partout. Et progressivement, l’administration se mettra en place. Les services sociaux de base, les services économiques seront également mis en place. Donc, le Mali avance. Qu’on le reconnaisse ou pas, c’est ça la réalité du Mali d’aujourd’hui.
Ce débat-là, est pour moi superfétatoire. La démocratie n’est pas en cause. Elle a été respectée, totalement respectée. On n’a aucun complexe par rapport à ça. Ce dont il s’agit, ce n’est pas cela. C’est simplement que l’on veut pousser le Président KEÏTA à la faute en essayant de l’effrayer. Je ne suis pas du genre qu’on effraie.
Ainsi, aller tranquillement, allègrement jusqu’au bout qu’il n’y a pas d’élection et qu’on nous dise en 2018, mais on ne peut pas faire d’élections au Mali. Une élection présidentielle est impossible dans le contexte d’occupation du pays. Je crois qu’il n’y a pas. Et allons dans une Transition. Laquelle transition permettra à ceux qui ont perdu les suffrages de se faire une place au soleil. Non ! Le peuple malien a évolué ; a grandi. Il sait, il est conscient. Il sait l’enjeu. C’est de cela qu’il s’agit. Et cela ne sera pas. Notre peuple est vigilant. Il sait d’où il vient, il est issu d’une très grande civilisation, d’un vieil humanisme dont on est fier sur les bords du fleuve Niger qui nous a rendus tout au long chaque fois contemporains de nos contemporains. Voilà, chers amis, ce que je voulais dire sur ce sujet.
Merci bien.

Président MACRON
Sur ce sujet, le Président KEITA vient d’apporter une réponse très détaillée. Trois remarques :
La première, moi, j’ai beaucoup d’humilité, de respect par rapport à la situation que vit le Mali et toute la région pour aussi ne pas voir qu’indépendamment d’un accord qui donne un cadre politique. Pour la situation, il y avait un sujet ; il y a toujours un sujet sécuritaire qui, évidemment parfois, entrave la bonne mise en œuvre, vient déstabiliser et qui concerne toute la région. C’est pour ça qu’il y a tout le débat que nous avons comme tout à l’heure l’implication forte de la France, au-delà d’elle, de l’Europe et de la Communauté internationale pour sécuriser justement le Mali, la région et lutter contre le terrorisme. C’est un fait, et il a des conséquences politiques également, indéniablement.
Donc, nous ne pouvons pas faire comme si cela n’existait pas. Même si la souveraineté du Mali est pleine et entière.
Ma deuxième remarque, pour justement dire qu’il ne m’appartient pas quelques commentaires complémentaires ce soir sur un sujet qui relève de la souveraineté nationale du Mali. Parce que je respecte la souveraineté nationale ; et c’est un devoir pour moi, la construction de la paix partout dans le monde.
La troisième remarque, c’est qu’il y a en effet des accords qui ont été signés à Alger. Je pense que les prochaines semaines seront critiques pour son bon respect. Nous l’avons évoqué avec le Président KEITA. Je suis heureux de la détermination qu’il vient de manifester. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire, dans les prochaines semaines, le Président KEITA vous a clairement dit qu’il va prendre des mesures de sanctions contre tous ceux qui s’opposent et empêchent la mise en œuvre des accords d’Alger.
Ça veut dire que le Président KEITA l’a rappelé qu’il va mettre en place, de manière concrète, les patrouilles mixtes en particulier à Kidal et la mise en place du fonctionnement des autorités intérimaires au Nord comme, c’est prévu par l’accord d’Alger.
Ça veut dire que le Président KEITA, comme vous l’avez compris, ne se laissera pas arrêter pour mettre en œuvre la réforme constitutionnelle qui est attendue, dont le pilier est en particulier la régionalisation, qui est indispensable dans le pays. Tout cela relève de la souveraineté du Mali et du peuple malien. Et j’ai entendu comme vous, un Président déterminé à appliquer les Accords d’Alger qui prévoient tout ce que je viens de vous dire. Dans les prochaines semaines, puisque je crois que pour un bon nombre de ce que j’ai évoqué, c’est un souhait ce que cela se fera.
Nous continuerons par ailleurs, sur le plan international et régional, à mettre en œuvre ce qui est prévu, en observateur indépendant pour une plus grande coordination des forces régionales et internationales. Mais, sur tous ces sujets, je pense que les prochaines semaines seront déterminantes.
Pour moi, le mois de juillet et le mois d’août seront décisifs dans la belle mise en œuvre des Accords d’Alger. En cela, je compte pleinement sur le Président KEITA, sa détermination. Il peut compter sur notre soutien.

Source : aBamako

aBamako

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