Barkhane: l’aveu d’echec

Empêtrée dans sa mission de lutte contre le terrorisme, dont le bilan est plutôt mitigé, l’Opération Barkhane s’invite sur le front de l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation où elle est, de toute évidence, persona non grata. Ce qui représente un aveu d’échec de sa part par rapport à sa véritable mission.

L’ordre de mission ne souffre l’ombre d’aune ambiguïté. L’opération Barkhane est une opération menée au Sahel par l’armée française, qui vise à lutter contre les groupes armés djihadistes salafistes dans toute la région du Sahel. Lancée le 1er août 2014, elle prend la suite des opérations Serval, au Mali et Épervier, au Tchad.
Elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de forces prépositionnées dans la région, en partenariat avec les États de la zone. Elle mobilise quelques milliers de soldats contre plusieurs centaines de djihadistes.
Pour mener à bien sa mission, l’Opération Barkhane dispose d’une base principale d’un Groupement tactique interarmes (GTIA) de 1 000 hommes, en 2014. De même, dispose-t-elle, d’une base opérationnelle avancée à Tessalit qui accueille des unités de 30 à 50 hommes susceptibles de pouvoir accueillir une opération.
Invité à la cérémonie d’investiture du Président Ibrahim Boubacar KEITA, le jeudi 19 septembre 2013, son homologue français, François HOLLANDE, plastronnait dans un discours de onze minutes sur la solidarité entre nos deux nations : «nous avons gagné cette guerre (Ndlr : la guerre contre le terrorisme). Nous avons chassé les terroristes. Nous avons sécurisé le Nord…’’

Une réorganisation structurelle
Les faits prouvent que M. HOLLANDE a vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué, parce que le Nord n’est toujours pas sécurisé. En effet, du point de vue structurel, les groupes jihadistes se réorganisent et retrouvent leur capacité de nuisance. Ce qui fait dire à nombre d’observateurs qu’ils n’ont pas été anéantis, mais déplacés et que stratégiquement ils ont choisi de se mettre en hibernation. Ce jugement est corroboré par des faits irréfutables.
Le chef jihadiste Abou Walid el-Sahraoui, depuis peu, adoubé par le groupe État islamique, a mené récemment plusieurs attaques au Niger et au Burkina avant de se replier systématiquement dans le nord du Mali. Il y a quelques semaines, dans la zone de Ménaka, il adressait une menace écrite aux leaders du GATIA et du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), en raison de leur collaboration présumée avec la Force française Barkhane, et pour avoir intercepté une colonne de son groupe qui a attaqué le poste militaire nigérien d’Abala lui causant des morts.
Il y a surtout AQMI au Sahara, Ançar Eddine et le Front de libération du Macina (ou katiba Ansardine Macina) qui se fusionnent sous le nom de ‘’Jamaat Nasr Al Islam Wa Al Mouslimin’’ (les défenseurs de l’Islam et des musulmans) sous le commandement du tout-puissant narco jihadiste, Iyad Ag Ghaly. La nouvelle entité djihadiste déclare son allégeance à Al Qaïda et son Émir, l’égyptien Aymen Al Zawahiri, successeur d’Oussama Ben Laden.
Le chef du groupe jihadiste de Nusrat al-Islam Wal Muslimin, Iyad Ag Aly, a dressé une liste de 11 pays «ennemis» qui se trouvent sur les continents africain, américain et européen (États-Unis, Allemagne, France, pays bas, Suède, Tchad, Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Sénégal, Niger). Il a qualifié particulièrement la France «d’ennemie historique des musulmans de cette partie du monde islamique».

Un phénomène expansif
Curieusement, cet Iyad Ag Ghaly, ajouté sur la liste antiterroriste des Américains, en 2013, faisant aussi partie de la liste noire du Comité des sanctions de l’ONU contre Al-Qaïda, continue à guerroyer au Mali, au nez et à la barbe de Barkhane.
La mosaïque de groupes jihadistes est bien là et fait sentir sa présence dans les régions du Nord. En effet, quand ce ne sont pas des véhicules des FAMa, des forces internationales qui sautent sur des ‘’engins explosifs improvisés, des camps militaires et des villages qui sont attaqués, ce sont des têtes de personnes qu’ils exposent sur la place du marché. Dans ce climat de terreur, les représentants de l’État et même des communautés (élus) n’ont plus que leurs jambes à prendre au cou.
Pis, l’insécurité n’est plus circonscrite au Nord. Elle s’est déplacée au Sud, en passant bien sûr par le Centre.
L’une des attaques les plus anecdotiques est celle de l’hôtel le Byblos, le vendredi 7 août 2015, par un commando de jihadistes, à Sévaré.
Le bilan publié par le Gouvernement, le 9 août, faisait état de : 4 soldats maliens, 4 terroristes et 5 contractuels de la MINUSMA tués. Dans un premier communiqué publié le jour même de l’attentat, il faisait état de 2 blessés et de morts.
Bamako, la capitale n’est pas non plus épargnée.
L’attaque terroriste du Radisson Blu de Bamako, une fusillade et prise d’otages, survenue le 20 novembre 2015, ayant fait 22 morts, a été revendiquée par Al-Mourabitoune.
Plus récemment, il y a eu l’attaque terroriste du Campement Kangaba, le dimanche 18 juin 2017. Lors d’une conférence de presse, le lundi 19 juin, le général Salif TRAORE, ministre de la Sécurité a annoncé que 4 civils et 1 militaire malien ont perdu la vie ainsi que 4 assaillants. 5 suspects ont été arrêtés. Le ‘’Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans’’, la principale alliance jihadiste du Sahel liée à al-Qaïda, a revendiqué l’attentat, dans un communiqué.

Un travail inachevé
Point de doute que Barkhane a laissé des traces dans sa lutte contre le terrorisme : neutralisation ou arrestation de présumés terroristes ; destructions de véhicules de terroristes; découvertes de caches d’armes et de munitions…
Mais tout cela laisse un arrière-goût d’inachevé lorsqu’on considère que la menace terroriste est plus que jamais d’actualité chez nous, nonobstant une éradication annoncée par le chef suprême des armées françaises. Est-ce pour cela que l’Opération Barkhane s’est trouvé une nouvelle mission, à savoir s’acharner sur le GATIA qu’elle cherche à affaiblir militairement au profit de la CMA ? Une chose est sûre, les Maliens préféraient la voir se cantonner à sa mission première et laisser le terrain de l’Accord pour la paix et la réconciliation aux acteurs attitrés, nommément désignés par la résolution onusienne. En la matière, une confusion des genres et des rôles peut s’avérer fortement préjudiciable.

Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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