Entretien avec Konimba Sidibé «Les visites de S.M. le Roi au Mali ont donné un grand essor aux relations entres les entreprises des deux pays»

En visite au Maroc, le ministre malien de la Promotion des investissements, Konimba Sidibé, revient sur les relations exceptionnelles et séculaires entre Rabat et Bamako. Il souligne le rôle joué par les opérateurs économiques marocains dans son pays. Pour lui, le Maroc est un modèle pour le Mali et l’Afrique, c’est pourquoi il estime que la participation du Royaume au «Forum international des investissements au Mali», prévu en décembre prochain, est hautement souhaitable. Le Matin : Pourriez-vous d’abord nous parler des relations bilatérales entre le Maroc et le Mali, notamment à la lumière des conventions et des accords signés lors des dernières visites de S.M. le Roi dans votre pays ? Konimba Sidibé : Je voudrais, tout d’abord, saluer l’effort que S.M. le Roi et tous les dirigeants marocains font à l’endroit du Mali et de toute l’Afrique. Je dois dire que le Maroc est l’un des partenaires privilégiés du Mali sur le plan politique, économique et je dirais même sur le plan historique. Je rappelle simplement que les rapports entre Marrakech et Tombouctou sont des relations millénaires. S.M. le Roi a voulu donner une dimension extraordinaire à ces rapports depuis quelques années et nous en voyons les résultats à Bamako. Les entreprises marocaines sont très présentes dans le secteur financier, des télécoms, du commerce… Le Maroc est aujourd’hui un partenaire majeur sur le plan économique. Sur le plan politique aussi, bien évidemment. Après la visite royale, est-ce que ces relations économiques ont permis de booster l’investissement des opérateurs marocains au Mali ? Évidemment ! Vous savez, S.M. le Roi en allant au Mali a donné l’exemple aux opérateurs marocains en leur disant voilà un pays auquel je crois. Ce qui a été un signal fort pour les opérateurs économiques. Et depuis, effectivement, les investissements marocains au Mali, les relations d’affaires entre les entreprises des deux côtés ont connu un grand essor. Quels sont les secteurs d’activité qui attirent le plus d’investissements marocains ? Les secteurs clés ce sont d’abord les télécoms. La première entreprise historique de téléphonie au Mali a été Maroc Télécom qui est l’actionnaire majoritaire. Il est donc l’un des plus grands opérateurs de téléphonie au Mali. Viennent ensuite le secteur financier, les banques et les assurances. Les banques marocaines sont très présentes et portent, pour l’essentiel, ce secteur dans notre pays. Les entreprises marocaines sont également dans des relations d’affaires commerciales, notamment au niveau des produits agricoles. On est heureux de voir dans les marchés des opérateurs marocains qui viennent vendre dans les marchés de Bamako leurs oranges. Je crois que c’est un début et il y a beaucoup d’autres secteurs à développer au Mali, notamment dans l’agrobusiness, les mines, l’énergie et les transports. Des secteurs pour lesquels le Royaume a des avantages clairs, et ce à travers des partenariats montés avec les entreprises maliennes pour aider à faire avancer notre pays. À part ces secteurs, existe-t-il des niches d’investissement qui intéressent les investisseurs au Mali ? Oui, il y a d’abord le secteur de l’agriculture. Le constat est simple. Si le Maroc peut aller vendre aujourd’hui des oranges au Mali, cela veut dire qu’il a réussi à bâtir un secteur d’excellence dans ce domaine. Le Mali est un pays ayant un fort potentiel agricole dans la zone ouest-africaine. Nous sommes le premier producteur au niveau des céréales, le premier producteur de bétail… Nous sommes donc prêts, dans le cadre d’un partenariat, à faciliter l’accès des entreprises locales et étrangères à la terre. Nous avons des superficies aménageables sur lesquelles l’État malien est prêt à donner 20.000 à 50.000 hectares aux opérateurs sans qu'ils aient rien à payer, à travers un bail emphytéotique. Et ce sur la base du développement d'un certain nombre de cultures telles que le riz, qui fait l’objet d’importations massives par tous les pays de la sous-région. La culture du sucre aussi est sollicitée, notamment en cultivant la canne à sucre. Il y a beaucoup d’autres produits du même genre. Je donne aussi l’exemple du coton, puisque le Mali en est le troisième producteur en Afrique. Mais il ne transforme que 2% seulement de son coton et les 98% autres sont exportés à l’état brut. Il y a donc des possibilités réelles de travailler pour bâtir une industrie textile. Il y a aussi des secteurs prometteurs comme l’énergie, car sans électricité on ne peut rien faire. Il y a également le transport. Le Mali est un pays de 1,24 million de kilomètres carrés et entre deux villes la distance peut aller jusqu’à 2.000 kilomètres. Disposer d’un service public de transport efficace est une condition essentielle pour la compétitivité de l’entreprise. Ces avantages et potentiels d’investissement ont-ils eu des échos auprès des opérateurs marocains ? Évidemment, il y a eu de l’écho et je crois qu’ils les comprennent, parce que les banques marocaines qui sont sur place sont les premières à avoir réalisé l’importance de ces avantages. Elles sont, quelque part, des ambassadrices auprès des opérateurs marocains à différents niveaux. Ensuite, nous sommes en train de monter des projets de partenariat public-privé (PPP) qui peuvent permettre à l’État de poser des actes pouvant rendre ces secteurs rentables quand ce n’est pas le cas et de partager les risques. Là aussi, je pense qu’un partenariat avec les entreprises marocaines peut jouer un rôle fondamental à ce niveau. Vous organisez en décembre le «Forum international des investissements au Mali». Quels sont les enjeux de ce Forum ? C’est un événement majeur, le premier du genre que le Mali organise et qui est porté par le Président de la République, pour vous dire l’intérêt qu’on y accorde aujourd’hui. Il arrive dans un contexte où le pays sort d’une crise assez grave, mais nous sommes, heureusement, sur la voie d'une sortie claire et nette de la crise. Mais malgré cela, le discours sur le Mali, la perception que l’on a sur le pays et l’image portée sur lui ne reflètent pas la réalité. Il y a un décalage énorme. Chaque fois que je rencontre un opérateur qui vient en visite au Mali, il dit : «Je ne savais pas que c’était comme ça». Donc, je me dis qu’il y a quelque chose à faire pour améliorer cette image. Ce qu’il y a à faire, c’est porter l’information pour changer ce narratif, créer de la confiance et amener les opérateurs à investir au Mali. C’est cela le but de ce Forum. Pour atteindre ce but, il y a quelques objectifs spécifiques qui sont tracés. Le premier est que nous arrivions à faire comprendre au monde entier que la République dispose d’opportunités immenses d’investissement, car cela n’est pas assez connu et le Forum sera l’occasion de le faire. Mais les opérateurs économiques ne se posent pas seulement la question de savoir s’il y a des potentiels. Ils veulent savoir s’il y a des facilités, s’il y a une sécurité juridique des affaires et une sécurité fiscale, la nature de l’administration, la disponibilité d’un Code d’investissement attractif, un système d’incitation financière… Le Forum sera donc une occasion pour partager les bonnes expériences et non pas seulement les bonnes pratiques. Car en plus des opérateurs, il y aura des officiels. Dans ce cadre, nous aimerions que le ministre de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique du Maroc vienne à Bamako pour partager avec nous ses enseignements en la matière et ses pratiques. Comment voyez-vous le rôle du Maroc au sein de la Cédéao ? Le Maroc est l’une des plus grandes économies d’Afrique. C’est un modèle de réussite économique. Donc, quand ce modèle veut s’insérer dans un ensemble sous-régional, cela ne peut qu'améliorer non seulement les échanges, mais aussi les approches et les méthodes. Quand un pays qui a réussi à ce niveau-là vient, c’est avec beaucoup de compétences et de choses à offrir. Ce qui va nous permettre, ensemble, de mettre en place un dispositif de qualité et de bonnes pratiques pour faire avancer le continent et nos pays. Source : aBamako aBamako

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