Décalage du retour de l’administration à Kidal : La CMA et la Plateforme mises en cause

Attendu le 20 juillet dernier, le retour de l’Administration à Kidal s’est, une fois de plus, heurté aux patatras des affrontements opposant la CMA à la Plateforme à Anéfis. Le Ministre de la Défense et des Anciens combattants, non moins Coordonnateur du Secteur Souveraineté au sein du Gouvernement, pointe la responsabilité des groupes armés et prend la Communauté internationale à témoin, tout en affirmant l’engagement et la disponibilité du Mali à aller à la paix. Les explications du Ministre Tiéna Coulibaly.

«Le Gouvernement d’Abdoulaye Idrissa Maïga est mis en place le 11 avril 2017, le premier Conseil des Ministres est intervenu le dimanche 16 avril 2017. Ce jour-là, le Président de la République a dit au Premier Ministre et aux Ministres qu’il souhaite qu’un coup d’accélérateur soit donné à la mise en œuvre de l’Accord de paix.

Le semblant de bonne foi de la CMA et de la Plateforme

Le Président a dit qu’il est prêt à toutes les concessions raisonnables pour la mise en œuvre rapide de l’Accord, qu’il est prêt à mettre tous les moyens qu’il faut. Donc, c’est sur cette base que le Premier Ministre a, à son tour, donné à tous les Ministres les instructions expresses. Nos frères armés ont répondu à la dynamique, puisque à la réunion du Comité de Suivi de l’Accord (CSA), en date du 2 mai 2017, juste avant la réunion, une Délégation de nos frères de la CMA et de la Plateforme réunies est venue rencontrer une Délégation du Gouvernement pour dire que les mouvements ont décidé de ne plus faire entrave à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix, qu’ils souhaitent qu’à chaque rencontre du CSA les parties maliennes aillent en rang unique vers nos partenaires.

Nous sommes allés rendre compte de cela à la réunion du CSA, et le CSA du 2 mai est heureux de cela et a accepté notre proposition de nous retrouver, nous, parties maliennes, immédiatement pour aller nous convenir d’un chronogramme de mise en œuvre de l’Accord pour la paix.

Quand on parle de chronogramme, évidemment la partie la plus difficile est le retour de l’Administration. Les autres aspects du chronogramme sont l’aspect du développement socio-économique. Vous savez que notre pays a bénéficié le 15 mai 2013 d’abord, puis le 22 octobre 2015 de réunions de la Communauté internationale, respectivement à Bruxelles et à Paris, pour financer les actions du développement du Nord. Le Gouvernement a pris lui-même plusieurs décisions sur la mise en œuvre des procédures spécifiques pour le développement du Nord. Beaucoup de ressources sont prévues par le Gouvernement et les partenaires du Mali pour le développement du Nord. Tous ces aspects sont pris en compte dans le chronogramme.

Les signes du retour de l’Administration à Kidal

Mais quand on parle de la mise en œuvre de l’Accord, c’est le retour de l’Administration à Kidal, et le retour de l’Administration à Kidal signifie que le Gouverneur est dans son Bureau et qu’il peut se mouvoir entre sa résidence et son Bureau normalement; que le Président du Comité intérimaire a pris fonctions, a passé le service avec le Président du Conseil régional sortant, et lui aussi peut se mouvoir à l’intérieur de la ville normalement ; que tous les citoyens peuvent entrer Kidal et y sortir, quelle que soit la direction.

En quoi consiste le MOC ?

Pour que tout cela ait lieu, il y a des étapes. Pour franchir ces étapes, nous nous sommes retrouvés entre parties maliennes juste après le CSA, pour discuter quelques jours dans le Bureau du Haut Représentant pour arrêter un chronogramme qui prévoit, donc, la mise en place du MOC à Kidal le 20 juin 2017. Comme son nom l’indique, le MOC est un groupe de 600 soldats dont 200 soldats de l’armée malienne et 200 soldats pour la CMA et 200 pour la Plateforme. Ensemble réunis à Kidal pour faire des patrouilles mixtes dans la ville de Kidal et autour de la ville. Tout commence par le MOC, c’est lui qui assure la sécurité de l’arrivée du Gouverneur, la passation de service entre le Gouverneur et le Président du Conseil régional sortant, qui assure la police dans la ville de Kidal et ses alentours et dans la Région.

Pourquoi le choix du 20 juin dernier ?

Nous avons discuté et nous nous sommes entendus sur un chronogramme de l’installation du MOC à Kidal le 20 juin 2017. Le 20 juin est une date repère, c’est le deuxième anniversaire de la signature de l’Accord pour la paix. Quelques jours après, le lundi 10 juin 2017, la CMA a fait un communiqué pour rejeter ce chronogramme qui avait été pourtant signé par son Représentant, celui-là même qui a signé l’Accord au nom de la CMA. Nous avons été surpris par cela, mais, fort heureusement, 48 heures après, le mercredi 12 juin, la même CMA a fait un autre communiqué pour dire que son communiqué de l’avant-veille trouve le calendrier trop serré, sinon la CMA est résolument engagée dans une dynamique de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix, accepte que le MOC se déploie à Kidal et que l’Administration retourne à Kidal.

Nous avons repris langue, le PM avait, dans tous les cas, en objectif, de convoquer une réunion d’évaluation de l’Accord par les parties maliennes. Cette réunion a lieu le 23 juin 2017. Le même 23 juin, le Gouvernement, la CMA et la Plateforme sont convenus que la mise en œuvre traine trop, qu’il y a beaucoup de retard et qu’il n’y a rien à faire que de faire la paix. Chacune des trois parties a réaffirmé, le même jour-là, sa détermination à la mise en œuvre de l’Accord.

Les difficultés freinant la mise en œuvre de l’Accord

Le PM a, le 23 juin, fait le constat que les difficultés que nous rencontrons dans la mise en œuvre de l’Accord sont en partie dues au fait que chacune de la CMA et de la Plateforme est constituée des sous-entités et chacune de ces sous-entités est plus ou moins liée à une communauté. Ce qui fait que c’est difficile de prendre en charge les préoccupations de chacune des entités des groupes armés. Ce qui signifie qu’en dehors des unités militaires que constituent la CMA et la Plateforme, il n’est pas facile d’arriver à une entente totale tant que les préoccupations de ces communautés qui forment chacun de ces groupes ne sont pas prises en charge.

Le PM a, donc, nommé une commission de bons offices, Présidée par l’imam Mahmoud Dicko, pour aider à prendre les préoccupations des communautés. Puisque toutes les parties étaient d’accord le 23 juin à faire la paix, nous avons repris avec les discussions, qui ont lieu à plusieurs niveaux, au niveau du Gouvernement, au sein de la CMA et au sein de la Plateforme, entre le Gouvernement et la CMA, entre le Gouvernement et la Plateforme, le PM même est souvent venu à la manœuvre pour nous aider à passer les points de blocage.

Après l’échec du 20 juin

Le nouvel objectif qu’il nous a fixé, puisque nous avons raté le 20 juin, est de faire les choses pour le 20 juillet 2017. Tout le monde était d’accord sur le principe de s’engager à trouver une attente pour le 20 juillet. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, les dates phares sont le mercredi 5 juillet où nous nous (Représentant du Gouvernement, quelques Ministres, les dirigeants de la CMA, de la Plateforme, les dirigeants politiques et militaires) sommes entendus sur un nouveau chronogramme.

Nous avons discuté entre civils, puis les militaires entre eux parce que le MOC veut dire que les militaires se retrouvent ; car, il y a à les protéger de là où ils quittent pour Kidal, de leur arrivée à Kidal, jusqu’à ce qu’entre eux la confiance revienne.

Les militaires CMA et Plateforme nous ont dit oui, mais que le chronogramme soit formellement approuvé par leurs supérieurs au plan politique. Donc, nous avons demandé l’assistance de la MINUSMA, qui nous aide beaucoup sur le plan logistique, pour faire venir les chefs politiques, les réunir autour de l’Imam Mahmoud Dicko, le lundi 10 juillet, autour du chronogramme, parce que cela va être seulement une formalité. Si le chronogramme est approuvé, mardi 11 juillet, nous partiront tous à Kidal pour annoncer à la population que la paix est définitivement revenue. Le mercredi 12 juillet, nous allons nous retrouver ici à Bamako pour signer le chronogramme du retour de l’Administration à Kidal pour le 20 juillet.

L’Etat malien prêt sur tous les plans pour Kidal

Pour le 20 juillet, l’Etat du Mali est prêt, le Gouvernement est prêt. Est prêt signifie que nous avons nos 200 militaires ; que l’Etat malien a indiqué le local qui doit abriter le MOC ; que la MINUSMA nous a assisté à aménager le bâtiment ; que le Ministère de la Défense du Mali a identifié les véhicules qui vont aller au MOC et les armes lourdes qui vont être mises à la disposition du MOC ; que le Ministère de la Défense du Mali a, dans les magasins de l’armée malienne à Gao, tout ce qu’il faut comme matériels techniques pour les 600 Hommes du MOC, ce qu’on appelle en terme militaire HCCA ( Habillement, Couchage, Campement et Ameublement). C’est l’Etat malien qui paie pour les 600 militaires.

Nous attendions que la MINUSMA aille chercher les gens et que tout le monde vienne ici. Jeudi le 6 juillet, patatras ! A 5 heures du matin, affrontement entre la CMA et la Plateforme. Cela a compromis la réunion du 10 juillet. Les affrontements ont recommencé le 11 juillet, mais le PM et l’Imam Mahmoud Dicko sont restés à la manœuvre et les rencontres ont repris. Il n’est pas question que le Gouvernement abandonne. Le Gouvernement est resté disponible, le PM a reçu séparément les gens de la CMA, puis ceux de la Plateforme. Nous avons repris les discussions séparément d’abord, puis ensemble.

Séparément d’abord pour dire qu’on ait un chronogramme pour le 20 juillet. La partie gouvernement a préparé un projet, qu’on leur a donné. Dans les discussions, nos frères des groupes armés nous ont demandé : Gouvernement, pensez-vous raisonnable que nous nous entendions sur l’installation du MOC à Kidal le 20 juillet pendant que CMA et Plateforme se tirent dessus ? Tant que la confiance n’est pas revenue entre nous, pensez-vous vraiment que cela est raisonnable ? Si vous pensez qu’il faut un cessez-le-feu, nous nous sommes d’accord.

Donc, nous avons décidé de mettre de côté le projet de chronogramme qu’on voulait discuter avec eux (groupes armés), pour discuter d’un projet d’accord de cessez-le-feu. Nous sommes restés plusieurs jours sur les discussions et, avant-hier, mardi (18 juillet), à 23 heures 30, nous étions d’accord sur un texte pour le cessez-le-feu.

Sur quoi nous sommes convenus ?

Le mercredi (19 juillet), à 15 heures, après le Conseil des Ministres, on s’est retrouvé avec la presse nationale et internationale pour assister à la signature de cessez-le-feu, puis, immédiatement, on enchainait sur les discussions du chronogramme, puisque notre objectif du 20 juillet demeure. Donc, hier (mercredi 19 juillet), à 14 heures, pendant que nous étions en Conseil des Ministres, un des groupes appelle pour dire que, eux, finalement après avoir bien réfléchi, ne sont plus tout à fait d’accord avec cette rédaction, qu’ils veulent juste une légère modification. Les Directeur du Cabinet a enregistré leurs observations, nous sommes arrivés, les discussions ont continué, les Ambassadeurs, la presse et tout le monde ont assisté. De 15 heures jusqu’à 17h 30 ou 45, nous pensions qu’à chaque 10 minutes nous allons arriver à un compromis. Finalement, on n’est pas arrivé à un accord.

La CMA et la Plateforme responsables du blocage

Nous avons libéré nos frères, en leur demandant, puisqu’ils ont pris la lourde responsabilité de ne pas céder. Nous considérons que ce sont les deux groupes armés qui sont en faute pour le flop d’hier (mercredi 19 juillet). Mais vers la fin de la journée, ils nous ont tous dit, la main sur le cœur que leur engagement reste entier, qu’ils sont partants pour la paix et qu’ils vont revenir vers nous.

Mais le Gouvernement tenait à le dire à la presse qu’elle la dise au Peuple du Mali et au monde que le Gouvernement reste engagé et disponible pour la paix, que le Gouvernement y a mis tous les moyens qui sont à sa disposition pour la paix et que le Gouvernement continue à être disponible à discuter avec les groupes armés. Eux-aussi (groupes armés) disent la même la chose. Cela veut dire que très prochainement, nous allons vous appeler pour la signature d’un cessez-le-feu ».

Propos transcris par Cyril ADOHOUN

Source : aBamako

aBamako

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