Instabilité gouvernementale : Ça tâtonne de Sébénicoro à Koulouba !

En quatre ans de mandat, le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, a battu tous les records en matière d’instabilité gouvernementale. Quatre premier ministres, une cinquantaine de ministres, une bonne centaine de conseillers et de chargés de mission se sont succédés dans le gouvernement et départements ministériels. Pour quel résultat ? Les tâtonnements et les improvisations sont les caraterististiques principales de la gouvernance instauré par Ibrahim Boubacar Keita depuis son accession au pouvoir. Entre le 8 septembre 2013 et le 4 avril 2017, soit l’espace de 44 mois, le président IBK aura expérimenté 4 premier ministres : Oumar Tatam Ly (8 septembre 2013 -4 avril 2014), Moussa Mara (5 avril 2015 – 8 janvier 2016), Modibo Keita (8 janvier 2015- 4 avril 2017) et Abdoulaye Idrissa Maïga depuis le (8 avril, 2017). Conséquence ? Ce régime bat tous les records de l’instabilité gouvernementale, sans vraiment faire face aux préoccupations des Maliens : insécurité grandissante, enlisement du processus de paix, mauvaise gouvernance, front social en perpétuelle ébullition. Au contraire la gouvernance IBK a plongé le pays dans une grave impasse et dans une crise sociale et sécuritaire qui s’aggrave chaque jour. D’Oumar Tatam Ly à Abdoulaye Idrissa Maïga en passant par Moussa Mara, Modibo Keita, le président Keïta y est allé de ses mauvais choix aussi bien des chefs de gouvernement que des ministres qui ont habillé l’institution dans six remaniements ou réaménagements opérés. Aujourd’hui, la Cité administrative s’apprêterait à recevoir une nouvelle équipe gouvernementale à dix mois de la fin du mandat. Mais déjà, la majorité des Maliens ne se font guère d’illusion : quel que soit le gouvernement qui viendra, il ne fera pas mieux que les précédents… A quelle efficacité peut-on s’attendre dans un tel contexte d’instabilité gouvernementale et surtout avec un président élu sans programme de gouvernement ? Si l’on sait qu’à chaque retouche du gouvernement, les cabinets ministériels changent à près de 100% et les services rattachés à plus de 80%, l’on mesure l’impact dramatique de cette instabilité dans l’efficacité de l’action gouvernementale et la bonne marche des services publics. Les conséquences sont là : dysfonctionnement de l’administration, morosité dans les services publics avec leur corollaire de marasme économique, crise financière, ébullition du front social. Pire, chaque nouveau Premier ministre vient avec de nouvelles têtes de ministres, alors que certains de ceux qui partent n’ont eu que le temps de prise de contact avec les structures relevant de leurs départements respectifs ; du moins pas assez pour exécuter la moindre tâche. Exemple : en quatre ans, des départements importants ont connu des ballets incroyables, avec au moins trois voire quatre titulaires différents. Il s’agit des départements importants dans un pays en crise, à savoir le ministère de la Défense et des anciens combattants qui a connu 5 titulaires différents, ceux de la Justice, et de la Communication avec 5 passants chacun et enfin, le stratégique ministère des Finances avec 3 occupants à l’hôtel des Finances. Que dire du Secrétariat général de la présidence qui est à son 3è patron… Oumar Tatam Ly (8 septembre 2013 -4 avril 2014) Le premier gouvernement de l’ère IBK comprend 34 membres dont 4 femmes. Ce gouvernement s’est singularisé par son grand nombre de revenants, voire « grands revenants ». Bon nombre des ministres de ce gouvernement avaient déjà exercé des fonctions ministérielles ; dont plusieurs sous le premier mandat d’Alpha Oumar Konaré. Ainsi, ils ont signé leur retour, 20 ans après. Quid de la promesse de rupture promise par IIBK lors de la campagne ! Ensuite, beaucoup de ministres nommés étaient des alliés de la mouvance présidentielle ou encore… membres de la famille ou du clan. Moussa Mara ((5 avril 2014– 8 janvier 2015) La nomination de Mara, après la démission de Oumar T Ly, était-elle un aveu d’impuissance du chef de l’Etat ? Ce changement à la primature est intervenu sept mois seulement après l’investiture d’IBK. En effet, le 5 avril 2014, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a été contraint de faire appel à Moussa Mara pour remplacer ministre Oumar Tatam Ly. Dans sa lettre de démission, Tatam Ly a dénoncé “des dysfonctionnements et des insuffisances” qui “réduisent grandement” la capacité du gouvernement “à relever les défis se présentant à lui”. Il a, en outre, révélé un manque de cohésion au sein de l’équipe gouvernementale et regrette à demi-mot de ne pas avoir eu les coudées franches pour mener à bien sa mission. Une semaine après sa nomination, Mara forme un gouvernement de 31 ministres. Huit nouvelles personnalités font leur entrée. Aussi, plusieurs ministres de la précédente équipe ont conservé leur portefeuille. Confronté depuis plusieurs mois à une fronde des caciques du RPM, le parti présidentiel, qui l’accuse de travailler pour son agenda politique personnel, Moussa Mara le président du parti YELEMA, un seul député à l’Hémicycle, n’a pas non plus convaincu durant son séjour à la primature. Il est remplacé, le 7 janvier 2015, par Modibo Keita, qui avait déjà assumé les mêmes fonctions en 2002. Modibo Keita (Keita (8 janvier 2015- 4 avril 2017) Ce dernier forme son premier gouvernement le 10 janvier 2015. Il compte 29 membres. Et cette équipe se caractérise notamment par le départ des ministres de la Défense, de l’Economie et de la Communication. Tous impliqués dans les scandales de l’achat de l’avion présidentiel et d’équipements militaires. Ces scandales avaient mis le Mali sous le coup de sanctions de certains bailleurs de fonds dont le Fonds monétaire international (FMI). Modibo Keita, se singularise en 3 ans passés à la Primature en formant 3 gouvernements en 12 mois. Inédit ! En effet, le 24 septembre 2015, en pleine fête de tabaski, on assiste à un mini-réajustement du gouvernement avec quatre entrants : le Col-Major Salif Traoré, comme ministre de la sécurité et Sambel Bana Diallo à l’Aménagement du Territoire et de deux autres entrées, Mmes Marie Madeleine Togo de la Santé et de l’Hygiène Publique et Sanogo Aminata Mallé ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux. Le 15 janvier 2016, un autre changement intervient à la cité administrative, où des ministres quittent le navire. Mamadou Igor Diarra cède le ministère de l’économie et des finances au profit de Boubou Cissé. Cheickna Seydi H.Diawara devient ministre des mines. Nango Dembélé et Kassoum Denon occupent respectivement les ministères de l’élevage et de l’agriculture au détriment du président du parti présidentiel ; Bocari Treta. Konimba Sidibé remplace Mamadou Gaoussou Diarra aux investissements et Aissata Founè Samake occupe le ministère de la recherche scientifique. Les raisons de ce changement sont plus ou moins obscures et suscitent des interrogations. Enfin, le 7 juillet 2016, Modibo Keita forme sa 3ème équipe. Deux faits majeurs retiennent l’attention : l’évolution de la taille du gouvernement qui comporte désormais 34 ministres (dont 8 femmes) contre 32 dans le précédent, ainsi que l’entrée des mouvements armés, notamment la Plateforme. Abdoulaye Idrissa Maïga (8 avril 2017- ?) Abdoulaye Idrissa Maïga, jusque-là ministre de la Défense, est nommé le 8 avril 2017 premier ministre. Sa nomination intervient alors dans un contexte social tendu (grèves dans la santé et l’éducation) et une situation sécuritaire détériorée. Avec 35 ministres, cette nouvelle équipe compte deux ministres de plus que le précédent. Le gouvernement AIM enregistre l’entrée de sept femmes. Il n’y a pas eu de grand changement concernant les ministères dits de souveraineté. Comme il n’y a pas de changement notable dans la gestion des affaires de l’Etat. Le Mali est toujours confronté à une mauvaise gouvernance chronique. Ces différents remaniements ne résolvent en rien les graves questions auxquelles le pays est toujours confronté : insécurité grandissante, enlisement du processus de paix, mauvaise gouvernance, chômage des jeunes, malaise social. Sans doute, les solutions aux problèmes du Mali ne résident pas dans les replâtrages sans fin de gouvernement. Mais plutôt dans la volonté du président IBK à se départir des promotions et récompenses des membres de la famille, du clan et des alliés politiques. Mémé Sanogo Source : aBamako aBamako

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