Le Mali aura 57 ans le 22 septembre 2017: Trois Républiques pour deux orientations politiques

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Nous n’avons pas ici la prétention de faire un point exhaustif de la marche de notre pays de son «indépendance» à nos jours, car cela semble assez problématique au regard des péripéties de l’histoire sociopolitique des cinquante –sept ans révolues du Mali «indépendant». Il s’agira simplement ici de retracer dans ses lignes-phrases cette histoire riche d’enseignements. C’est dire que pour mieux saisir le Mali de 2017 en vue des perspectives d’avenir, il conviendra de jeter un regard rétrospectif sur son passé. Seydou Badian, le sage soudano-malien, avertissait que celui qui ne sait pas d’où il vient, ne saurait jamais où il va. Il disait notamment : « Etre de son temps, c’est vivre à la pointe de l’histoire, mais en se souvenant qu’il y a derrière nous un passé prodigieux et infini ». Ainsi, après d’âpres luttes de notre peule travailleur pour se libérer des affres de la colonisation française, le voilà accéder à l’ « indépendance » le 22 septembre 1960. Ce jour mémorable pour notre pays, une page sombre de notre histoire douloureuse s’est fermée. Une autre est ouverte sur un tableau pour le moins optimiste. La première République vit le jour avec à sa tête le président Modibo Keïta. Cette première République a opté pour le « socialisme » non sans raison. Rappelons à ce niveau que la colonisation a tout simplement été un crime horrible contre le genre humain. C’est pourquoi Emile Chancelle n’a pas manqué de dire pour la mémoire des peuples : « La colonisation fut parfois véritablement de la chirurgie sociale ». Elle faisait ainsi des peuples d’Afrique et donc du Soudan français des humiliés, des déshumanisés, affichant du coup à la face du monde que nous sommes sans culture, sans civilisation. C’est bien là, la perception européenne de l’Afrique. Aimé Césaire n’a pas manqué de porter à la connaissance de tous les peuples notamment ceux des colonisateurs : « L’histoire avait fait de nous de sociétés vidées d’elles- mêmes, des cultures piétinées, des religions assassinées, des magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées ». Face à ce tableau sombre et humiliant de la vie des peuples d’Afrique, le parti nationaliste (US-RDA) de Modibo Keïta a préféré opter pour une rupture avec le système colonial qui a commis les crimes les plus abominables pendant le règne colonial sur la terre libre de nos ancêtres. L’option « socialiste » de développement fut l’expression parlante de cette rupture avec la France coloniale et capitaliste. Ainsi, la première République s’est vite rendue à l’évidence que sans indépendance économique, toute autre indépendance est une rêverie vide de contenu et d’intérêt. Cette indépendance économique doit avant tout s’adosser à l’indépendance monétaire en dépit des difficultés qui pourraient en naître. Amadou Tiégoué Ouattara disait dans son ouvrage intitulé ‘’Le destin du socialisme malien ‘’. « Le Mali a crée sa monnaie le 20 juin 1962 ». S’appuyant ainsi sur l’agriculture et l’industrie, le gouvernement de la première République du Mali, en dépit des maigres moyens à bord, a réussi de grands exploits économiques. Ainsi, dans le domaine agricole, Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni, a, dans son ouvrage intitulé ‘’Devoir de mémoire, Devoir de vérité’’, rappelé quelques prouesses agricoles. Il écrit : « Le gouvernement du Mali a aménagé en 1960 trente- sept milles six-cents soixante (37660) hectares nouveaux, creusé cent-soixante et un (161) puits, distribué vingt et sept milles sept cents quatre vingt seize (27796) charrues et trois milles trois cents quarante (3340) tonnes d’engrais chimiques, ouverts trente-huit (38) écoles saisonnières. Dans le domaine de l’élevage, le Mali indépendant, a dressé dans son premier quinquennat (1960-1964) dix et neuf (19) postes vétérinaires, trente-deux (32) parcs de vaccination en vue de soigner le cheptel. Pour enrichir le domaine agricole, le ministre du Développement a introduit de nouvelles variétés de culture comme la canne à sucre, le thé, le café, le teck (pastèque), l’anacardier dont les bois, les fruits et amandes s’ajoutent aux produits se trouvant déjà sur le terrain de la commercialisation. » Ces efforts, pour le moins patriotiques se sont soldés par des résultats probants. Déjà en 1960, la production du riz paddy, des arachides, du coton fut féconde et annonciatrice de la ferme volonté de la première République d’apporter à notre peuple l’autosuffisance alimentaire, la nourriture de bonne qualité, comme en témoignent les résultats encourageants : Amadou Seydou Traoré a rapporté : « En 1960, le Mali a récolté cent-vingt et cinq milles tonnes (125000 T) de riz paddy, en 1964, deux-cents dix milles tonnes (210 000 tonnes) ; en 1960, nous avons récolté cent-cinq milles tonnes d’arachide (105000 tonnes) en croques et cent-vingt et huit milles (128000 tonnes) en 1964. La production du coton a connu une augmentation de six milles cinq cents tonnes (6500 tonnes) en 1959, vingt et sept milles trois cents soixante dix tonnes (27370 tonnes) en 1964. » C’est dire que le régime socialiste de Modibo Keïta a compris que la vraie indépendance du peuple réside avant tout dans son autosuffisance alimentaire. C’est aussi ce que disait l’ancien président ivoirien Félix Houphouët Boigny en ces termes : « Un peuple qui a faim n’est pas un peuple libre. » Dans le domaine de l’industrialisation, la première République n’est pas demeurée en reste. Elle a réalisé, dans le premier quinquennat de gouvernance une vingtaine d’usines de transformation des produits locaux et cela tant dans le domaine alimentaire que sanitaire comme la SEPMOM, SEPAMA, UMPP. L’habitat n’a pas été oublié comme en témoigne la cimenterie de Diamou. La première République a aussi mis au point l’usine d’égrenage de coton et la sucrerie de Dougabougou. Mais comme le colonisateur français n’avait pas du tout gobé la façon dont il a été chassé de notre pays, tous les moyens furent mis en œuvre pour saper l’élan révolutionnaire patriotique de notre peuple et cela jusqu’au sein du parti de l’Union soudanaise du rassemblement démocratique africain (US-RDA). Le président de l’Assemblée nationale de Modibo Keïta en la personne de M. Mahamane Alassane Haïdara avait déjà senti les dissensions internes s’installer dans les instances dirigeantes du parti et cela dans le feu de l’action de la Révolution active entreprise par Modibo Keïta Haïdara, rapporté par Amadou Seydou Traoré, avait dit : « Il nous faut être de vrais patriotes, car pour nous actuellement le patriotisme signifie l’attachement héroïque à la lutte contre les divisions internes qui font tant de méfaits ailleurs. » Une façon de mettre en garde les membres du bureau politique national et de l’Assemblée nationale contre les dissensions internes dont profiteront immanquablement les ennemis de la révolution en général et de la Révolution active en particulier. Selon toute vraisemblable, la sincérité faisait déjà défaut au sein des instances dirigeantes du parti US-RDA. Modibo Keïta (rapporté par Tiégoué Amadou Ouattara) disait très honnêtement : « Les malheurs du parti viennent des cadres, et c’est ce qui explique les rumeurs qui tendent à déformer son discours à la conférence des chefs de zones parce que chez les cadres de Bamako, l’engagement semble- t-il, n’est pas incère. La preuve, explique le secrétaire général du parti, c’est le prétendu conflit entre l’armée et la milice. On a dit que la milice va remplacer l’armée. Elle ne peut le faire et quand même elle devrait la remplacer, il faut qu’elle se transforme en armée. Ce qui est clair, c’est que la milice a d’autres objectifs que l’armée. » Dans son célèbre réquisitoire contre le ‘’socialisme » malien, Tiégoué Amadou Ouattara a décrit les clivages entre les intérêts individuels des Maliens et les intérêts supérieurs du Mali en sa qualité de nation en construction. Du coup, ce clivage s’est manifesté entre le citoyen soudanais et le Malien qui résulte de l’ « indépendance » de notre pays, deux types de citoyens vraiment différents. Lisons à cet effet Ouattara : « Après l’indépendance acquise dans un désastre politico-social, des contradictions aiguës sont apparues entre les intérêts immédiats des Maliens en tant qu’individus et les intérêts supérieurs du mali en tant que nation vouée à son destin historique. Le Soudanais était devenu le Malien et ceci n’est pas une simple question de vocable. Il y a entre le Soudanais et le Malien une différence de qualité dans le comportement et dans la vision du monde : Le premier était réputé pour son attachement à certaines valeurs traditionnelles comme la franchise, la fidélité à la parole donnée et à l’amitié, l’honnêteté et l’intégrité. Toutes ces valeurs étaient acquises dans une ambiance sociale qui lui enseignait le courage et la tolérance au point d’en faire un homme résigné et fataliste…capable de sacrifier l’intérêt individuel au salut de la collectivité, le présent aux incertitudes dans l’avenir. Le Malien, au contraire, apparaît plus matérialiste (au sens populaire) plus calculateur. Il est le produit bâtard d’une manœuvre politique à laquelle l’a initié le colonisateur… » Un travail de sape du patriotisme a été savamment orchestré du dehors par l’ancienne puissance coloniale et cela par le truchement de valets maliens à la solde du grand capital. Des idéologues pourris tapis dans l’ombre de la France sont allés jusqu’à distiller au sein du peule combattant que Modibo Keïta voulait la communauté des femmes entravertissant sans vergogne les propos du Manifeste de 1848 de Karl Marx et de Friedrich Engels sur la communauté des femmes. Voici ce qu’ils ont écrit à ce propos : « …Les communistes n’ont pas besoin d’introduire la communauté des femmes ; elle a presque toujours existé. Nos bourgeois non contents d’avoir à leur disposition les femmes et les filles de prolétaires, sans parler de la prostitution officielle, trouvent un plaisir singulier à se cocufier mutuellement. Le mariage bourgeois est, en réalité, la communauté des femmes mariées. Tout au plus, pourrait-on accuser les communistes de vouloir mettre à la place d’une communauté des femmes hypocritement dissimulée une communauté franche et officielle. Il est évident du reste, qu’avec l’abolition du régime de production actuelle, disparaîtra la communauté des femmes qui en découle, c’est-à-dire la prostitution officielle et non officielle. » Le travail de sape contre le régime nationaliste se traduisait même dans les marchés. Les commerçants étaient mis à profit pour payer dans les succursales de la SOMIEX tous les produits en vue de créer de toutes pièces la pénurie notamment alimentaire. Ce calcul machiavélique avait pour but de provoquer un mécontentement général en vue de donner un caractère populiste au coup d’Etat que les ennemis intérieurs et extérieurs de notre peuple planifiaient. Ce coup de force, pour le moins apatride, a consacré la chute du régime de Modibo Keïta et avec lui le Mali. C’était le 19 novembre 1968. IIème République Ce coup d’Etat dirigé par le chef de la milice populaire, en l’occurrence le lieutenant Moussa Traoré, fut l’expression de la traitrise de certains cadres nationaux orchestrée contre notre pays. Un comité militaire est né du putsch. Il se nommait « Comité militaire de libération nationale » (CMLN). Dans son discours explicatif du honteux coup d’Etat, Moussa Traoré a fait savoir au peuple malien que le CMNL est venu pour libérer le peuple et procéder au redressement économique du Mali. Un sergent de l’armée malienne en la personne de Guiédiouma Samaké, révolté par cette haute trahison de la nation par des soldats apatrides, en compagnie de certains camarades, il est allé voir Moussa Traoré et exiger le rétablissement de l’ordre pour l’intérêt de la discipline. Il est arrêté avec ses camarades d’infortune et déporté au bagne de Taoudéni au camp de la mort dans le « Grand Nord » du Mali. Le plus souvent, ceux qui y vont ne reviennent plus. Mais comme on le dit souvent « il y a des anges au-dessus des détresses humaines ». Guédiouma fut un survivant de Taoudéni. Pour immortaliser les affres de ce bagne, l’enfant prodige de Ouélessebougou a écrit un ouvrage intitulé : « Le chemin de l’honneur ». Là, il a fait l’analyse pertinente de deux groupes de mots contenus dans le discours explicatif du coup d’Etat tenu par Moussa Traoré : ‘’libération nationale’’ et ‘’redressement économique’’. Il écrit : « libération nationale : libérer une nation, un peuple c’est délivrer cette nation, ce peuple de la servitude, de l’esclavage. Mais au Mali, qui avait asservi le peuple pour qu’on parle de libération nationale ? Nous savons toutefois que le Soudan français a subi toutes sortes d’humiliations, que nos grands parents et nos parents ont supporté une longue période de souffrance morale depuis les paniers de latérite en passant par les fournitures d’œufs, de poulets, de mil, de caoutchouc et même de jeunes filles au commandant blanc et à son garde. C’était à cette époque que le mot libération se justifiait ; mais pas au moment où les hommes qui, grâce à leur opiniâtreté, au prix de toutes sortes de sacrifices, ont rendu au peule sa dignité. De 1960 au 19 novembre 1968, on peut noter des erreurs politiques, mais dire que le peuple a été asservi relève de la pure calomnie, de la pure ignominie. » Le moins que l’on puisse comprendre ici c’est que les putschistes se sont rendus coupables d’ignominie et de pure calomnie aux dépens de notre peuple travailleur. Quant au redressement économique dont a fait cas le lieutenant Moussa pour justifier sa trahison de la nation, Guédiouma Samaké a dit : « redressement économique : redresser une situation économique, c’est après constat d’un bilan, procéder à la rectification, à la correction de tous les tenants et aboutissants de cette situation. Etait-ce vraiment le cas chez nos nouveaux experts ? Suivons-les dans leur démarche : ‘’Le système politique en place n’est pas bon. Plus de socialisme, plus de cours d’idéologie. Il faut libéraliser le commerce car il n’y a plus de pièces de rechanges pour les voitures’’. Le salaire d’un lieutenant était de l’ordre de 80 000 FM. Pour les autres, cela est admissible, mais pour un lieutenant responsable national, c’est peu, très peu pour faire face aux petites réceptions souvent organisées à l’intention des amis dont le nombre allait croissant journellement. C’est que lorsqu’on accède à une échelle sociale aussi élevée, les courtisans ne manquent pas. Des primes spéciales seront donc instituées pour satisfaire ces besoins nouveaux même si on a clamé partout que les caisses de l’Etat sont vides. Le logement du lieutenant aussi ne convient plus car trop exigu pour contenir tout ce monde. » En résumant ce que les putschistes entendaient par ‘’redressement économique’’, on peut retenir : Plus de socialisme. Plus de cours d’idéologie Le salaire du lieutenant est très peu. Le logement du lieutenant est exigu et ne convient plus. Il faut libéraliser le commerce parce qu’il n’y a plus de pièces de rechanges pour les voitures. C’est au regard de ces objectifs affichés pour justifier leur forfait que Moussa Traoré fut le premier soldat à trahir la nation malienne pour des intérêts minables de lieutenant. Pendant dix longues années de vide politique imposé au peuple malien, les Maliens étaient bâillonnés et contraints de se taire ou d’en pâtir. Notre pays fut ainsi converti de force en un ‘’no man’s land’’ politique où la bamboula s’est substituée à l’ordre du peuple. Dix ans donc après le sale coup de force contre le régime nationaliste et la première République, naquit le parti de Moussa Traoré « Union démocratique du peuple malien » (UDPM). Selon toute vraisemblable donc, ce parti mort-né ne pouvait que s’enfermer dans les phrases intentionnelles bien creuses au regard de la personnalité des putschistes qui furent les premiers responsables. Ce parti fut le résultat de débats sous ordre kaki et sous la direction de Moussa Traoré lui-même, l’auteur du coup d’Etat contre notre peuple travailleur. Le congrès qui l’a engendré, appelé ‘’congrès constitutif de l’UDPM’’ s’est tenu à Bamako les 28, 29, 30 et 31 mars 1979. Il s’inscrivait ainsi en droite ligne de la deuxième République consacrée par le référendum du 2 juin 1974. Rappelons qu’avant ledit référendum de façade, des délégations essentiellement militaires ont été envoyées aux coins et recoins du Mali pour expliquer aux populations qu’il y a deux bulletins (le rouge et le blanc) et qu’il leur appartenait de mettre le rouge qui signifie le oui dans l’urne. Les plus zélées des délégations ainsi mandatées mettaient en garde contre le bulletin blanc qui signifiait le non au projet politique de Moussa Traoré. L’UDMP fut le résultat de cette farce référendaire de la deuxième République. Le parti unique s’est donné pour mission de s’appuyer sur les tons villageois en vue d’atteindre les objectifs suivants : Satisfaction constante des besoins alimentaires des populations ; Sécurisation et élévation des revenus des productions ; Elévation constante du niveau de la production ; Satisfaction des besoins en matières premières des agro-industries ; Dégagement de surplus de produits agricoles en vue de leur exportation ; Conservation et mise en valeur du patrimoine national ; Education et formation des producteurs ». A lire dans ces objectifs, l’on ne peut manquer d’être satisfait. Mais comme l’a dit Marx ‘’la théorie sans la pratique est vide de sens’’. Par ces intentions, l’UDPM a bandé les yeux de celles et de ceux qui l’ont bien voulu ou de ceux qui ne pouvaient pas comprendre que Moussa a fait tomber le Mali depuis son forfait du 19 novembre 1968. Non seulement les maliens avaient de plus en plus faim (et cela est plus grave sous la IIIe République) mais les ressources humaines ont été souillées pendant vingt-trois longues années de dictature militaro-udpmiste : l’affairisme, la gabegie, l’escroquerie, les malversations financières sans retenue, la concussion, le clientélisme, se sont érigés comme mode de vie dans notre pays : toutes les sociétés et entreprises d’Etat ont été cédées à des privés peu crédibles. La conséquence fâcheuse qui en a résulté n’était autre que la paupérisation des Maliennes et Maliens. Sur le plan salarial, Moussa faisait six mois sans payer un mois de salaire aux travailleurs. Il a même estimé que lui-même il est fonctionnaire et qu’il est touché par le même problème. Si d’aventure des travailleurs ne venaient pas à supporter ce non payement de salaires, ils peuvent abandonner le travail. Le comble a été atteint avec l’enseignement : il n’y avait pratiquement plus d’école vers la fin du régime, les enseignants cherchaient par tous les moyens à nourrir leurs familles, le plus souvent, les masses populaires sont affairées dans les foyers, faute de travail rémunérateur. Ives Lacoste disait : « La table du pauvre est maigre, mais son lit de misère est fécond. » Le triste souvenir des écoliers transportant matin, midi et soir leurs tables-bancs de la maison à l’école et de l’école à la maison, ce souvenir continu encore à marquer les esprits. Sur le plan social, la crise économique avait sapé les fondements de la famille malienne. Le commerce des produits comme la banane relevait essentiellement du bon vouloir de la première dame. Bref, la IIe République a échoué sur toute la ligne avec seul bémol que le Nord n’avait jamais été coupé du reste du Mali. Mieux, Moussa avait plus d’amour pour le Mali que les « démocrates ». L’armée, à l’actif du général Moussa, était débout partout où il le fallait. Hélas ! L’arbre ne pouvant cacher la forêt, la souffrance de notre peuple avait atteint un seuil inquiétant. IIIème République En 1991, le mouvement dit « démocratique » est venu à bout de l’apache régime de Moussa Traoré. Le 26 mars, il a été arrêté par des officiers dirigés par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT). Cette arrestation fait suite aux massacres de plus de 200 de nos femmes et de nos enfants. Notre peuple avait dit et répété : An tè korolé fê, fo koura’’. Autrement dit, il fallait désormais que ça change. Moussa Traoré a été défait. Le Conseil de réconciliation nationale (CRN) est né le 27 mars 1991 mais pas pour longtemps. Il a été remplacé par le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) dirigé par ATT. C’était le 5 avril 1991. Onze avril 1992, il y a eu la signature du Pacte national à Bamako. Le 12 janvier 1992 a eu lieu le vote référendaire consacrant la naissance de la troisième République. Après la première élection pluraliste de l’histoire de notre pays, le président a prêté serment le 8 juin 1992. On peut dire que ATT a réussi une transition de quatorze mois. Le procès débute avec ATT, s’est achevé avec Alpha Oumar Konaré : les généraux Moussa Traoré, général Sékou Ly, Mamadou Coulibaly et le colonel Ousmane Coulibaly ont été condamnés à mort pour calmer les esprits, tromper le peuple malien, tout sauf punir les crimes commis. Les maux qui ont été reprochés à Moussa Traoré se sont développés sans vergogne avec Alpha Oumar Konaré, trahissant ainsi ceux qui ont versé leur sang pour l’avènement de la démocratie multipartiste. Avec Alpha, la gabegie, l’escroquerie, l’affairisme, le sabotage de l’armée malienne par la Flamme de la paix et l’intégration des rebelles dans l’armée nationale avec grades ont bien contribué à phagocyter notre armée. On peut dire avec juste raison qu’il y avait une clause non révélée entre la France et Alpha aux dépens de notre peuple. En tout cas, la gestion d’Alpha fut tout simplement calamiteuse et regrettable : l’enseignement et la santé ont été un échec cuisant. Son Premier ministre IBK a plutôt gazé les manifestants au lieu de chercher à résoudre les problèmes des Maliens. ATT quant à lui, au lieu de faire réellement face à ces problèmes, s’est illustré « président conteur ». Avec lui, la vie est devenue beaucoup plus chère, laissant ainsi les Maliens sur leur faim. Pire, il a achevé de trahir la cause de notre peuple et de son armée. Quand la rébellion a éclaté, les rebelles dans leur écrasante majorité ont déserté pour rejoindre ladite rébellion. C’est avec amertume que nous rappelons ici les crimes horribles commis contre notre armée à Aguel Hoc. ATT est chassé du pouvoir le 22 mars 2012 et cela, à la satisfaction pleine et entière de notre peuple travailleur. Ses amis regroupés dans le FDR ont remué ciel et terre pour récupérer le pouvoir perdu. C’est dans ce contexte que se situe le 30 avril 2012. Ils ont fait appel à des mercenaires étrangers pour venir attaquer nos soldats. La réplique des hommes d’Amadou Haya Sanogo a été foudroyante, prouvant ainsi la combattivité de notre armée. Il faut dire que les éléments dits ‘’bérets rouges’’ qui ont participé au combat contre notre armée ont été trompés par les politiciens maliens malsains, ennemis de notre peuple travailleur. Après une transition colmatée, voilà IBK à la présidence de la République à compter du 4 septembre 2013. On résumera simplement les quatre années d’IBK par un échec cuisant sur toute la ligne. Sur le plan économique, c’est le fiasco pour notre peuple et ce n’est pas le panier de la ménagère qui nous dira le contraire. Sur le plan de la santé, les hommes de la blouse blanche ont observé un mois de grève pour se faire entendre. Dans le domaine de l’éducation, c’est vraiment le comble de la situation au regard des cafouillages qui caractérisent de façon chronique les examens et concours et concours depuis l’arrivée aux affaires de IBK. Les nombreuses grèves de non évaluation témoignent, si besoin en était le refus de dialogue du gouvernement. Sur le plan sécuritaire, IBK est loin de combler les attentes de ses électeurs et donc du peuple malien en général. En dépit des discours d’apaisement du régime, force est de constater que la paix est encore vraiment loin de notre pays. Nous ne savons vraiment pas ce qui se passe à Kidal depuis un certain temps. Qu’on cesse donc de tromper notre peuple ! Les dernières mobilisations de notre jeunesse contre la révision constitutionnelle sont des messages que le président de la République doit lire avec esprit critique. Ce n’est donc pas parce que IBK a le sens de l’écoute comme l’ont laissé entendre certains, mais parce qu’il savait que les Maliens se mettront sur sa route. Selon toute vraisemblable, le premier mandat de IBK est tout simplement un échec. Cet échec est essentiellement dû au fait qu’il recourt toujours aux mêmes individus qui n’ont plus rien de bon à donner au peuple malien. Il est donc aujourd’hui face à la triste réalité du professeur Issa N’Diaye, alors ministre de l’Education de la transition de 1991 et rapporté par le confrère Aurore du N°119 de mars 1992. Issa disait qu’il faut vraiment changer les hommes qui ont montré toutes leurs limites objectives dans la gestion des affaires : « On ne peut pas opérer certains changements en gardant les mêmes hommes qui, depuis, ont été habitués aux mêmes méthodes de travail. » A quatre jours de la célébration du 57e anniversaire de l’accession du Mali à la souveraineté nationale et internationale, il faut dire que le pays est à sa troisième République. La première est nationaliste (ou socialiste pour certains) et les deux autres Républiques sont d’orientation politique libérale, caractérisées par un échec cuisant et humiliant pour nos masses laborieuses. On peut dire avec juste raison que de son « indépendance à nos jours, le Mali a connu trois Républiques pour deux orientations politiques différentes ». Fodé KEITA Source : aBamako aBamako

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