Jusqu’au boutisme : Opposition où est ta victoire ?

Battue à plate couture sur tous ses terrains argumentaires, l’opposition républicaine et démocratique s’accroche, avec l’énergie du naufragé à des concepts comme la démocratie, la République, la liberté, galvaudée par ses propres agissements. Elle se perd dans son jusqu’au-boutisme.

Sale temps pour l’opposition ? En tout cas, elle ne semble pas au mieux de sa forme après les cuisants revers qui s’enchaînent depuis l’éclatement de l’affaire de la révision constitutionnelle qui était une occasion rêvée pour elle pour régler ses comptes avec le pouvoir en place et se faire une place au soleil.
Dans sa conspiration, l’opposition croyait détenir l’arme fatale dans un pays à très forte majorité musulmane : la loi proposée par le président IBK comporte les germes de l’homosexualité. Cela parce que le Mali adhère à Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples du 27 juin 1981. Une Charte qui, selon les détracteurs de la loi référendaire, demande la protection des minorités, y compris les homosexuels.
Mal leur en prit. Ce fut l’accusation de trop. Dans l’une de ses envolées, le président des Associations pour le Mali (APM), Mohamed Ali Bathily, a mis les pieds dans le plat. De l’indépendance à 2012, le Code pénal malien punissait de travaux forcés à perpétuité les attentats à la pudeur. C’est profitant de la révision du Code de la personne et de la famille que la peine a été levée. Le président IBK était-il au pouvoir ? Non. Ceux qui ont orchestré un tel sacrilège y avaient-ils intérêt ?
Il est permis de répondre par l’affirmative. Ainsi les vrais promoteurs de l’homosexualité, ne sont pas ceux qui cherchent à faire des réformes politiques et institutionnelles pour favoriser la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation, mais plutôt ceux qui étaient au pouvoir et qui surfant sur la fibre sensible des Maliens crient aujourd’hui au scandale.
Ce qu’il faut noter également, c’est que l’homosexualité ne peut même pas être inscrite dans une Constitution, mais autorisée par une loi, comme cela vient d’être le cas en Allemagne. Dans ce pays, il n’y a pas eu de changement de Constitution pour autoriser cette pratique. Une loi votée à l’Assemblée nationale a suffi. Comparativement, peut-on imaginer un seul instant que même les plus affidés des députés maliens s’amuseraient à voter une telle loi ? La réponse va de soi.
Dans le cas de notre pays, il est question de protection des minorités qui ne sont pas nécessairement les homosexuels appelés "personnes qui ont une orientation sexuelle différente". Et l’adhésion à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples n’oblige aucun pays à légiférer en faveur de l’homosexualité. Le Mali comme bien d’autres pays ne l’ont pas fait.
Quid du moyen portant sur l’article 118, alinéa 3 de la Constitution du 25 février 1992 : "Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire" ? L’opposition s’y est fourvoyée. Parce que, jusqu’à preuve du contraire, aucun groupe armé signataire de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du Processus d’Alger ne remet en cause l’intégrité territoriale du Mali. Une avancée que l’on devrait plutôt chercher préserver jalousement au lieu de la brader pour des motivations inavouées.
L’opposition a exigé une concertation nationale, une relecture de la loi référendaire. Elle doit se contenter des réserves émises par les juges constitutionnelles, les seules que les députés seront appelés à voter, lors de la session extraordinaire qui sera convoquée en août, pour le vote du collectif budgétaire. C’est donc en désespoir de cause qu’elle a opté pour le radicalisme : le retrait pur et simple de la loi référendaire qui n’est pas à l’ordre du jour.
Passablement laminée sur tous les fronts de son argumentaire, l’opposition s’accroche à des notions telles que la démocratie, la République dont elle est paradoxalement la première fossoyeuse. En effet, l’article 94 de la Constitution du 25 février 1992 dispose : "Les décisions de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics, à toutes les autorités administratives et juridictionnelles et à toutes les personnes physiques et morales".
La réaction de l’opposition correspond à une contestation de l’arrêt de la Cour du 4 juillet 2017. Ce qui en fait un groupe qui se met au banc de la République. Pour le ministre de la Justice, Mamadou Ismaël Konaté, seul le juge a le droit de décider la souveraineté et d’ironiser : "Parler du sexe des anges, c’est fuir le débat".
Alors opposition où est ta victoire ? Le fait d’avoir distrait les Maliens de leurs préoccupations ?
Ce qui est certain, c’est qu’en démocratie on accède au pouvoir par la voie des urnes et non par la rue. Le raccourci est choisi par beaucoup de leaders de l’opposition à la carrière déclinante qui jouent ainsi leur dernière carte et qui se jouent de ceux qu’ils mobilisent.

Source : aBamako

aBamako

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