Approvisionnement en intrants agricoles : la vache à lait

La gestion des intrants agricoles et spécifiquement de celle de l’engrais subventionné a faitet continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive aussi bien dans le milieu agricole que dans le microcosme des opérateurs économiques qui opèrent dans le secteur
Engrais frelatés ; mauvaise gestion de l’engrais ; mafia des fournisseurs d’engrais ; commerce frauduleux de l’engrais subventionné ; gestion désordonnée et frauduleuse faite des cautions ; explorations des engrais subventionnés… Les griefs ne manquent pas au sujet de l’approvisionnement de notre pays en intrants agricoles. Ces griefs plus ou moins bien fondés, continuent d’agiter le monde agricole et le microcosme des opérateurs économiques qui opèrent dans le secteur. Tout le monde le sait : la bonne pluviométrie, la qualité des semences et la fertilité des sols ne sont plus les seuls facteurs d’une bonne production agricole. Il faut, en plus, des intrants pour maximiser les rendements agricoles. C’est dans cette optique que les producteurs agricoles font beaucoup recours à l’engrais minéral, le NPK, l’urée, le phosphate, le complexe coton, le complexe céréale ainsi que les engrais naturels comme la fumure organique.
Il faut dire que l’utilisation de ces fertilisants s’est installée dans la pratique agricole à tel point qu’on ne peut plus s’en passer, vu que la pluviométrie n’est plus aussi abondante que par le passé et que les sols sont également de moins en moins fertiles. Dans notre pays, l’intensification de l’utilisation rationnelle des engrais chimiques est donc devenu fondamentale et figure en bonne place dans la politique de développement agricole du Mali.
Ainsi, chaque année, l’Etat mobilise plus de 30 milliards de Fcfa pour assurer l’approvisionnement correct du pays en intrants et permettre aux agriculteurs d’accéder à l’engrais à des prix accessibles à travers la subvention et d’accroître ainsi la productivité agricole. Cependant la gestion de ces intrants subventionnés relève d’un parcours du combattant et constitue un casse-tête pour les ministres en charge de l’Agriculture.
gestion rationnelle. En effet, le feuilleton des engrais frelatés qui a défrayé la chronique des médias en 2014, a permis à plus d’un, de prendre conscience de l’importance de cette question dans le pays. Et depuis, les instructions fermes données par le président de la République ont amené le département de l’Agriculture à mettre la question de l’assainissement de ce secteur au cœur de sa stratégie.
Ainsi, les différents ministres qui se sont succédé depuis ont essayé tant bien que mal de développer des initiatives visant à promouvoir un véritable assainissement et une rationalisation de la gestion des intrants. Cependant les résultats de ces initiatives reste mitigés à cause en grande partie de l’instabilité institutionnelle qui caractérise la vie des départements ministériels.
Ainsi, les initiatives développées par un ministre sont aussitôt mises en cause ou balayées d’un revers de la main par son successeur d’où la nécessité aujourd’hui de recadrer le système d’approvisionnement et de gestion des engrais et cela de façon durable. D’abord l’approvisionnement du pays en intrants de bonne qualité. Il faut noter que le commerce des intrants dans notre pays relève plus d’un business périodique que d’un véritable négoce organisé.
A l’approche de chaque hivernage, beaucoup de commerçants qui évoluent dans d’autres secteurs se transforment aussitôt en négociants d’engrais. Selon le dernier recensement, ils seraient près d’une centaine à se bousculer dans le secteur. Cependant, seul une vingtaine sont véritablement des importateurs agréés. Le gros du lot est constitué d’importateurs occasionnels.
Il faut retenir que les prix fournisseurs d’engrais sont régis en fonction du cours mondial des engrais qui lui aussi évolue en fonction du cours mondial du pétrole. Selon Dramane Bouaré économiste, spécialiste du secteur, l’assainissement du secteur de l’engrais passe fondamentalement par la mise en place d’un mécanisme de fixation des prix fournisseurs comme c’est actuellement le cas des produits pétroliers. « Il y a trois ans, ce business très lucratif échappait à tout contrôle aussi bien au niveau des prix qu’au niveau de la qualité des engrais déversés dans notre pays. Cependant depuis 2016, les départements de l’Agriculture et des Finances ont revitalisé ce mécanisme de fixation des prix fournisseurs des intrants.
Ainsi, le complexe coton est passé de 350.000 à 317.000 Fcfa la tonne en 2014 et 2015 à 300.000 Fcfa en 2016. Le complexe céréale a baissé de 305.000 Fcfa la tonne à 295.000 Fcfa. Et l’Urée est passé de 310.000 à 255.000 Fcfa la tonne. Cela avait permis à l’Etat d’économiser l’année dernière plus de 16 milliards de Fcfa. Heureusement cette année encore, le même mécanisme a été relancé depuis mars dernier », développe le spécialiste.
L’économiste rappellera qu’en plus de ce mécanisme, le département de l’Agriculture avait pris l’année dernière, la courageuse décision de limiter le nombre de fournisseurs d’engrais pour la subvention à 12 opérateurs contre 97 auparavant. « Il faut dire que cette décision majeure avait permis de rationnaliser la gestion des intrants aussi bien au niveau de l’approvisionnement qu’au niveau des prix. 97 fournisseurs pour un seul pays, c’est incompréhensible. Dans la sous-région, le nombre de fournisseur évolue de 2 à 4 selon les pays. Par exemple, au Burkina Faso et au Sénégal, ils sont respectivement 3 à 4 fournisseurs et en Côte d’Ivoire, ils sont 5 fournisseurs. En zone CMDT, l’approvisionnement en engrais relève d’une autre réalité », analyse notre interlocuteur, ajoutant qu’il est aujourd’hui impératif de procéder à une sélection efficiente des fournisseurs sur la base de critères très clairs.
La qualité des engrais. « Mieux, il faudrait encourager l’installation des usines de production d’engrais dans notre pays à l’instar de Toguna. Cela peut permettre à notre pays de développer les formules d’engrais en fonction des caractéristiques pédologiques et morphologiques des différentes terres agricoles ainsi qu’aux différentes spéculations cultivées. Dans les grands pays agricoles, ce sont les usines qui développent les engrais en fonction des terres et de leurs vocations », ajoute l’économiste.
L’autre problème lié à la gestion des engrais est sans doute leur qualité. En effet, l’affaire d’engrais frelatés a mis à nu les insuffisances de qualité qui caractérisent nos intrants. Selon les spécialistes, la plupart des engrais importés au Mali se caractérisent par leur faible teneur en fertilisant.
Ainsi, en 2016, le département avait instruit une analyse systématique des intrants dès leur entrée sur le territoire national. Ce procédé a eu le mérité de déceler d’importantes quantités d’engrais dont la teneur en fertilisant étaient assez faible. Conscient de cet obstacle qui peut compromettre toute une campagne agricole, le département a lancé en 2016 le processus d’acquisition d’un laboratoire d’analyse des engrais. Ce laboratoire devrait renforcer le laboratoire Sol-Eau-Plante de Sotuba.
Au département de l’Agriculture, l’on assure que l’acquisition de ce laboratoire est beaucoup attendu puisqu’elle permet de favoriser l’analyse systématique de tous engrais qui rentrent dans notre pays et de garantir la fiabilité des analyses. « Cela a l’avantage d’éviter à notre pays de débourser chaque année des millions de Fcfa à des laboratoires étrangers retenus pour analyser la qualité des engrais », indique un cadre de la recherche agricole.
Il faut dire que la seule gestion de la qualité est loin de résoudre le problème. En effet, la grande difficulté qui empêche l’assainissement du secteur des engrais subventionnés est sans doute la mauvaise gestion des cautions techniques délivrées par la direction nationale de l’agriculture (DNA). Ces cautions techniques permettent aux opérateurs de fournir les différentes zones de productions en engrais subventionnés.
Malheureusement, la gestion désordonnée et frauduleuse faite des cautions par certains fournisseurs en connivence avec les agents du secteur est assez préjudiciable à l’approvisionnement correct des paysans.
« Il fut un temps où les cautions étaient vendues dans la cour de la DNA comme des tas d’arachide. Or, les cautions sont comme des chèques. Celui qui se permet de les vendre s’expose à des sanctions pénales. Quand vous donnez une caution à quelqu’un, il a accès au Trésor et peut aller puiser dans les fonds de l’Etat », témoigne
Souleymane Touré, un agronome. Selon lui, il est plus que jamais impérieux de changer la typologie des cautions ainsi que leur mode de délivrance.
Selon lui, les cautions sont comme des chèques qu’il vaut mieux élaborer avec des numéros d’identification. « Mieux, il faut même les personnaliser en précisant les types d’engrais et même les régions. Et des commissions locales de réception doivent être revitalisées pour vérifier l’effectivité des dépôts réels d’engrais pour les fournisseurs.
Mais tant que l’encadrement technique est de connivence avec les fournisseurs toutes ces solutions sont vouées à l’échec », lance l’agronome.
Pour l’économiste, Dramane Bouaré, il faut véritablement recadrer le système d’approvisionnement et de gestion des engrais au Mali. Pour ce faire, il est aujourd’hui impératif de mettre en place sur le plan institutionnel, une structure en charge de gérer la gestion du système d’approvisionnement et de gestion des intrants dans notre pays. « Cette structure aura toute la latitude de contrôler et de suivre la fourniture de notre pays en intrants. Elle élaborera ainsi un manuel de procédures adapté à l’évolution de l’environnement économique et agricole », préconise le spécialiste.
Doussou DJIRE

Source : aBamako

aBamako

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