Révision constitutionnelle : IBK engage les consultations

Le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta n’entend pas lâcher prise dans sa volonté à procéder à la révision de la constitution avant la fin de son premier mandat. Ni les marches endiablées de l’opposition, ni l’arrêt de renvoi du projet de loi constitutionnelle à l’Assemblée nationale pour une seconde lecture, ne le dévient de son but. Ainsi, après l’échec de plusieurs tentatives de médiation dont certaines sont toujours en cours (notamment celle des religieux), IBK lui- même, décide de prendre les choses en main et entame une série de rencontres avec la classe politique et la société civile sur le sujet. Mais, cette sage et salutaire initiative de dernière minute du président de la République va-t-elle payer?

« Mieux vaut tard que jamais », a-t-on coutume d’entendre. Même si l’on n’a attendu longtemps le geste rassembleur de la part du président de la République. Cela au regard de la recrudescence de la violence dans le nord du pays et la passion des débats engendrés par le projet de loi référendaire. En effet, lors des débats autour de l’initiative présidentielle de référendum, à l’origine bien pensée, le fossé s’est encore malheureusement élargi entre les Maliens autour de l’essentiel. A savoir : la dure quête pour un Mali pacifié et débout sur le chantier du développement. C’est dire que la démarche du président est plus que salutaire qu’elle a le crédit et le mérite de voir enfin un heureux dénouement de la polémique. Et l’espoir semble toujours permis au regard de ce commentaire de l’ancien Premier ministre malien Moussa Mara, président du parti Yelema, une formation politique de la majorité présidentielle dont les membres ont été reçus le lundi 31 juillet 2017 par le chef de l’Etat. « Très bonne ambiance de discussions », a dit Mara sur Radio France internationale (RFI) avec beaucoup de soulagement. Il faut rappeler l’homme politique était aussi pour la relecture du projet de loi sans s’y opposer dans la rue.

La semaine avant cet échange entre le président et la majorité présidentielle, c’était le tour du chef de file de l’Opposition, l’honorable Soumaïla Cissé. Même si rien n’a filtré de cette entrevue, cela donne l’espoir tant attendu d’un rapprochement patriotique entre Koulouba et l’opposition républicaine et démocratique. Ainsi, sans rentrer dans le fond des échanges entre les deux hommes, l’entourage du chef de l’opposition semble déjà donner du crédit « à la volonté du président de la République… à ouvrir le dialogue » sur la question.

Le bras de fer demeure

Toutefois, il faut noter que malgré la carte de l’apaisement brandie par le président de la République, la température des hostilités entre les partisans du « Oui » et ceux du « Non » n’a pas baissé. Aucun des camps ne démord. Pour preuve, la Plateforme « An tè A Bana ! Ne touche pas à ma constitution !» a encore investi les rues de Bamako le jeudi 3 août 2017 à la faveur d’un meeting à la Bourse du travail pour exiger le retrait pur et simple du texte en sa forme actuelle. C’est le troisième du genre depuis l’adoption du texte par l’Assemblée nationale avec, cette fois-ci, des thème s différents : l’insécurité au nord du Mali, la violation de l’article 118 de la constitution du 25 février 1992 etc. Pire, certains activistes de la Plateforme vont plus loin et appellent à des actions plus vigoureuses. La bataille reste donc toujours serrée.

Dans la même veine, la Plateforme « Oui An Son Na » continue d’affûter ses armes de la réplique en organisant des meetings à Bamako et dans les régions, en faveur de la réforme constitutionnelle.

La démarche d’IBK réussira-t-elle à désamorcer la bombe? En tout cas, en exceptant de rencontrer toutes les sensibilités du pays pour échanger autour du projet soumis à la relecture, le président IBK affiche bien sa volonté à aller vers l’apaisement. La question qu’il faut plutôt se poser est de savoir si le point de non-retour n’est pas atteint au regard de la fermeté des revendications des uns (l’opposition et une certaine partie de la société civile qui demandent le retrait pur et simple du texte) et des autres (les partisans du « Oui »qui croient dur comme fer qu’une révision constitutionnelle est nécessaire voire indispensable pour sauver le reste des meubles du Mali, un pays menacé par des bandits armés et alliés terroristes).

Qui va céder? L’avenir reste toujours incertain malgré la lueur d’espoir suite à la volonté du président de prendre, en personne, les choses en main. Sauf qu’à ce stade, son seul effort ne suffira pas. Une concession de tous les acteurs concernés et impliqués dans la polémique est indispensable, car le temps presse. Le récent regain de tensions entre les groupes armés (CMA et Gatia) à Kidal et à Ménaka le montre.

En plus, il faut noter que depuis la visite du président du Haut conseil islamique, Mahmoud Dicko à Kidal, la Coordination des mouvements de l’Azawad semble prendre du poil de la bête et fait de cette révision constitutionnelle (devant inclure les recommandations de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger) une des conditions pour le retour de l’administration et de l’armée à Kidal.

Sur un tout autre plan, la nouvelle démarche du président IBK et les tensions des protagonistes toujours vivaces dans la rue étouffent d’office dans l’œuf la rumeur qui a circulé ces derniers temps sur une éventuelle décision de la Cedeao qui demanderait au régime de sursoir au référendum. Les partisans du « Oui » et du « Non » se regardent toujours en chien de faïence. CE qui montre que le débat sur la révision constitutionnelle n’est toujours pas classé.

Youssouf Z Kéïta

Source : aBamako

aBamako

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