Bilan des quatre ans d’Ibrahim Boubacar Keïta : «Malheureusement et quasiment catastrophique !»

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Après quatre ans (4 Septembre 2013 – 4 Septembre 2017) de loyaux services pour le Mali, le président El Hadj Ibrahim Boubacar Kéita mérite un jugement. Pour cela, sans état d’âme aucun, des leaders politiques contactés par nos soins s’expriment. Un véritable regard croisé entre partis politiques de l’opposition et de la majorité sur les quatre ans d’IBK. Voici la question adressée aux responsables politiques : Sans état d’âme, quel jugement portez-vous sur les quatre ans d’IBK ? Ibrahim N’DIAYE, vice président du parti URD : Je suis un peu gêné de répondre à cette question, compte tenu de ma posture, membre de l’opposition politique. J’aurai souhaité que d’autres Maliens répondent à cette question. Car, eux n’ont pas la posture politique que j’ai et ils pourront vous édifier davantage. Mais, si je dois répondre à la question, je dirais que c’est un bilan largement très très en deçà des attentes des Maliens. Je ne vous apprends rien, nous avons tout dit à ce sujet là. Nous sommes en train de nous battre, justement, pour que cette gouvernance change. Les résultats sont si catastrophiques que même quelqu’un de l’opposition en le dénonçant se dit : ils vont me juger moi-même à travers ma réponse. En disant que nous disons les choses de manière très négative. Malheureusement, malheureusement, nous sommes obligés de dire la vérité. Ce bilan est très très en deçà des attentes des populations maliennes. On aurait souhaité voir mieux. On aurait pu mettre en relief la situation difficile dans laquelle le pays se trouvait lorsqu’il prenait le pouvoir. Ça c’est une réalité, il faut le dire toujours, il faut le dire suffisamment. Ce qu’on attendait, c’était d’améliorer. Mais, en lieu et place d’une amélioration, c’est une aggravation et dans tous les domaines et tous les secteurs. Moi, je n’en connais pas hein ! Si vous en connaissez, aidez-moi ! Pour que de manière objective, nous puissions en tout cas trouver un jugement qui soit peut être plus équilibré. Mais, aujourd’hui, je le dis très sincèrement et du fond de moi-même que le bilan est très négatif. Mais, surtout, ce qui aggrave cela, c’est la gouvernance qui a été menée. Que cela relève de la seule responsabilité du Président de la République qui est le chef de la majorité présidentielle. Qui a tout promis et qui pouvait faire beaucoup mieux que ça. Mais, ce n’est pas le cas. Alors, je trouve ce bilan très négatif. Je pouvais dire que la situation sécuritaire au nord est difficile et compliquée. Il pouvait ne pas être performant sur un tel dossier. La pauvreté au Mali est une réalité qui n’est pas venue avec lui et le chômage. Voilà des réalités qu’il a trouvées, qui pouvait donc ne pas avoir des résultats auxquels on s’attendait. Mais, la politisation excessive de l’administration. Ça, c’est le fait de qui ? Il y a des choses sur lesquelles, on pouvait en tout cas s’attendre à une meilleure gestion. L’impunité. Quand il s’agit de l’utilisation des moyens de l’Etat, la corruption à ciel ouvert, la politisation de l’administration, les fraudes électorales ; ça c’est quand même des choses qui relèvent de sa seule responsabilité. Et ça, ce n’est pas excusable. Les autres dossiers peuvent être compliqués, il peut ne pas avoir tous les moyens tellement c’est difficile. Mais, sur les sujets de la bonne gestion, de la gouvernance, les problèmes de justice, IBK est inexcusable. Cheick Oumar DIALLO, Secrétaire Politique ADP-Maliba Le bilan des quatre ans du Président IBK est malheureusement et quasiment catastrophique. Puisque le président qui avait été élu sur la promesse de restaurer l’honneur du Mali et de faire le bonheur des Maliens a fini par construire une République sur la base du pilotage à vue. Ce qui empêche les maliens de voir la direction dans laquelle le pays se dirige. Pis, avec le projet de révision constitutionnelle, il a contribué encore une fois à affaiblir l’autorité de l’Etat ainsi que les différentes institutions de la nation. Puisqu’aujourd’hui, les maliens ont tourné le dos aussi bien au Chef de l’Etat qu’à la Cour Constitutionnelle ou encore à l’Assemblée nationale. La démocratie qui devait être renforcée par le mandat d’IBK a, au contraire, été très affaiblie. Et aujourd’hui, tout ce qui reste au Président IBK à quelques mois de la fin de son mandat, au moins c’est de réussir à faire des élections présidentielles transparentes, libres et crédibles et qui permettront une transition rapide vers un autre régime. Je crois que ce qu’il faut rajouter à ce désastre, c’est la lutte contre la corruption. Jusqu’à aujourd’hui, on ne connait pas l’état de dénonciation des différents dossiers qui ont été établis par le Vérificateur Général. D’ailleurs, il reste encore de nombreux rapports qui n’arrivent pas à être remis au Chef de l’Etat. En tout cas, nous n’en n’avons pas connaissance. Cela veut dire que le régime continue à fuir ses responsabilités. Le régime ne veut pas du tout engager les chantiers auxquels les maliens attendent des réponses concrètes. Sur le plan également de la gestion du front social, chaque fois qu’il y a eu des avancées pour les travailleurs maliens, ce n’est pas le fait du régime d’IBK. C’est plutôt le fait de la mobilisation des Maliens eux-mêmes. Le bilan est caractérisé par la corruption et le détournement de fonds. Les travailleurs eux aussi ont exigé de réclamer légalement leur droit. On nous parle de 89 milliards qui ont été décaissés pour soulager les travailleurs, mais en réalité ces 89 milliards ont été décaissés parce que les travailleurs se sont levés, se sont mobilisés. Ce n’est pas du tout une faveur que le régime a fait. Au contraire, c’est la pression de la rue qui a amené le Chef de l’Etat à faire ces concessions. Il n’y a aucune réelle volonté de faire des progrès dans les différents domaines. On prendra également le secteur des infrastructures, le Président et le Premier ministre ont lancé en grande pompe des chantiers de tous les côtés du pays. En nous faisant croire que c’était enfin le désenclavement des régions du Mali. J’ai fait un tour dans certaines de ces régions, le Président et le Premier ministre étaient au volant des machines. Et ben ! Les machines ont disparu. C’est des chantiers encore où la parole a devancé les actes. Et au bout, on ne constate que la disparition de l’Etat. L’Etat a disparu, l’Etat n’existe plus au Mali. Il n’y a qu’apparence de gouvernance et nous sommes pressés que ce mandat prenne fin. Amadou AYA, Secrétaire politique du parti YELEMA – le changement Par rapport au bilan d’IBK, en ma qualité d’homme politique, je pense qu’on peut juger ce bilan satisfaisant. Satisfaisant, en ce sens qu’en 2013 quand le Président IBK a été élu, il y avait des grands défis qui attendaient notre pays : sécuritaire et de développement. Ces deux sont liés, car on dit souvent qu’il n’y a pas de développement sans sécurité. Sur le défi sécuritaire, vous le savez, le pays était occupé sur une grande partie de son territoire. Donc, il fallait amener tous les acteurs sur la table des négociations. Aujourd’hui, il est à saluer que nous sommes arrivés à un accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Cet accord est un premier pas qui peut nous amener vers la résolution définitive de la crise. Il est important de saluer que même au niveau de cet accord pour la paix et la réconciliation, nous avons noté beaucoup d’avancées malgré les difficultés. Des difficultés liées à la mise en œuvre de tout accord. Malgré le déplacement de l’insécurité du nord vers le centre du pays, l’économie tourne. Les investisseurs sont en train d’investir. Nous n’avons pas vu ou entendu qu’un entrepreneur a fermé son entreprise à cause de l’insécurité, malgré les attentats. Même les structures qui ont été des cibles d’actes terroristes ont rouvert. C’est pour vous dire que, jusqu’à présent les investisseurs ont une très grande confiance au Mali. Il faut signaler aussi les différentes difficultés que le pays connaît aujourd’hui. Nous avons assisté et nous continuons d’assister à des grèves. Il y a beaucoup de défis à relever. Les attentes des Maliens sur le Président IBK au moment de son élection étaient très grandes. C’est pour cela qu’aujourd’hui on peut comprendre les comportements de certaines personnes qui sont en train de dire que le bilan du Président IBK est négatif. Mais quand on regarde froidement la situation du pays le moment où IBK arrivait au pouvoir et la comparer à aujourd’hui, on se rend compte que le Président IBK a fait d’énormes travaux. Aujourd’hui, le Mali est debout dans le concert des nations. Sur le plan de l’organisation des élections, le régime a organisé des élections législatives et municipales avec un succès. Le bilan est satisfaisant, mais il faut reconnaître qu’il ya des difficultés. Notamment la mise en œuvre de l’accord d’Alger, qui recommande dans un point la révision de la constitution de 1992. Le gouvernement s’est heurté à une fronde sociale face à ce projet. Le Président de la République, par sa sagesse, a sursis à ce projet de révision de la constitution… Sory Ibrahim TRAORE Source : aBamako aBamako

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