Projet de révision constitutionnelle : Le dilemme des opposants à IBK

Entre les aspirations populaires d’une frange importante de l’opinion et les exigences de la communauté internationale notamment la France, les principaux leaders de l’opposition politiques à la reforme constitutionnelle d’Ibrahim Boubacar Kéïta marchent sur des œufs. Un vrai dilemme pour les opposants à IBK !

Après l’arrêt de la Cour constitutionnelle en date du 4 juillet 2017, le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, a entamé une série de consultations au sujet du projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992. Les consultations se poursuivent. Et probablement, le chef de l’Etat rencontrera aujourd’hui ou demain la Plateforme « Atè A bana, Touche pas à ma constitution » qui réclame le retrait pur et simple du projet de révision constitutionnelle. Cette rencontre, si elle a lieu, interviendra à la veille de l’expiration de l’ultimatum fixé au 15 août par la Plateforme regroupant des partis politiques, des syndicats et certains mouvements de jeunes de la société civile pour le retrait pur et simple. Faut-il le souligner, la Plateforme est un mouvement hétéroclite dont le seul dénominateur commun est l’opposition au projet de révision de la Constitution. Sans cette lutte, certains leaders ne seraient jamais côte à côte. Au-delà de cette divergence d’idéologique, la Plateforme est minée par une lutte de génération, laquelle amène les jeunes à pousser des ailes afin de nourrir l’ambition d’écarter la vieille garde.
Camper sur la position initiale ou faire des concessions

La Plateforme « Atè A bana, Touche pas à ma Constitution » reste inflexible sur sa position qui est le retrait pur et simple du projet de révision constitutionnelle. C’est là où le bât blesse surtout si les ‘’antirévionnistes’’ refusent de faire des concessions. Il est probable que la Plateforme soit divisée dans les jours à venir sur la conduite à tenir, notamment les concessions à faire pour concilier leur position avec celle du gouvernement. Entre les positions des extrémistes de la Plateforme et les exigences de la communauté internationale notamment la France, les principaux leaders de l’opposition politique à la reforme constitutionnelle d’Ibrahim Boubacar Kéïta marchent sur des œufs et se trouvent dans un vrai dilemme.

A l’exception d’Oumar Mariko et de Soumana Sako qui osent critiquer ouvertement la position de l’ancienne puissance coloniale, le chef de file de l’opposition démocratique et républicaine, le Président des Fare, le Président du Parena et les autres évitent soigneusement de formuler les moindres réserves sur les agissements des autorités françaises au nord du Mali. Jusque-là, Cheick Modibo Diarra n’a jamais marché avec la Plateforme Atè Abana. L’ancien Premier ministre de pleins pouvoirs sous la transition de 2012 s’est contenté de dénoncer le texte controversé sur les ondes d’une radio et de s’afficher sur les réseaux sociaux avec un tee-shirt noir Atè Abana. L’absence de l’ex-navigateur planétaire et président du Rassemblement pour le Mali (Rpdm), est interprétée par de nombreux observateurs comme une stratégie intelligente de ne pas gêner la communauté internationale, notamment les occidentaux.

Tous ceux-là évitent de mettre sur leur dos la communauté internationale notamment l’ex-puissance coloniale qui impose ses vues au gouvernement d’IBK dans la gestion de la crise du nord. « Au Mali, l’espace du règlement pacifique des conflits s’est dangereusement atrophié, tandis que l’effondrement de l’Etat a progressivement laissé le champ libre à la communauté internationale pour imposer ses vues, tant sur les plans diplomatique, politique que sécuritaire. L’imposition au forceps des accords d’Alger de juin 2015, dont l’échec est aujourd’hui criant, la pression exercée par le président François Hollande pour la tenue du scrutin présidentiel d’août 2013 dans un contexte singulièrement fragile, ou bien encore la tutelle exercée dans le nord du pays par la Minusma, la mission des Nations-Unies, et la force « Barkhane » consacrent la crise de souveraineté du Mali. L’Etat ne maîtrise plus son agenda, ni même son territoire », écrivaient Yvan Guichaoua enseignant-chercheur à la Brussels School of International Studies (Université de Kent) et Mathieu Pellerin chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) dans une tribune intitulée Crise au Sahel : « Pourquoi le Niger s’en sort mieux que le Mali », publié sur le site internet du quotidien français Le Monde.
Non, ne cherchons pas à couler IBK

Fragilisé, donc exposé à tous les dangers, le Président Ibrahim Boubacar Kéïta pourra reprendre les choses en main à la fin de ses consultations présentées par ses proches comme une preuve supplémentaire de son attachement au dialogue et à la recherche de consensus. Cette stratégie aura au moins l’avantage de prouver au monde entier, notamment à la communauté internationale, la bonne foi du Président de la République à faire des concessions et, de montrer que les opposants à la réforme constitutionnelle sont dans une autre logique, si ceux-ci restent campés sur leur position. Il est difficile de conclure que le retrait de certains leaders politiques peut affaiblir la Plateforme A tè A bana Touche pas à ma constitution.

Faut-il chercher à couler IBK ? Non ! À l’état actuel des choses, il ne sert à rien de chercher à ‘’couler’’ le Président de la République et son équipe. Dans un contexte marqué par le rejet du système qui gouverne les affaires publiques depuis l’avènement de la démocratie, les principaux leaders de l’opposition politique, considérés dans l’imaginaire populaire comme comptables de la situation dramatique du pays, ont plutôt intérêt à travailler dans le sens d’une alternance pacifique.
Dans une tribune intitulée ‘’Faut-il désespérer du Mali d’IBK’’ publiée en mai 2014 par Médiapart, Pr Issa N’Diaye écrivait ceci : « Le risque d'agitations sociales incontrôlées nous conduira certainement vers un autre coup d’État. Or l'histoire nous montre largement que les coups d’État ne sont pas une solution. Ils finissent par se retourner toujours contre les forces sociales qui les ont soutenus. Le cas malien ne saurait constituer une exception ».

Pour autant, il serait indispensable que le Président de la République reconnaisse avec la Plateforme que de gros efforts doivent être faits dans le recouvrement de l’intégrité territoriale du pays dont certaines parties sont sous l’occupation des groupes armés au relent séparatiste en dépit de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Au-delà des concessions à faire pour rendre le texte consensuel, il revient à l’équipe d’Ibrahim Boubacar Kéïta et à la communauté internationale d’accélérer le retour des services de l’Etat dans les zones sous occupation de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (Cma).

Dans le souci de tirer la République vers le haut, les deux camps opposés, au lieu de continuer à s’insulter à distance, peuvent se donner la main et faire de cette question du retour de l’administration un préalable à la révision de la Constitution, donc à la tenue du référendum.
Chiaka Doumbia
Le challenger

Source : aBamako

aBamako

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