Problématique du sous-développement : Quand Emmanuel Macron et Henry Léridon insultent l’Afrique

En politique tout comme en science, la décence commande de respecter les autres et d’avoir le minimum d’égard à leur égard. Le scientifique a obligation de morale, moindre soit-elle, à l’égard de l’être humain et c’est pour cette raison toute simple que les plus éminents chercheurs en biologie font toujours leurs expériences sur les animaux sauvages et domestiques en vue de comprendre le mécanisme de fonctionnement de l’organisme de l’animal conscient qu’est l’homme et que le philosophe Aristote appelle «animal politique». Hommes politiques comme hommes de science sont venus de la poussière et retourneront à la poussière.

Emmanuel Macron, le super président de la superbe France estime que «Sept(7) enfants par femme est un problème civilisationnel». Cette vision étriquée est pour le moins nauséabonde, il la doit à ses arrières grands parents qui, en leur qualité de ‘’surhomme’’, ont pris sur eux la responsabilité d’écrire à la face du monde que les peuples africains ne sont pas civilisés et qu’ils doivent l’être (d’où la raison d’être de la Bible aux mains du colonisateur français en Afrique).

Macron oublie ou ignore que sans la peau noire avec ses nombreux enfants, le général allemand Von Paulus allait faire sauter Paris comme un oiseau de son nid à la faveur de la Seconde Guerre mondiale. Il doit se rappeler que la France doit sa liberté, non pas à la combativité de ses soldats, mais dans la témérité des Tirailleurs africains transformés sur le champ de bataille en chair à canon.

’Le démographe’’ français Henry Léridon oublie ou ignore que la France a une population de plus de 80 millions d’habitants sur un petit territoire d’à peine 550 000 Km2 et le Mali a à peine 17 millions d’habitants sur un territoire trois plus grand que la France soit 1 241 238 km2.

Macron et Léridon osent expliquer notre misère ou plus exactement notre sous-développement par notre démographie «galopante» ! Par leurs fracassantes et nauséabondes déclarations, ces deux intellectuels français ne sont pas moins que le sieur Alexis Carrel qui a expliqué la misère des peuples noirs d’Afrique du Sud par la faiblesse organique de leurs grands parents.

Dans son ouvrage intitulé: ‘’L’homme, cet inconnu’’, Carrel a dit: «La répartition de la population d’un pays en différentes classes n’est pas l’effet d’un hasard ni de conventions sociales. Elle a une base biologique profonde. Car, elle dépend des propriétés physiques des individus. Ceux qui sont aujourd’hui des prolétaires doivent leur situation aux défauts héréditaires de leur corps et de leur esprit… Les ancêtres des cultivateurs étaient d’une constitution organique et mentale plus faible que les seigneurs médiévaux qui conquirent la terre et la défendirent contre tous les envahisseurs. Les  premiers étaient nés serfs (esclaves de la féodalité), les seconds rois.»

Pour nous en Afrique, et donc au Mali, il n’existe nulle part d’école de vérité. En conséquence, il importe de recentrer les faits historiques. Pour ce faire, une rétrospective s’impose à nous.

Quelles sont donc les causes réelles et objectives du sous- développement de l’Afrique ?   

Une bonne cinquantaine d’années nous sépare de la période des indépendances africaines. Depuis cette période, la question du développement du continent se posait avec forte insistance. L’on se demandait comment l’Afrique pourrait-elle venir à bout des conséquences néfastes de la traite des Noirs et de la colonisation.

Surtout, le président ghanéen de l’époque, Kwamé Nkrumah, en sa qualité de visionnaire et d’africaniste, n’a pas manqué d’avertir en ces termes: «Les Blancs sont partis pour mieux rester.» Comme pour dire que le départ des Blancs du sol africain ne signifiait nullement la fin définitive du règne colonial, bien au contraire !

– En guise de rappel historique, il faut dire que la traite négrière a dépeuplé le continent de 400 millions de bras valides. La conséquence immédiate et dans la durée est et reste le ratatinement de la production et de la productivité agricoles. Quand on sait que l’économie africaine était essentiellement agraire, ce ravage démographique a gravement porté atteinte au développement socioéconomique du continent africain, berceau de l’humanité.

En clair, l’Afrique a perdu par le commerce triangulaire ses ressources humaines et donc productives. Celles-ci, il convient de le rappeler étaient essentiellement paysannes. Ainsi, le nombre de bras de travail  faisait la différence notoire d’une famille à une autre, d’un village à un autre, d’un pays à un autre du continent.

Le constant est donc patent : d’une économie indépendante et autocentrée, le continent africain est passé à une économie extravertie et dépendante et cela par le fait colonial.

– La colonisation de l’Afrique par l’Occident capitaliste a causé aux peuples africains des ravages incommensurables dans tous les domaines sans exception. Les crimes des travaux forcés, le pillage des ressources naturelles, l’extraversion idéologique furent entre autres, des causes patentes du sous-développement de la terre de nos ancêtres. On rappelle que l’Afrique fut le réservoir des matières premières pour les usines européennes.

– L’invasion des pays africains par la «démocratie» occidentale capitaliste à la faveur de ce que l’on appelait dans les années 1990 ‘’le vent de l’Est’’, a été l’occasion rêvée pour les néocolonialistes français et anglais de faire oublier aux peuples travailleurs d’Afrique l’essentiel de la vie qui était et qui reste une nourriture décente, des soins de santé décents, un logement décent, toute chose quo ennoblie l’être humain tout court. Il serait aberrant de crier démocratie, liberté, droit de l’homme quand le même homme meurt de faim et des maladies les plus bénignes.

C’est tout simplement dire que la démocratie occidentale, la liberté capitaliste et les droits de l’homme des nantis constituent sans nul doute le plus grand bluff à l’adresse des peuples d’Afrique et donc du reste du monde. La liberté pour les nantis n’est en rien celle qui sert les masses populaires, tout comme il est absolument illusoire pour les poussins de la basse-cour de s’attendre à ce que l’épervier protège leur droit à la vie et donc au bonheur !

– Les innombrables foyers de tension forgés de toute pièce sur le continent africain par les impérialistes américano- franco- britanniques ne peuvent autoriser le moindre bon sens à croire que les ‘’chantres’’ de la liberté osent œuvrer pour le mieux- être socioéconomique, politique, idéologique et culturel des masses africaines.

La Libye, le Darfour au Soudan, la RD Congo, le Tchad, le Rwanda, le Burundi, la Centrafrique, la Sierra Leone, le Mali, prouvent à suffisance que les pays capitalistes et leurs valets afro-arabes ne songent un seul instant à créer en Afrique les conditions véritables d’une paix durable. Il est donc grand temps que nos ennemis d’Europe et d’Amérique qui rongent le continent africain comme des rats des bibliothèques cessent de nous prendre pour des imbéciles.

A titre d’exemple, le monde entier  comprend aujourd’hui que la boulimie du monde capitaliste contre le Guide libyen Kadhafi avait un seul dessein : s’approprier le pétrole libyen, advienne que pourra au peuple travailleur de Libye. De l’assassinat crapuleux de Mouammar Kadhafi à nos jours, les Libyens vivent au rythme du crépitement des armes et aux détonations des bombes que l’Occident ne cesse de mettre à la disposition des Africains pour qu’ils continuent à se massacrer, à s’entretuer.

– Nous avons maintes fois démontré que l’émission et la garantie du franc CFA par la France sont des moyens véritables de spoliation économique et donc du chantage politique des peuples travailleurs d’Afrique notamment ceux de la zone franc. L’on n’oubliera pas de rappeler que le CFA signifie le franc de la Communauté française d’Afrique. Pendant tout le temps que la France continuera à frapper notre monnaie, tout développement est interdit chez nous.

– Parmi les causes non exhaustives du sous-développement de notre continent, il y a le fait gravicime que les dirigeants et les intellectuels africains, dans leur écrasante majorité sont à la solde des gouvernants des pays capitalistes. Par là, il convient de rappeler que les gouvernants d’Afrique n’ont que faire de la valorisation de nos langues nationales tant il reste établi que la langue est un moyen de libération véritable car, le combat contre les colonialistes est aussi linguistique, idéologique.

Pour les néocolonialistes donneurs de leçon, le retard de l’Afrique est dû à croissance démographique. Quelle façon dégueulasse de présenter le problème du sous-développement de notre continent ! Que des intellectuels français se livrent à de tels jeux, c’est là une façon de camoufler l’échec cuisant des démographes et hommes politiques français quand on sait qu’aujourd’hui l’un des problèmes brûlant de la France est et demeure le vieillissement complet de sa population et cela sans perspectives viables.

Il reste donc patent que la force d’une Nation réside avant tout dans ses ressources humaines. Les Français et leurs laccolites anglo-africains se rendent de plus en plus à l’évidence que plus l’Afrique possédera de ressources humaines valides, plus l’espoir d’un développement durable est permis. Le continent africain disposant en nombres suffisants de bras valides échappera nécessairement à l’exploitation néocoloniale des puissances industrielles capitalistes d’aujourd’hui.

Ainsi donc, les révolutions économiques ont besoin de révolutions sociales et démographiques comme en témoignent le ‘’baby boom’’ des Etats-Unis, les populations grandissantes de la Chine que personne ne peut considérée aujourd’hui comme sous-développée. L’Inde, le Nigeria, la Russie sont aujourd’hui indomptables au regard de la taille et de la qualité de leurs ressources humaines.

Le vœu pieux de ces intellectuels français est donc aujourd’hui d’empêcher par tous les moyens le développement démographique qui consacrera la fin de l’hégémonie de la France coloniale sur notre continent. Dès lors que cette intention malveillante de la France à l’égard de l’Afrique est établie, il est désormais admis que le boucan orchestré par les nostalgiques de la colonisation au non de la lutte contre le SIDA vise sans doute à poursuivre par d’autres moyens le dépeuplement, si non le découragement des naissances sur le continent.

En voulant expliquer le sous-développement de notre continent par la démographie, non seulement on pèche par le manque de courage visant à reconnaître la lourde responsabilité historique de la France dans notre sous-développement, mais surtout Macron et Léridon insultent grossièrement nos peuples par des subterfuges sans valeur scientifique aucune.

Pour sortir l’Afrique de son sous-développement chronique, il urge de se fonder sue les masses populaires car, plus leur nombre grandit, plus elles deviennent fortes et non manipulables.

Pour tout dire, lisons le sénégalais Youssouf MBargane Guissé: «Il ne s’agit pas aujourd’hui de nous fixer comme projet le développement de la culture africaine. Le problème n’est pas là. Il nous faut plutôt jeter les bases d’une culture du développement. Cela signifie que tout ce qui se fera dans le domaine de l’enseignement, de l’éducation, des arts, de la recherche, etc., devra l’être en fonction des impératifs du développement économique intimement lié aux intérêts culturels et matériels des classes africaines. Une culture du développement s’appuie sur ces classes populaires, sur leurs besoins et leur mobilisation, et aussi sur la science et la technique modernes adaptées. Elle naît d’un enseignement dont les programmes, le contenu et les méthodes traduisent le milieu et le vécu des masses et s’y insèrent solidement

Nicolas Sarkozy a suivi les traces du philosophe Allemand Hegel pour nous dire que notre continent n’est pas encore entré dans l’histoire quand bien même l’Afrique est berceau de l’humanité.

Macron et Léridon doivent avoir le courage de reconnaître l’échec de la politique française en matière de démographie. En tout cas, ce n’est pas pour rien ou par simple altruisme que l’Allemagne et le Canada ouvrent aujourd’hui grandement leurs portes aux immigrés africains. Cela est compréhensibles dans la mesure où selon les prévisions statistiques, d’ici 2025 leur populations vont vieillir. La survie de leur nation passe par là.

En tout état de cause, l’Afrique doit désormais jeter à la poubelle de l’histoire les plans démographiques montés de toutes pièces par nos ennemis français pour empêcher les Africains de voir clairement et de façon responsable devant eux.

Fodé KEITA


Source : Maliweb

Maliweb

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