Vente d’équipement militaire de la France au Mali : Comment Soumeylou Boubèye Maïga a été interpellé à Paris en octobre 2014

Décidément, la rocambolesque affaire d’achat des équipements militaires n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Le journal français le Point.fr dans sa parution du mardi 18 juillet 2017 a révélé d’autres détails liés à cette affaire et qui incrimine l’actuel un homme très proches du dossier. Lisez l’article.

Au volant de sa petite Clio rouge, Roger L., 68 ans, s'enfonce paisiblement dans la rue Scribe, dans le 9e arrondissement de Paris. Il s'arrête à quelques mètres de l’Intercontinental, un des plus beaux hôtels de la capitale. Le vieil homme n'a pas le temps de sortir de sa voiture que plusieurs policiers en civil, le bras serti d'un brassard jaune, l'interpellent. Et trouvent dans son véhicule un petit sac Giovanetti Jewellery, à l'intérieur duquel sont dissimulées des liasses de billets, pour une valeur totale de 10 000 euros.
Quelques heures plus tard, les enquêteurs frappent à la porte de la Chambre de l'hôtel, en vue d'interroger le destinataire de ce joli cadeau. Personne ne répond. Ils décident de pénétrer dans les lieux et découvrent, [l’occupant de la chambre, un ancien ministre], allongé sur son lit, occupé à regarder la télévision. Il n'est donc plus protégé par une quelconque immunité. Reste que le dossier est sensible, la France étant en guerre contre les jihadistes du nord du pays, elle ne peut se permettre un incident diplomatique avec le Mali…
Un brouilleur d'ondes dans son propre bureau.
Ce 2 octobre 2014, ils sont une demi-douzaine à avoir été placés en garde à vue (…) En un après-midi, les policiers enchaînent les perquisitions. Des centaines de factures et de documents comptables sont saisis, les fadettes [liste d’appels téléphoniques] épluchées, les ordinateurs emportés. Cela fait des semaines que les enquêteurs ont mis sur écoutes et pris en filature plusieurs de ces protagonistes, bien que ces derniers se soient montrés méfiants.
Ces derniers mois, Robert Franchitti avait ainsi fait acheter des cartes à puce à ses employés et avait installé un brouilleur d'ondes dans son propre bureau. Au téléphone, il parle « codé » et prend soin de ne pas en dire trop. Interrogé en garde à vue, tout juste Franchetti confie-t-il faire quelques « cadeaux ». « Il m'arrive de dépanner des gens [ayant besoin de liquide].
Le patron de MagForce reconnaît disposer d'une « caisse noire » qu'il alimente de temps en temps en billets. « Par ailleurs, précise-t-il, il faut que vous compreniez que de nombreux clients ramènent de l'argent liquide de leurs pays et me le laissent en dépôt afin de s'en servir ultérieurement ou avec des instructions pour que je l'emploie comme ils le souhaitent. »
Les ministres africains ne parvenant pas, depuis l'affaire des biens mal acquis, à ouvrir des comptes en banque en France, ils ont besoin d'intermédiaires pour conserver leur fortune. Déjà fournisseur de l'armée malienne sous Amadou Toumani Touré (aujourd'hui en exil), Franchitti avait repris son business après le coup d'État d'Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). « En fait, l'État malien me devait quatre millions d'euros non réglés pour des parkas, des couvertures et des sacs à dos pour 10 000 hommes.
J’ai vendu des chaussettes à 4 euros qu’ils refacturaient plus de 40 euros à l’État.
Et Franchitti d'aussitôt préciser : « Pour acquérir mon matériel, je devais passer par la société Guo-star, société malienne pilotée par le conseiller spécial du président IBK, comme je l'ai découvert lorsqu'un scandale de détournement de fonds publics a éclaté. Je vendais donc à Guo-star, qui détenait le marché auprès de l'État malien, et qui refacturait une fortune. Par exemple, j'ai vendu des chaussettes à quatre euros qu'ils refacturaient plus de 40 euros à l'État. »
Entendu sur cette question, l’ancien ministre affirme que cette affaire de vente d’équipement s’est passsée entre MagForce et Guo-Star et, de ce fait, ne se sent nullement concerné.]
L’article du Point.fr rapporte que, aux juges d’instruction qui demandaient à Franchitti s’il ne s’est pas ainsi rendu coupable de faits de corruption d'agents publics étrangers. L’homme d’affaire le reconnait, avant de poursuivre : « Nous avons payé à nos agents commerciaux locaux 1,6 ou 2 millions d'euros environ par an au titre de contrats d'apporteurs d'affaires déclarés officiellement. Ce qu'ils font de cet argent, je ne veux pas rentrer dans ce trip. Je reconnais que je rends des services aux décideurs africains, je leur fais des cadeaux, je leur achète des montres ou des vêtements que je fais passer en frais dans la société. »
Source : Lepoint.fr

Source : aBamako

aBamako

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