L’Accusé sans nom – Le procès (suite) : Le chef de village L’Accusé sans nom – Le procès (suite) : Le chef de village

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Le Président de la Cour : L’audience est reprise. Est appelé à la barre le Chef de village.
-Le Chef de village : Présent, votre Honneur.
-Le Président de la Cour : Monsieur le chef de village, peut-être vous demandez-vous : « Mais qu’est-ce qu’un pauvre chef de village a à voir dans la chute d’un régime, d’un Etat ? ». Mais il ne s’agit pas que de la chute d’un régime ou d’un système, mais aussi de la décadence de toute une société, d’une nation. Et en cela vous n’êtes guère innocent aux yeux de nombre de vos concitoyens.
Monsieur le chef de village, vous savez, peut-être mieux que moi, qu’un chef de village, c’est l’incarnation de l’autorité ; c’est le bon exemple ; c’est le respect des valeurs morales, traditionnelles ou religieuses. C’est l’équité entre les citoyens, la justice ; c’est la distribution équitable des ressources, etc. Mais il se trouve que, particulièrement sous l’ère que nous appelons ‘’démocratique’’, le chef de village a monnayé son trône, sa fonction. Il ne songe plus qu’à sa famille au détriment de la communauté.
Il vend à sa guise les terres cultivables au point que des paysans de son village soient obligés d’en chercher dans un village voisin. Il complote parfois avec l’administration locale sur le dos des administrés. Il ne consulte plus sa communauté sur les sujets cruciaux, s’enrichissant autant qu’il peut et ne souciant guère de ceux sans lesquels il ne serait rien.
Il pousse ses « administrés » à l’exode ou vers un hypothétique N’Damanda. Il ne fait plus bon vivre au village. En ville, des jeunes mis au contact de la grande ville, souvent sans préparation, commencent à prendre les mauvaises habitudes : banditisme, vol, drogue chez les garçons ; prostitution, grossesses non désirées suivies parfois d’infanticides, ruptures des premières fiançailles, entre autres, chez les jeunes filles. Ne donnant plus l’exemple, votre autorité ou ce qui en reste est de plus en plus contesté.
Les mœurs sont de plus en plus à l’abandon. Au point qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sont convaincus que « la meilleure éducation est désormais en ville ». Par votre comportement, vous avez amené le village à se désunir. D’un côté il y a ceux qui approuvent votre gestion ; et de l’autre le camp opposé, composé parfois de gens autrefois très proches de vous. Bref, la communauté villageoise est en mal de repères.
Qu’avez-vous à dire à tout cela, monsieur le chef de village ?
-Le Chef de village : Merci, Votre Honneur. Votre honneur, je suis en partie d’accord avec vous, mais seulement en partie.
Voyez-vous, Monsieur le Président, votre allusion à la période dite ‘’démocratique’’ me met à l’aise pour réagir aux reproches qui me sont adressés. En effet, Monsieur le Président, c’est ce que nous appelons tous fièrement ‘’démocratie’’ qui a bouleversés tous les fondements de notre société. En d’autres termes, et pour reprendre le titre d’un film, « les Dieux sont tombés sur la tête ». Je m’explique…A suivre. S.H.

Source : aBamako

aBamako

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